Le blog de Bruno Piriou

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mercredi 13 juin 2018

Que la fête commence!

Que la fête commence.

D’un côté, les détenteurs des profits du CAC 40, 94 milliards d’euros de bénéfices, qui se votent des lois les protégeant avec le secret des affaires pour dissimuler leur monstruosité contre les hommes et la planète, de l’autre la taxation des retraités. D’un côté le coût exorbitant de l’évasion fiscale et le peu de moyens pour y remédier, de l’autre l’augmentation du nombre de personnes pour contrôler les chômeurs. Qui peut encore croire à une quelconque émancipation par les lois du marché ? Les profiteurs du système s’en rendent tellement compte qu’ils accélèrent le mouvement.

Un ni droite – ni gauche au service de la haute finance

Le ni droite ni gauche de notre président n’est jamais que le cache-sexe de sa véritable fonction : chef de bureau de la haute finance. Que nous dit-il ? Les progrès incessants des sciences et techniques appartiennent à l’Europe des banques, leurs avancées sont nos profits et vous le peuple en serez les serviteurs. Nous avons besoin de moins en moins de votre travail pour s’enrichir, votre salut réside dans le salariat à bas prix et la précarité. Cela relève de la « réalité » économique, la leur bien sûr, qu’elles ont patiemment et efficacement construite. Celle qui fait que l’argent que nous utilisons pour échanger ce qu’elles présentent comme nos valeurs dans le travail, dans la culture, dans la solidarité, nous devons leur louer pour l’utiliser. La location de cet argent porte un nom, cela s’appelle la dette.

Cette pression sur le plus grand nombre ne se fait pas sans résistance, quand bien même la convergence n’est pas encore au rendez-vous. Pour l’empêcher, le pouvoir agite le sempiternel chiffon rouge : l’évasion sociale avec les chômeurs qui trichent, les nantis du service public avec leurs gigantesques salaires aux alentours de 1600 € par mois. Les experts tournent sur les plateaux de télévision pour nous expliquer qu’il n’est plus question de continuer à utiliser notre argent solidaire, nos impôts pour nous-mêmes, pour notre service public, celui qu'ils ne cessent de détruire pour en faire l'objet de leurs profits. Ces experts se gardent bien de dire que pour la période 2011-2017, la banque centrale européenne a injecté plus de 4000 milliards d’euros dans l’économie de la zone euro. Notre pouvoir d’achat n’a pourtant rien vu venir.

Les ordonnateurs de ce système sont bien évidemment tous ceux qui en profitent ouvertement, mais cela ne suffit pas à expliquer l’extension exponentielle de leur pouvoir. Il faut y ajouter une part non pas de nous-mêmes au sens conscient, mais une part liée à l’impossibilité de faire front contre ce monde dominateur qui nous piétine sous le poids de ses deux jambes l'une de l’avidité, l'autre de la cupidité.

Débattons de la part de nous-mêmes dans ce système

C’est là que nous avons besoin de débattre, de nous réunir, de nous appuyer sur nos diversités, sur nos différents points de vue, parfois contradictoires. Il nous faut absolument quitter, devant la complexité des constructions humaines, les réponses toutes faites et simplistes qui laissent croire qu’il suffirait que chacun prenne conscience de ses intérêts pour renverser cet état de fait. Il n’y a pas en ce domaine de savoirs supérieurs indiscutables, y compris ceux des révolutionnaires diplômés, l’histoire l’a, douloureusement démontrée. Cela ne tient que parce que dans le détail de nos vies quotidiennes nous sommes poussés à y participer. Le capitalisme dans son mode d’évolution néolibérale, n’est pas une invention de certains, il est la résultante de nous tous, de ceux qui sont pour, de ceux qui sont contre, de ceux qui se taisent comme de ceux qui s’y opposent.

Tous les pouvoirs, comme le rappellent nos mythes ancestraux, ont un point faible. Il est là sous nos yeux au quotidien, représenté par la promotion de l’incompétence et de la médiocrité qui ne peut que se réfugier dans le contrôle tous azimuts. Ils ont tellement peur que nous nous ressaisissions de la question démocratique, qu’ils ne cessent d’étendre leur grossièreté contrôlitaire. Si nous n’étions pas là pour, à chaque instant, pallier leur nullité, nous nous rendrions rapidement compte qu’ils mourraient de soif au bord d’un cours d’eau.

La modernité de la question démocratique

C’est là toute notre force, il suffit que nous l’acceptions. Il suffit que nous fassions nôtre la question démocratique en en faisant une question tout à fait neuve dans sa pratique : une question non pas de gouvernants, mais de gouvernés.

Le militantisme peut et doit être utile à interroger notre part de renoncement passif. A nous tous ensemble de définir les grandes règles de partage entre les légitimes exigences individuelles et celles relevant du commun. Les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité ne sont pas des vérités en soi. Tout juste un ensemble porteur pour le commun qui nous unit et qui nécessite pour retrouver un sens partagé d’être confrontées à l’aune du vécu de chacun. Réapproprions-nous notre destin, non pas celui imposé à chacun par un communisme prescriptif, mais l’horizon que le commun de ce destin représente pour que nos diversités en soutiennent sa direction dans un mouvement constituant permanent.

Imposons dans les pratiques quotidiennes de nos économies, de nos cultures, de nos divertissements, de nos rencontres, de nos diversités associatives et bien sûr de nos joies et de nos peines partageables, une lutte permanente contre leur uniformisation triste et culpabilisante.

Que la fête commence, qu’une république des gouvernés se débatte et se discute, que les grèves soient des lieux de fête de rencontre et de partage. La confiance vient en commençant.

S’il est vrai que les exigences de la haute finance mènent les humains et le vivant sur terre à la catastrophe, l’exigence d’un monde nouveau est plus que jamais d’actualité. Pour voir le jour, ce monde du commun, ce monde des Lumières contre l’aveuglement de tous ces bonimenteurs, ne doit plus être simplement confiné dans le carcan des professionnels de l’espoir jamais réalisé, mais doit se concrétiser dans l’effectivité créatrice de nos pratiques politiques. Que la fête commence et que leur vieux monde dépérisse.

__Roger Ferreri Psychiatre Bruno Piriou Conseiller municipal Corbeil-Essonnes__

mardi 12 juin 2018

Election cantonale partielle, envoyer un message clair au gouvernement et à ses relais locaux

Les 1er et 8 juillet prochains se tiendra une élection départementale partielle suite au décès de Serge Dassault. Nous partagions la même passion pour Corbeil-Essonnes et ses habitants. Mais nous divergions profondément sur le projet et surtout sur les méthodes. Le moment viendra où il sera nécessaire de tirer tous les enseignements des décennies écoulées.

Dans seulement trois semaines les électeurs-rices seront appelés à renouveler le siège de leur conseiller-e départemental-e et d’un-e suppléant-e. Autant dire que le temps consacré au débat sera limité. Il y aurait pourtant beaucoup à dire et à constater.

Depuis trois ans la nouvelle majorité départementale LR-UDI n’a eu de cesse de démanteler les politiques publiques mises en œuvre depuis 1998. A commencer, dès 2016, la hausse vertigineuse des impôts de 29% et des coupes budgétaires massives. Elles n'ont épargné aucun domaine utile aux populations : suppression de la carte jeune, des aides aux transports, à la vie associative, au logement, aux clubs sportifs, aux locataires du Parc HLM, à la petite enfance, aux retraités ou aux personnes atteintes d'un handicap. Cette majorité départementale est à l'unisson de la politique de Macron : même hargne contre tous nos services publics. Casse des hôpitaux publics, de la SNCF, de la Poste ou des EHPAD. Même mépris pour leurs salariés confrontés à des baisses d'effectifs et de moyens, générant d'insupportables conditions de travail. Aux ultras-riches toutes les faveurs. Au peuple, toutes les régressions sociales.

L’élection partielle à venir doit être l’occasion d'envoyer un message clair au gouvernement, comme à ses relais locaux et départementaux. Et aussi à Manuel Vals qui après avoir tout trahi, veut maintenant se faire élire Maire de Barcelone ! Tous ceux-là sont à jamais discrédités. Nous avons besoin d'un-e Conseiller-ère départemental-e à même de porter notre voix et nos espoirs au seing de l'Assemblée départementale. C'est à notre portée. A la condition qu'émerge une candidature de large rassemblement citoyen. Dans les heures qui nous séparent du dépôt de candidature je vais, sans relâche, m'y consacrer. Moi-même je ne serai pas candidat. J'appelle les forces de gauche, écologistes, associatives et citoyennes, à travailler ensemble à l'émergence d'une candidature issue du cœur battant et généreux de Corbeil-Essonnes. Nous en sommes riches. Portée par tous elle peut être victorieuse.

mercredi 29 novembre 2017

Quel avenir pour Corbeil-Essonnes au sud du Grand Paris?

__Retour sur la soirée du Printemps de Corbeil-Essonnes : Quel avenir pour Corbeil-Essonnes au sud du Grand Paris ?__

Une quarantaine de Corbeil-Essonnois-es ont répondu présents-es à cette rencontre débat mardi 28 novembre au Bar le Bellevue. Antonine Ribardière, géographe à Paris 1 nous a illustré l’évolution démographique de Corbeil-Essonnes de ces dix dernières années. La progression du nombre d’habitants est exceptionnelle : Nous sommes passés de 41000 à 51000 habitants en 10 ans. Avec une baisse des ménages les plus aisés, et une augmentation des ménages les plus défavorisés mais aussi des classes moyennes inférieures. A l’image de nombreux jeunes couples venus profiter de l’offre nouvelle de logements. A noter aussi la chute du prix de l'immobilier de plus importante à Corbeil-Essonnes que dans le reste du département: moins 15% dans notre ville contre moins 6% en Essonne.
__ L’universitaire pointe trois questions :__

• Quelle offre de services pour répondre à la croissance démographique ?

• Quelle mixité sociale ?

• Quel avenir pour ces milliers de logements neufs mais de première catégorie ?

A ces questions, les Corbeil-Essonnois-es ont réagi avec une approche riche et diverse. Elsa Drapier, animatrice de la soirée a d’abord invité chacun-e des participants à exprimer en une phrase sa perception de l’avenir de la ville. Nous avons pu entendre : problème de transports, grande ville, mal barrés, manque de lien mais grand potentiel, ville à reconstruire, nids de poule, rêve d’une ville combative, besoin de mixité et de fraternité, décloisonner les quartiers, envie de partir, incertitude, besoin d’une ambition nouvelle, atouts, nécessité que l’opposition se rassemble, les anciens ne reconnaissent plus leur ville, besoins de services et de commerces de proximité, quel avenir pour l’emploi… Si tout le monde reconnaît un attachement à la ville et ses atouts, l’inquiétude domine pour les années à venir.

L’échange qui a suivi a permis de dégager des pistes de réflexion pour redonner à Corbeil-Essonnes les moyens de relever ses défis.

• Besoin de démocratie en libérant la parole des habitants-es et en les faisant se rencontrer au-delà de leurs propres quartiers.

• Avoir une municipalité qui encourage les projets associatifs et de la jeunesse plutôt que de les corseter.

• Mener la bataille des transports en commun pour la ligne D du RER et le tramway jusqu’à Evry et Corbeil-Essonnes.

• Redonner à la ville du poids dans la nouvelle agglomération et au conseil départemental.

• Créer du lien entre les touts locaux : université, hôpital, génopôle, grandes entreprises et réseau de PME, formation et logement étudiants.

• Définir un projet éducatif ambitieux pour accueillir les nouveaux jeunes couples et leurs enfants.

• Redéfinir une vision politique pour la ville que personne ne perçoit aujourd’hui.

• Créer un front républicain pour élaborer un projet participatif.

De ces échanges rapidement ramassés, chacun-e a souligné l’énergie possible de cette ville. Chacun-e a aussi reconnu qu’il ne fallait attendre de personne d’autre que de nous-mêmes l’initiative de libérer cette énergie. C’est ce à quoi le Printemps de Corbeil-Essonnes souhaite être utile.

Le prochain rendez-vous est fixé aux vœux le vendredi 26 janvier à 19 heures au Bellevue.

dimanche 5 novembre 2017

Jean-Pierre Bechter ou l'art de la manipulation et de la démagogie en politique

« Jean-Pierre Bechter approuve totalement la décision et la promesse d’Emmanuel Macron, président de la République, de supprimer la taxe d’habitation, impôt vieux de 103 ans et totalement injuste. »

Les Corbeil-Essonnois-ses peuvent lire cela en ouvrant le journal municipal du mois de novembre. Voilà un maire qui affirme ce qui paraît être une évidence et qu’en l’énonçant se dit qu’il caresse à bon compte ses concitoyens dans le sens du poil. A y regarder de plus près, cette idée très politique de notre maire LR de Corbeil-Essonnes pose pour le moins quelques questions elles aussi très politiques.

« vieux de 103 ans »

Ce qui m’a d’abord alerté, c’est l’idée qu’une mesure, ici un impôt mais il pourrait s’agir de toute autre règle ou croyance, datant de plus d’un siècle serait caduque.

•* Dépassée la déclaration des droits de l’homme et du citoyen datant de 1789 qui stipule que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » ? Cela aide toujours à faire passer la loi qui s’en prend aux libertés individuelles en faisant rentrer dans le droit commun l’état d’urgence.

•* Dépassé le code du travail avec des lois datant par exemple de 1841 qui interdit le travail pour les enfants de moins de huit ans ? Cela permet de passer à la trappe des décennies de conquêtes rééquilibrant le rapport de force entre les salariés et les chefs d’entreprise.

•* Dépassée la sécurité sociale de 1945 qui donne le droit à tous les citoyens d’accéder aux soins ? Cela ouvre la voix à son démantèlement pour la remplacer par un système d’assurances privées et par une fiscalisation avec la CSG.

Que dire alors de La Bible datant de 1450 ans avant JC ou du Coran en l’an 630 si l’on croit que la valeur des textes dépérit proportionnellement à leur jeunesse ?

« La taxe d’habitation totalement injuste »

« La taxe d’habitation totalement injuste » laisserait à penser qu’elle le serait plus que tout autre impôt. L’affirmation de notre maire ne tombe pas là au hasard du temps. Les Corbeil-Essonnois-ses viennent de payer leurs impôts locaux et dans cette ville classée au bas de l’échelle des revenus, l’ardoise paraît bien salée. Le revenu moyen à Corbeil-Essonnes est de 1329 euros / mois quand il monte à 1966 euros /mois en Essonne. Corbeil-Essonnes se classe au 30570ème rang sur 36717 communes pour le revenu moyen le plus bas. Au vu de l’état des routes dans notre ville et de la baisse des politiques publiques, peut-être le maire tente-t-il une annonce pleine de bon sens et de justice sociale. Regardons de plus près. Personne ne conteste l’inégalité du calcul de cet impôt qui repose sur la valeur locative de la surface habitable. Celle-ci n’a pas été revue depuis 1971 et ne tient pas compte des revenus des habitants. La taxe d’habitation nécessite d’être repensée. Pour autant les impôts locaux à Corbeil-Essonnes représentent 25 millions d’euros de recettes. Ils sont le moyen d’autonomie financière des communes et par là-même l’un des leviers d’exercer la démocratie locale au plus près des citoyens. Ce que ne dit pas notre maire qui par ailleurs ne cesse de réclamer plus de moyens de la part de l’Etat c’est par quel impôt propose-t-il de remplacer cette taxe ?

•* Par l’impôt sur le revenu ? Mais en quoi est-il plus juste ? L’année même où le président Macron cher à notre maire, vient de supprimer l’Impôt sur les grandes fortunes, l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur les dividendes et de créer la Flat tax ce qui fera perdre 20 milliards d’euros aux caisses de l’Etat et gagner la même somme aux quelques familles les plus fortunées de notre pays.

•* Par la TVA ? Impôt tout aussi injuste payé par chacun sur la consommation des biens indépendamment de ses revenus.

De même, le maire ne dit pas ce qu’il pense de l’augmentation de la CSG pour les retraités et de la baisse des APL pour les plus démunis. Jean-Pierre Bechter ne va pas jusqu’à proposer la disparition de tous les impôts auquel cas il lui faudrait tout de même expliquer comment financer les hôpitaux, les écoles, la justice et la police. Mais sa petite musique participe bien du concert Macronien qui consiste à supprimer toujours plus de politiques publiques et à faire financer celles qui restent par les plus démunis au profit des plus aisés. Rappelons qu’en 5 ans les 500 plus grosses fortunes françaises ont vu leur patrimoine gonfler de 20% pendant que 9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté dans notre pays. Rien d’étonnant à ce Jean-Pierre Bechter ait préféré Manuel Valls à nos candidats insoumis aux dernières législatives et s’accommode si bien du « président des riches ».
__ Décidemment, la petite phrase de Jean-Pierre Bechter n’a rien de gratuit.__

lundi 11 septembre 2017

POUR UNE DEMOCRATIE POPULAIRE EN MOUVEMENT

Pour une démocratie populaire en mouvement.

Nos démocraties d’origine occidentale se sont progressivement transformées en dispositifs réalisant ce que Marx avait envisagé : construire une machinerie politique dont le but consiste à promouvoir les intérêts des classes dominantes en les faisant passer pour l’intérêt général.

Un exemple parmi de nombreux autres : il serait de l’intérêt général, pour sauver « notre monde économique », que le travail devrait être de moins en moins rémunéré. La « pauvre France », en 2016, n’en a pas moins été la championne de la rémunération de l’usure en prodiguant 16,6% de rendement à son actionnariat tandis que les salaires ne progressaient que de 2,7%.

Laissons l’évidence de ce constat pour nous ouvrir au plus complexe : cela ne peut perdurer qu’avec notre participation, qu’elle soit consentie ou par défaut.

En ce sens ne faudrait-il d’abord pas s’interroger les uns les autres pour reprendre en main nos destinées ? Ne faut-il pas nous ressaisir de la question démocratique ? La démocratie représentative n’a-t-elle pas atteint ses limites et avec elle la 5ème République ? En quoi la mondialisation serait-elle par nature incompatible avec l’émergence citoyenne quand tant d’exemples prouvent le contraire, pensons entre autre à Wikipédia ? Y a-t-il une fatalité à ce que la question démocratique soit jetée avec l’eau du bain d’un communisme sans « sens du commun » ? Ou au contraire n’y a-t-il pas matière à s’instruise les uns les autres de l’émergence d’un sens nouveau du « commun » viable qu’à la condition d’être l’œuvre de chaque individu ? Une certaine vulgate « révolutionnaire », soutenue par des intellectuels installés n’a-t-elle pas considéré que la question démocratique ne fût jamais qu’un avatar du libéralisme ? N’a-t-on pas non plus, laissé bien d’autres termes : la liberté, le travail, la valeur pour n’en citer que quelques-uns, nous parvenir déjà très orientés dans leur présentation, au point que nous soyons de fait exclus de pouvoir en débattre autrement que sous condition ?

La seule opposition sérieuse et qui vaille se présente munie d’un programme et d’un leader. Dans la circonstance du moment, nous en sommes heureux et nous pouvons nous y reconnaitre dans le mouvement qui la porte, mais au regard de l’histoire cela ne saurait suffire. Il y faut plus : la constitution à partir de la diversité populaire d’un mouvement qui concilie un projet collectif avec le maintien des particularités individuelles. Cela n’est pas simple, certains diront même assez de bavardages de l’action. L’action à elle seule ne fait pas politique. Elle a trop souvent servi dans l’histoire à la mise en place de nouvelles formes de domination, en dépossédant les acteurs du sens de leurs actions. Gramsci dit qu’il « faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté». Nous proposons, pour dépasser le pessimisme de la raison, de démultiplier les lieux de son émergence à partir de la réalité la plus rapprochée qui soit : des assises locales dans la vie quotidienne.

C’est le sens en cette rentrée de notre appel : la mise en place de multiples forums, mettant au travail la politique c’est-à-dire la conciliation d’un certain nombre de projets collectifs avec les diversités singulières. Pour le dire autrement la conciliation d’un projet collectif avec l’imaginaire de la valeur de chacun qui ne peut exister qu’à la condition d’être partagé. C’est pourquoi nous pensons dépassée l’idée selon laquelle il faudrait élever la conscience du peuple qui justifie la formation d’un parti et d’un leader.

Il n’y a de peuple que dans l’exercice risqué de ses expressions multiples. C’est à cela que tous ensemble nous pouvons aspirer en créant les conditions de pouvoir partager la complexité de notre rapport au monde.

Comment ?

En acceptant l’idée que politique et démocratie sont indissociables et ne vont de pair qu’à la condition d’accepter cette tension permanente entre les intérêts collectifs et les intérêts particuliers. Il n’y a de communisme qu’en mouvement permanent. Les moyens techniques actuels nous permettent d’envisager l’ouverture de multiples forums qui pourraient s’organiser en thèmes sur la question démocratique et sur le politique permettant de la soutenir. Une autre république est nécessaire, mais discutons d’abord de la complexité de construire notre commun, au plus près de nos paysages quotidiens, sans détruire les rapports que chacun entretient avec ses imaginaires de la valeur. Cela sous-entend d’effectuer un travail sur le rapport que nous entretenons avec nos valeurs. Risquons, pour libérer nos réflexions, que la question ne serait pas tant ou seulement d’être anticapitaliste que de mettre en place les conditions d’un dépérissement de la suprématie des parasitismes financiers. Ce qui revient à réfléchir aux conditions de la fabrication de nos imaginaires sociaux.

Peut-être nous faut-il relever encore et encore le défi des lumières que Kant formulait par un impératif : « osez penser ». Osons penser par nous-mêmes en dehors de ce choix destructeur pour notre avenir et notre planète qui nous laisserait comme seule possibilité soit d’être esclavagiste soit d’être esclave, sous prétexte que le néolibéralisme permettrait à notre libre arbitre de choisir l’un ou l’autre, milliardaire ou pauvre.

Pour oser penser, il nous faudra probablement oser nous parler et débattre ensemble. C’est à cela que nous nous invitons, nous qui refusons de nous soumettre à l'ordre destructeur qui détourne les démocraties de la mise en mouvement de nos communs.

__Roger FERRERI Bruno PIRIOU__

vendredi 14 juillet 2017

Ali sans numéro...

Je reviens en quelques mots sur notre visite aux "migrants" "accueillis" au gymnase des Tarterêts à Corbeil-Essonnes réquisitionné par le préfet.
Une centaine sont arrivés il y a une semaine suite à "l'évacuation" du campement de la porte de la Chapelle. Au conseil municipal du lundi qui suit, nous, élus du Printemps de Corbeil-Essonnes sommes restés stupéfaits de la réaction du maire LR Jean-Pierre Bechter suite à l'interpellation d'Ulysse Rabaté l'invitant à leur rendre visite. "Demandez cela à madame Hidalgo, je n'irai pas les voir". Devant un tel cynisme, même un conseiller municipal issu de ses rangs ose un "Moi j'y suis allé par humanité". Il ne me fut pas compliqué de demander au maire " si votre collègue y est allé par humanité, quel mot signifie votre refus d'aller les saluer?".
Nous, Faten, Dalal, Sofia et Alexandre sommes donc allés dire "bienvenue" à ces hommes au gymnase des Tarterêts. A part des associations locales que je salue, Il y a malheureusement forcément, un peu d'incrédulité sur ces visages qui reçoivent enfin un bienvenu après avoir traversé tant d'épreuves. Ces hommes qui ont fui la guerre, la misère et les catastrophes climatiques ont un sentiment d'être "chez nous" par effraction. Comment pourrait-il en être autrement?
En arrivant, je croise trois jeunes hommes assis devant le gymnase. Surpris de ma visite, ils proposent vite une chaise et même un café. Ils m'accueillent. Mon anglais laborieux me permet tout de même d'apprendre que je m'adresse à Ali 32 ans, Hossen 26 ans et encore Ali 26 ans. Ils viennent d'une Somalie sans dessus dessous. Ils sont là en France juste pour vivre et ne pas mourir dans leur pays. Au nom de quelle morale pourrait-on leur en faire le reproche? Ils savent juste qu'ils vont être transférés un jour proche sans connaître la destination. A ma question de quoi ont-ils besoin présentement, Ali et Hossen m'expliquent qu'ils veulent que leur ami, le deuxième Ali 26 ans, déposé en retard au gymnase le premier jour soit accepté dans le gymnase. Je comprends alors qu'Ali dort dehors depuis une semaine. Juste parce qu'arrivé en retard de la Porte de la Chapelle, l'employé de l'armée du salut a appliqué la consigne, il doit être radié du fichier. Je comprends l'absurdité de la situation: un gymnase réquisitionné, des lits en rang d'oignon, des dizaines d'hommes en attente d'inconnu, deux jeunes somaliens qui ont le droit de manger et de dormir sous "un toit" et leur ami de migration dehors sous l'orage. Je comprends leur angoisse, quand Ali et Hossen vont être transférés, l'autre Ali va se retrouver seul au monde coupé de ses deux seules attaches. Je comprends qu'en étant sorti du fichier informatique, Ali est en train de devenir un clandestin isolé qui ne parle pas le français.
Pendant que les amis du Printemps de Corbeil-Essonnes distribuent des packs d'eau et échangent avec les migrants dans le gymnase je m'affaire pour trouver une solution pour Ali.
Nous sommes jeudi 13 juillet, il est 20 heures. Je tente la préfecture qui me renvoie vers le conseil général que je connais bien, qui me renvoie vers une assistante sociale de permanence qui ne peut agir que pour les mineurs, qui me renvoie vers le 115 qui me dit qu'il n'y a plus de places d'hébergement. Et le responsable du dispositif dans le gymnase de tenter de me convaincre d'arrêter de faire vivre un espoir pour Ali qui sera vain. C'est parce une connaissance bienveillante de la chaîne administrative et sociale que je vais enfin réussir à trouver une solution d'hébergement d'urgence à Corbeil-Essonnes dans un hôtel jusqu'à lundi. Ce qui était impossible à 20 heures devient réalisable à 20 heures 15. Nous partons à la fois rassurés pour Ali et abattus par tant de cynisme et d'indifférence. Ali et Hossen ne sont que des numéros quand Ali n'en est même pas un. Il n'existe pas.
Certains du président Macron, aux côtés de Trump à l'heure où j'écris ce billet, au maire Bechter, font le pari d'un monde où les humains tout comme les pays et les groupes financiers sont en concurrence les uns avec les autres. Ce parti pris sert les plus aisés, mise sur le court terme, se moque des guerres et des catastrophes climatiques. En ignorant Ali, ce parti pris ignore le devenir de l'humanité toute entière.
Aux côtés de Faten, de Dalal, de Sofia et d'Alexandre, j'ai un autre parti pris. Celui d'Ali. Ali n'est pas un concurrent. Nous sommes sur le même bateau, solidaire du devenir de l'humanité.
Ce matin j'ai téléphoné à Ali à qui j'avais demandé son numéro de portable. Il était satisfait d'avoir dormi à l'abri. Il était à la gare de Lyon en quête de nourriture. Lundi quand l'hôtel ne le gardera pas et que ses amis seront peut-être partis loin de Corbeil-Essonnes, il sera de nouveau seul au monde. Nous allons tenter de ne pas abandonner Ali.

lundi 5 juin 2017

DIMANCHE, JE VOTERAI FARIDA AMRANI ET ULYSSE RABATE AUX LEGISLATIVES

Dimanche prochain, je voterai Farida Amrani et Ulysse Rabaté.

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Farida Amrani à la rencontre des habitants. Manuel Valls s'éloigne avec son porteur de parapluie...

Pour les idées qu’ils portent. Celles contenues dans le programme « l’avenir en commun » défendu par Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles. 30% des électeurs-rices du premier tour de la présidentielle dans la circonscription y ont retrouvé la cohérence d’une autre histoire que nous pourrions nous raconter en France et en Europe. Un avenir fait d’une nouvelle République, prenant en compte l’urgence sociale et écologique, proposant une Europe démocratisée et maîtrisée par les peuples et une ambition pour la paix, un avenir porté par le parti pris du commun contre le chacun pour soi.

Ces idées, Farida Amrani et Ulysse Rabaté les portent naturellement depuis des années, au quotidien de leurs engagements.

Nul besoin de preuve quand on sait que Farida Amrani est venue à la politique en prenant au mot le remplaçant de Manuel Valls à la mairie d’Evry : « Si vous n’êtes pas contente de nos rythmes scolaires, faîtes une liste aux municipales ». Non, aux côtés d’autres parents-es d’élèves, Farida n’était contente ni de la réforme tombée d’en haut du ministère, ni d’en bas de la mairie, parce que comme tout ce qui se pense en dehors des intéressés, cela tombe à côté de la plaque de leurs besoins. La liste conduite par Farida Amrani de ces insoumis-ses bien avant que le « label » n’existe, réalisa 20% des voix au second tour de la municipale de 2014. La décision de se maintenir au second tour marque là aussi une rupture avec la trop traditionnelle fusion des listes dîtes de gauche du premier tour. C’est le début d’un grand débat politique au sein des forces de gauche. Comment est-ce possible de ne plus rien partager des projets politiques au niveau national et continuer de faire croire que l’on pourrait s’entendre au niveau local ? Devenir de l’hôpital Sud Francilien et de son partenariat public-privé, rythmes scolaires, rapport aux entreprises, démocratie locale, intercommunalité, sur tous ces sujets et bien d’autres, le temps était venu de constater les divergences locales illustrant celles plus nationales entre une social-démocratie dérivant vers le libéralisme financier et une gauche en recherche, plus radicale, plus écologique et plus démocratique.

Un parcours similaire illustre Ulysse Rabaté. Candidat du front de gauche en 2012 déjà face à Manuel Valls, Ulysse symbolise cette jeunesse en quête de sens d’un nouveau monde. Le Front de gauche de l’époque fut une première réponse. Elu en 2014 conseiller municipal à Corbeil-Essonnes sur la liste Le Printemps de Corbeil-Essonnes face au remplaçant de Serge Dassault Jean-Pierre Bechter, Ulysse témoigne de cette quête politique en rupture avec le parti socialiste de Manuel Valls où les combinaisons politiciennes doivent être remplacées par l’émergence citoyenne. Cette idée qu’en politique chacun-e doit compter pour un-e. Seule cette exigence politique pousse à considérer tous-tes les habitants-es d’une ville et notamment celles et ceux à qui l’on ne donne jamais la parole, celles et ceux des quartiers populaires qui dans notre circonscription de l’Essonne constituent la grande majorité des citoyens-es. J’ai particulièrement pu vérifier son exigence intellectuelle et politique dans notre collaboration pour l’écriture de notre livre « L’argent maudit ». Ulysse est aussi celui qui m’a accompagné politiquement dans ma décision de refuser l’union avec la candidate socialiste au premier tour de la cantonale. Candidate socialiste aujourd’hui suppléante de Manuel Valls. Un siège perdu vaut mieux qu’une union en trompe l’œil.

C’est fort de ces deux parcours que la France Insoumise apporte son soutien à ces deux candidats.

Ils sont tout à la fois porteurs d’un projet national et en même temps ancrés dans leurs villes et dans la circonscription. Elle et il témoignent d’une toute autre conception de la politique que celle qui symbolise Manuel Valls. Sûrement faut-il y voir là, la raison qui les place en challenger de l’ex premier ministre. Manuel Valls symbolise le renoncement aux idéaux de la gauche quand Farida Amrani et Ulysse Rabaté participent à en réécrire l’histoire. Manuel Valls symbolise jusqu’à la caricature le pouvoir centralisé, autoritaire et surtout la parole trahie quand Farida Amrani et Ulysse Rabaté portent l’exigence que les élus doivent cesser de parler au nom du peuple en réinventant la démocratie représentative. Leur jeunesse ne tient pas tant à leur âge qu’au renouvellement des idées politiques qu’ils défendent. Macron est lui aussi un jeune président et pourtant ses ordonnances sur le code du travail nous ramènent bien en arrière. Quel que soit notre vote du premier tour à la présidentielle, des milliers d’électeurs-rices peuvent se retrouver en eux et participer de cette grande nouvelle politique d’avoir défait celui qui aura tant contribué à tuer le sens même du mot gauche.

La force du peuple n’est pas seulement leur slogan. Qu’une femme issue des quartiers populaires d’Evry, militante parente d’élève, syndicaliste, fille d’une génération d’immigrés arrivée en France pour travailler et élever ses enfants, remplace Manuel Valls à l’assemblée nationale, c’est la démonstration vivante qu’un autre monde est possible et nécessaire.

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