Le blog de Bruno Piriou

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dimanche 5 novembre 2017

Jean-Pierre Bechter ou l'art de la manipulation et de la démagogie en politique

« Jean-Pierre Bechter approuve totalement la décision et la promesse d’Emmanuel Macron, président de la République, de supprimer la taxe d’habitation, impôt vieux de 103 ans et totalement injuste. »

Les Corbeil-Essonnois-ses peuvent lire cela en ouvrant le journal municipal du mois de novembre. Voilà un maire qui affirme ce qui paraît être une évidence et qu’en l’énonçant se dit qu’il caresse à bon compte ses concitoyens dans le sens du poil. A y regarder de plus près, cette idée très politique de notre maire LR de Corbeil-Essonnes pose pour le moins quelques questions elles aussi très politiques.

« vieux de 103 ans »

Ce qui m’a d’abord alerté, c’est l’idée qu’une mesure, ici un impôt mais il pourrait s’agir de toute autre règle ou croyance, datant de plus d’un siècle serait caduque.

•* Dépassée la déclaration des droits de l’homme et du citoyen datant de 1789 qui stipule que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » ? Cela aide toujours à faire passer la loi qui s’en prend aux libertés individuelles en faisant rentrer dans le droit commun l’état d’urgence.

•* Dépassé le code du travail avec des lois datant par exemple de 1841 qui interdit le travail pour les enfants de moins de huit ans ? Cela permet de passer à la trappe des décennies de conquêtes rééquilibrant le rapport de force entre les salariés et les chefs d’entreprise.

•* Dépassée la sécurité sociale de 1945 qui donne le droit à tous les citoyens d’accéder aux soins ? Cela ouvre la voix à son démantèlement pour la remplacer par un système d’assurances privées et par une fiscalisation avec la CSG.

Que dire alors de La Bible datant de 1450 ans avant JC ou du Coran en l’an 630 si l’on croit que la valeur des textes dépérit proportionnellement à leur jeunesse ?

« La taxe d’habitation totalement injuste »

« La taxe d’habitation totalement injuste » laisserait à penser qu’elle le serait plus que tout autre impôt. L’affirmation de notre maire ne tombe pas là au hasard du temps. Les Corbeil-Essonnois-ses viennent de payer leurs impôts locaux et dans cette ville classée au bas de l’échelle des revenus, l’ardoise paraît bien salée. Le revenu moyen à Corbeil-Essonnes est de 1329 euros / mois quand il monte à 1966 euros /mois en Essonne. Corbeil-Essonnes se classe au 30570ème rang sur 36717 communes pour le revenu moyen le plus bas. Au vu de l’état des routes dans notre ville et de la baisse des politiques publiques, peut-être le maire tente-t-il une annonce pleine de bon sens et de justice sociale. Regardons de plus près. Personne ne conteste l’inégalité du calcul de cet impôt qui repose sur la valeur locative de la surface habitable. Celle-ci n’a pas été revue depuis 1971 et ne tient pas compte des revenus des habitants. La taxe d’habitation nécessite d’être repensée. Pour autant les impôts locaux à Corbeil-Essonnes représentent 25 millions d’euros de recettes. Ils sont le moyen d’autonomie financière des communes et par là-même l’un des leviers d’exercer la démocratie locale au plus près des citoyens. Ce que ne dit pas notre maire qui par ailleurs ne cesse de réclamer plus de moyens de la part de l’Etat c’est par quel impôt propose-t-il de remplacer cette taxe ?

•* Par l’impôt sur le revenu ? Mais en quoi est-il plus juste ? L’année même où le président Macron cher à notre maire, vient de supprimer l’Impôt sur les grandes fortunes, l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur les dividendes et de créer la Flat tax ce qui fera perdre 20 milliards d’euros aux caisses de l’Etat et gagner la même somme aux quelques familles les plus fortunées de notre pays.

•* Par la TVA ? Impôt tout aussi injuste payé par chacun sur la consommation des biens indépendamment de ses revenus.

De même, le maire ne dit pas ce qu’il pense de l’augmentation de la CSG pour les retraités et de la baisse des APL pour les plus démunis. Jean-Pierre Bechter ne va pas jusqu’à proposer la disparition de tous les impôts auquel cas il lui faudrait tout de même expliquer comment financer les hôpitaux, les écoles, la justice et la police. Mais sa petite musique participe bien du concert Macronien qui consiste à supprimer toujours plus de politiques publiques et à faire financer celles qui restent par les plus démunis au profit des plus aisés. Rappelons qu’en 5 ans les 500 plus grosses fortunes françaises ont vu leur patrimoine gonfler de 20% pendant que 9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté dans notre pays. Rien d’étonnant à ce Jean-Pierre Bechter ait préféré Manuel Valls à nos candidats insoumis aux dernières législatives et s’accommode si bien du « président des riches ».
__ Décidemment, la petite phrase de Jean-Pierre Bechter n’a rien de gratuit.__

lundi 11 septembre 2017

POUR UNE DEMOCRATIE POPULAIRE EN MOUVEMENT

Pour une démocratie populaire en mouvement.

Nos démocraties d’origine occidentale se sont progressivement transformées en dispositifs réalisant ce que Marx avait envisagé : construire une machinerie politique dont le but consiste à promouvoir les intérêts des classes dominantes en les faisant passer pour l’intérêt général.

Un exemple parmi de nombreux autres : il serait de l’intérêt général, pour sauver « notre monde économique », que le travail devrait être de moins en moins rémunéré. La « pauvre France », en 2016, n’en a pas moins été la championne de la rémunération de l’usure en prodiguant 16,6% de rendement à son actionnariat tandis que les salaires ne progressaient que de 2,7%.

Laissons l’évidence de ce constat pour nous ouvrir au plus complexe : cela ne peut perdurer qu’avec notre participation, qu’elle soit consentie ou par défaut.

En ce sens ne faudrait-il d’abord pas s’interroger les uns les autres pour reprendre en main nos destinées ? Ne faut-il pas nous ressaisir de la question démocratique ? La démocratie représentative n’a-t-elle pas atteint ses limites et avec elle la 5ème République ? En quoi la mondialisation serait-elle par nature incompatible avec l’émergence citoyenne quand tant d’exemples prouvent le contraire, pensons entre autre à Wikipédia ? Y a-t-il une fatalité à ce que la question démocratique soit jetée avec l’eau du bain d’un communisme sans « sens du commun » ? Ou au contraire n’y a-t-il pas matière à s’instruise les uns les autres de l’émergence d’un sens nouveau du « commun » viable qu’à la condition d’être l’œuvre de chaque individu ? Une certaine vulgate « révolutionnaire », soutenue par des intellectuels installés n’a-t-elle pas considéré que la question démocratique ne fût jamais qu’un avatar du libéralisme ? N’a-t-on pas non plus, laissé bien d’autres termes : la liberté, le travail, la valeur pour n’en citer que quelques-uns, nous parvenir déjà très orientés dans leur présentation, au point que nous soyons de fait exclus de pouvoir en débattre autrement que sous condition ?

La seule opposition sérieuse et qui vaille se présente munie d’un programme et d’un leader. Dans la circonstance du moment, nous en sommes heureux et nous pouvons nous y reconnaitre dans le mouvement qui la porte, mais au regard de l’histoire cela ne saurait suffire. Il y faut plus : la constitution à partir de la diversité populaire d’un mouvement qui concilie un projet collectif avec le maintien des particularités individuelles. Cela n’est pas simple, certains diront même assez de bavardages de l’action. L’action à elle seule ne fait pas politique. Elle a trop souvent servi dans l’histoire à la mise en place de nouvelles formes de domination, en dépossédant les acteurs du sens de leurs actions. Gramsci dit qu’il « faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté». Nous proposons, pour dépasser le pessimisme de la raison, de démultiplier les lieux de son émergence à partir de la réalité la plus rapprochée qui soit : des assises locales dans la vie quotidienne.

C’est le sens en cette rentrée de notre appel : la mise en place de multiples forums, mettant au travail la politique c’est-à-dire la conciliation d’un certain nombre de projets collectifs avec les diversités singulières. Pour le dire autrement la conciliation d’un projet collectif avec l’imaginaire de la valeur de chacun qui ne peut exister qu’à la condition d’être partagé. C’est pourquoi nous pensons dépassée l’idée selon laquelle il faudrait élever la conscience du peuple qui justifie la formation d’un parti et d’un leader.

Il n’y a de peuple que dans l’exercice risqué de ses expressions multiples. C’est à cela que tous ensemble nous pouvons aspirer en créant les conditions de pouvoir partager la complexité de notre rapport au monde.

Comment ?

En acceptant l’idée que politique et démocratie sont indissociables et ne vont de pair qu’à la condition d’accepter cette tension permanente entre les intérêts collectifs et les intérêts particuliers. Il n’y a de communisme qu’en mouvement permanent. Les moyens techniques actuels nous permettent d’envisager l’ouverture de multiples forums qui pourraient s’organiser en thèmes sur la question démocratique et sur le politique permettant de la soutenir. Une autre république est nécessaire, mais discutons d’abord de la complexité de construire notre commun, au plus près de nos paysages quotidiens, sans détruire les rapports que chacun entretient avec ses imaginaires de la valeur. Cela sous-entend d’effectuer un travail sur le rapport que nous entretenons avec nos valeurs. Risquons, pour libérer nos réflexions, que la question ne serait pas tant ou seulement d’être anticapitaliste que de mettre en place les conditions d’un dépérissement de la suprématie des parasitismes financiers. Ce qui revient à réfléchir aux conditions de la fabrication de nos imaginaires sociaux.

Peut-être nous faut-il relever encore et encore le défi des lumières que Kant formulait par un impératif : « osez penser ». Osons penser par nous-mêmes en dehors de ce choix destructeur pour notre avenir et notre planète qui nous laisserait comme seule possibilité soit d’être esclavagiste soit d’être esclave, sous prétexte que le néolibéralisme permettrait à notre libre arbitre de choisir l’un ou l’autre, milliardaire ou pauvre.

Pour oser penser, il nous faudra probablement oser nous parler et débattre ensemble. C’est à cela que nous nous invitons, nous qui refusons de nous soumettre à l'ordre destructeur qui détourne les démocraties de la mise en mouvement de nos communs.

__Roger FERRERI Bruno PIRIOU__

vendredi 14 juillet 2017

Ali sans numéro...

Je reviens en quelques mots sur notre visite aux "migrants" "accueillis" au gymnase des Tarterêts à Corbeil-Essonnes réquisitionné par le préfet.
Une centaine sont arrivés il y a une semaine suite à "l'évacuation" du campement de la porte de la Chapelle. Au conseil municipal du lundi qui suit, nous, élus du Printemps de Corbeil-Essonnes sommes restés stupéfaits de la réaction du maire LR Jean-Pierre Bechter suite à l'interpellation d'Ulysse Rabaté l'invitant à leur rendre visite. "Demandez cela à madame Hidalgo, je n'irai pas les voir". Devant un tel cynisme, même un conseiller municipal issu de ses rangs ose un "Moi j'y suis allé par humanité". Il ne me fut pas compliqué de demander au maire " si votre collègue y est allé par humanité, quel mot signifie votre refus d'aller les saluer?".
Nous, Faten, Dalal, Sofia et Alexandre sommes donc allés dire "bienvenue" à ces hommes au gymnase des Tarterêts. A part des associations locales que je salue, Il y a malheureusement forcément, un peu d'incrédulité sur ces visages qui reçoivent enfin un bienvenu après avoir traversé tant d'épreuves. Ces hommes qui ont fui la guerre, la misère et les catastrophes climatiques ont un sentiment d'être "chez nous" par effraction. Comment pourrait-il en être autrement?
En arrivant, je croise trois jeunes hommes assis devant le gymnase. Surpris de ma visite, ils proposent vite une chaise et même un café. Ils m'accueillent. Mon anglais laborieux me permet tout de même d'apprendre que je m'adresse à Ali 32 ans, Hossen 26 ans et encore Ali 26 ans. Ils viennent d'une Somalie sans dessus dessous. Ils sont là en France juste pour vivre et ne pas mourir dans leur pays. Au nom de quelle morale pourrait-on leur en faire le reproche? Ils savent juste qu'ils vont être transférés un jour proche sans connaître la destination. A ma question de quoi ont-ils besoin présentement, Ali et Hossen m'expliquent qu'ils veulent que leur ami, le deuxième Ali 26 ans, déposé en retard au gymnase le premier jour soit accepté dans le gymnase. Je comprends alors qu'Ali dort dehors depuis une semaine. Juste parce qu'arrivé en retard de la Porte de la Chapelle, l'employé de l'armée du salut a appliqué la consigne, il doit être radié du fichier. Je comprends l'absurdité de la situation: un gymnase réquisitionné, des lits en rang d'oignon, des dizaines d'hommes en attente d'inconnu, deux jeunes somaliens qui ont le droit de manger et de dormir sous "un toit" et leur ami de migration dehors sous l'orage. Je comprends leur angoisse, quand Ali et Hossen vont être transférés, l'autre Ali va se retrouver seul au monde coupé de ses deux seules attaches. Je comprends qu'en étant sorti du fichier informatique, Ali est en train de devenir un clandestin isolé qui ne parle pas le français.
Pendant que les amis du Printemps de Corbeil-Essonnes distribuent des packs d'eau et échangent avec les migrants dans le gymnase je m'affaire pour trouver une solution pour Ali.
Nous sommes jeudi 13 juillet, il est 20 heures. Je tente la préfecture qui me renvoie vers le conseil général que je connais bien, qui me renvoie vers une assistante sociale de permanence qui ne peut agir que pour les mineurs, qui me renvoie vers le 115 qui me dit qu'il n'y a plus de places d'hébergement. Et le responsable du dispositif dans le gymnase de tenter de me convaincre d'arrêter de faire vivre un espoir pour Ali qui sera vain. C'est parce une connaissance bienveillante de la chaîne administrative et sociale que je vais enfin réussir à trouver une solution d'hébergement d'urgence à Corbeil-Essonnes dans un hôtel jusqu'à lundi. Ce qui était impossible à 20 heures devient réalisable à 20 heures 15. Nous partons à la fois rassurés pour Ali et abattus par tant de cynisme et d'indifférence. Ali et Hossen ne sont que des numéros quand Ali n'en est même pas un. Il n'existe pas.
Certains du président Macron, aux côtés de Trump à l'heure où j'écris ce billet, au maire Bechter, font le pari d'un monde où les humains tout comme les pays et les groupes financiers sont en concurrence les uns avec les autres. Ce parti pris sert les plus aisés, mise sur le court terme, se moque des guerres et des catastrophes climatiques. En ignorant Ali, ce parti pris ignore le devenir de l'humanité toute entière.
Aux côtés de Faten, de Dalal, de Sofia et d'Alexandre, j'ai un autre parti pris. Celui d'Ali. Ali n'est pas un concurrent. Nous sommes sur le même bateau, solidaire du devenir de l'humanité.
Ce matin j'ai téléphoné à Ali à qui j'avais demandé son numéro de portable. Il était satisfait d'avoir dormi à l'abri. Il était à la gare de Lyon en quête de nourriture. Lundi quand l'hôtel ne le gardera pas et que ses amis seront peut-être partis loin de Corbeil-Essonnes, il sera de nouveau seul au monde. Nous allons tenter de ne pas abandonner Ali.

lundi 5 juin 2017

DIMANCHE, JE VOTERAI FARIDA AMRANI ET ULYSSE RABATE AUX LEGISLATIVES

Dimanche prochain, je voterai Farida Amrani et Ulysse Rabaté.

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Farida Amrani à la rencontre des habitants. Manuel Valls s'éloigne avec son porteur de parapluie...

Pour les idées qu’ils portent. Celles contenues dans le programme « l’avenir en commun » défendu par Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles. 30% des électeurs-rices du premier tour de la présidentielle dans la circonscription y ont retrouvé la cohérence d’une autre histoire que nous pourrions nous raconter en France et en Europe. Un avenir fait d’une nouvelle République, prenant en compte l’urgence sociale et écologique, proposant une Europe démocratisée et maîtrisée par les peuples et une ambition pour la paix, un avenir porté par le parti pris du commun contre le chacun pour soi.

Ces idées, Farida Amrani et Ulysse Rabaté les portent naturellement depuis des années, au quotidien de leurs engagements.

Nul besoin de preuve quand on sait que Farida Amrani est venue à la politique en prenant au mot le remplaçant de Manuel Valls à la mairie d’Evry : « Si vous n’êtes pas contente de nos rythmes scolaires, faîtes une liste aux municipales ». Non, aux côtés d’autres parents-es d’élèves, Farida n’était contente ni de la réforme tombée d’en haut du ministère, ni d’en bas de la mairie, parce que comme tout ce qui se pense en dehors des intéressés, cela tombe à côté de la plaque de leurs besoins. La liste conduite par Farida Amrani de ces insoumis-ses bien avant que le « label » n’existe, réalisa 20% des voix au second tour de la municipale de 2014. La décision de se maintenir au second tour marque là aussi une rupture avec la trop traditionnelle fusion des listes dîtes de gauche du premier tour. C’est le début d’un grand débat politique au sein des forces de gauche. Comment est-ce possible de ne plus rien partager des projets politiques au niveau national et continuer de faire croire que l’on pourrait s’entendre au niveau local ? Devenir de l’hôpital Sud Francilien et de son partenariat public-privé, rythmes scolaires, rapport aux entreprises, démocratie locale, intercommunalité, sur tous ces sujets et bien d’autres, le temps était venu de constater les divergences locales illustrant celles plus nationales entre une social-démocratie dérivant vers le libéralisme financier et une gauche en recherche, plus radicale, plus écologique et plus démocratique.

Un parcours similaire illustre Ulysse Rabaté. Candidat du front de gauche en 2012 déjà face à Manuel Valls, Ulysse symbolise cette jeunesse en quête de sens d’un nouveau monde. Le Front de gauche de l’époque fut une première réponse. Elu en 2014 conseiller municipal à Corbeil-Essonnes sur la liste Le Printemps de Corbeil-Essonnes face au remplaçant de Serge Dassault Jean-Pierre Bechter, Ulysse témoigne de cette quête politique en rupture avec le parti socialiste de Manuel Valls où les combinaisons politiciennes doivent être remplacées par l’émergence citoyenne. Cette idée qu’en politique chacun-e doit compter pour un-e. Seule cette exigence politique pousse à considérer tous-tes les habitants-es d’une ville et notamment celles et ceux à qui l’on ne donne jamais la parole, celles et ceux des quartiers populaires qui dans notre circonscription de l’Essonne constituent la grande majorité des citoyens-es. J’ai particulièrement pu vérifier son exigence intellectuelle et politique dans notre collaboration pour l’écriture de notre livre « L’argent maudit ». Ulysse est aussi celui qui m’a accompagné politiquement dans ma décision de refuser l’union avec la candidate socialiste au premier tour de la cantonale. Candidate socialiste aujourd’hui suppléante de Manuel Valls. Un siège perdu vaut mieux qu’une union en trompe l’œil.

C’est fort de ces deux parcours que la France Insoumise apporte son soutien à ces deux candidats.

Ils sont tout à la fois porteurs d’un projet national et en même temps ancrés dans leurs villes et dans la circonscription. Elle et il témoignent d’une toute autre conception de la politique que celle qui symbolise Manuel Valls. Sûrement faut-il y voir là, la raison qui les place en challenger de l’ex premier ministre. Manuel Valls symbolise le renoncement aux idéaux de la gauche quand Farida Amrani et Ulysse Rabaté participent à en réécrire l’histoire. Manuel Valls symbolise jusqu’à la caricature le pouvoir centralisé, autoritaire et surtout la parole trahie quand Farida Amrani et Ulysse Rabaté portent l’exigence que les élus doivent cesser de parler au nom du peuple en réinventant la démocratie représentative. Leur jeunesse ne tient pas tant à leur âge qu’au renouvellement des idées politiques qu’ils défendent. Macron est lui aussi un jeune président et pourtant ses ordonnances sur le code du travail nous ramènent bien en arrière. Quel que soit notre vote du premier tour à la présidentielle, des milliers d’électeurs-rices peuvent se retrouver en eux et participer de cette grande nouvelle politique d’avoir défait celui qui aura tant contribué à tuer le sens même du mot gauche.

La force du peuple n’est pas seulement leur slogan. Qu’une femme issue des quartiers populaires d’Evry, militante parente d’élève, syndicaliste, fille d’une génération d’immigrés arrivée en France pour travailler et élever ses enfants, remplace Manuel Valls à l’assemblée nationale, c’est la démonstration vivante qu’un autre monde est possible et nécessaire.

jeudi 4 mai 2017

Le plaisir de battre Le Pen et de déplacer le débat des questions d'immigration et de haine vers celui du combat contre le libéralisme financier, dimanche, je vote Macron.

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Farida Amrani et Ulysse Rabaté, candidats insoumis aux législatives dans la première circonscription de l’Essonne ont eu bien raison d’organiser cette rencontre au Bellevue sur la question posée ou plutôt sur les questions posées par le vote Macron ou pas au deuxième tour de l’élection présidentielle. Pour qu’autant de personnes se posent la question c’est qu’à leurs yeux la réponse ne va pas de soi. Et comme beaucoup, il m’a fallu réfléchir, échanger et me décider. Prendre une décision que j’assume, c’est-à-dire le jour du vote faire ce que je dis et dire ce que je vais faire. Sur ce point j’ai une nuance avec Jean-Luc Mélenchon. Avant de la dire, je m’en voudrai de ne pas souligner la formidable campagne menée par le candidat de la France Insoumise et par les centaines de milliers de militants engagés dans cette campagne. Beaucoup l’ont dit, Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis déclarés ou pas ont tout simplement redonné de l’espoir à celles et ceux qui pensent comme nous dans la première circonscription de l’Essonne avec nos jeunes candidats, qu’un autre monde est possible et nécessaire. Jolie déclaration de Ken Loach au festival de Cannes. Le candidat à la présidentielle a su trouver les mots et les images qui faisaient tant défaut à la gauche de transformation de la société, à la gauche radicale que l’on ne sait effectivement plus nommer. Alors oui s’adresser au peuple, aux peuples, aux gens fut et demeure la bonne réponse tant le quinquennat de Hollande a fini de brouiller les repères. C’est d’ailleurs cette même démarche que nous avons exploré à Corbeil-Essonnes aux dernières municipales avec l’association Le Printemps de Corbeil-Essonnes, en décidant de se mettre à l’écoute de l’ensemble des habitants. Le débat sur le populisme ne fait que commencer. Il pose des questions plus complexes que simplement devoir choisir entre s’en réclamer ou le dénigrer. J’aurai l’occasion d’y revenir dans un autre billet parce que je suis persuadé que la question du populisme nous aide à repenser la grande question du moment qui est celle de la démocratie. IMG_2629.JPG

20% d’électrices et d’électeurs pour réinventer un avenir en commun, cela n’était pas arrivé depuis de trop longues décennies. Et la déception passée de ne pas être au second tour, ne boudons pas notre plaisir et notre satisfaction d’un tel score. Je trouve aussi pertinent que le candidat Mélenchon ait proposé cette consultation sans forcément dire de suite son choix. Oui, il est compliqué d’imaginer à la fois la 6ème République et en même temps de devoir s’en remettre à un « gourou ». Ma nuance avec JLM est qu’il aurait dû appeler plus largement l’ensemble des électrices et des électeurs à débattre du choix du second tour. Et comme nous l’avons suggéré à Corbeil-Essonnes et à Evry, pas qu’en s’étripant à distance sur Facebook mais dans le cadre d’une rencontre où la proximité des regards favorise la perception de la sensibilité et de l’humanité de l’autre. Et comptant pour un comme les autres, j’aurai préféré que JLM donne son avis, sans plus, ni moins. Je reproche à trop bon nombre d’élus Corbeil-Essonnois ne pas avoir le courage et l’honnêteté de dire leur vote de premier tour comme s’ils ne l’assumaient pas et craignaient les débats à venir. IMG_2621.JPG

Le débat d’hier soir au Bellevue, m’a personnellement permis d’arrêter mon vote, plus exactement de le confirmer et donc de le dire. Un mot sur la forme de ce débat qui dit beaucoup du fond de notre conception de la politique. Plus que de chercher à convaincre d’une vérité, l’écoute des questions politiques de chacun-e est le meilleur chemin pour dénouer les fils de la pensée. La pensée politique a à voir avec de la rationalité mais aussi du sensible, des craintes et des projections. Ignorer les questions et donner dans l’injonction du bon vote est à mes yeux tout le contraire de la démocratie en politique. Le débat d’hier soir a donné l’occasion à des dizaines de citoyens-nes de justement penser ensemble l’avenir en commun. Et d’entendre chacun-e partir de son vécu pour dire ses questions et son vote provoqua beaucoup d’émotions, d’expressions du sensible dans lequel on puise ses perceptions de l’avenir mais aussi ses désirs. Oui le débat d’hier a créé de la fraternité indispensable pour continuer à agir ensemble quand bien même le vote du deuxième tour ne serait pas le même entre les uns et les autres. Faut-il que ces décennies d’alternance gauche-droite sans que rien ne change aient fait subir tant de souffrances et de peines pour que même face à la menace d’extrême droite, beaucoup hésitent à voter Macron. J’ai vérifié que seule la possibilité d’exprimer cette colère face aux Hollande, Valls et Macron rendait possible pour beaucoup la possibilité de voter malgré tout pour le troisième larron. J’ai aussi vérifié que la politique n’était pas une affaire de morale. Les paroles culpabilisatrices ne font pas argument. Non ce qui a une chance de faire argument, c’est de rappeler ce qu’est le Front National et sa différence idéologique avec le libéralisme. L’argument qui a fini d’arrêter mon vote est le suivant : la politique est affaire de bataille d’idées. La simple présence du FN au second tour leur permet d’inonder les ondes d’idées fausses et dangereuses qui déplacent le curseur de la compréhension des causes des mal-être et des souffrances. A commencer par cette idée insupportable que la cause de nos problèmes aurait à voir avec les immigrés et la mise à mal de l’identité nationale. Perde notre temps à argumenter sur ces questions nous éloignent des débats sur les incidences du libéralisme financier sur nos sociétés. Comment ne pas imaginer qu’un Front national se rapprochant de 50% n’aurait pas de conséquences sur l’affaissement des consciences dans notre pays ? Je fais partie de ceux qui pensent qu’un Macron à 80% replace le débat sur nos questions. Vu la peine de sa campagne de second tour, comment pourrait-il récupérer politiquement un tel score ? A nous de faire en sorte que les idées du FN soient hors débat, hors-jeu. Je mettrai donc un bulletin de vote Macron dans l’urne du bureau numéro 1 de l’hôtel de ville de Corbeil-Essonnes. Par ailleurs j’ai assez vite pensé cette même idée exprimée en 2002 par Jean-Luc Mélenchon et qui malgré des circonstances différentes n’a pas vieilli : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ? Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel. Plus nous aurons réduit Le Pen avec le bulletin de vote Chirac, plus forts nous serons pour débarrasser ensuite le pays de ce dernier aux législatives». Oui plus Marine Le Pen sera basse dimanche, plus le débat sur le vote aux législatives se portera sur la nécessité d’envoyer à l’Assemblée nationale de nombreux et nombreuses députés Insoumis-ses à la politique de Macron. Et en ce concerne notre circonscription à Evry et Corbeil-Essonnes, plus il sera facile d’élire Farida Amrani et Ulysse Rabaté et de battre Valls qui aura bien du mal à se réclamer d’un quelconque vote utile. IMG_2632.JPG

Décidemment le débat hier au Bellevue fut riche, sincère et respectueux. Sans que tout le monde ne se soit mis d’accord, les uns et les autres se sont quittés bien décidés à se revoir très vite dans la rue et aux urnes pour les législatives. IMG_2635.JPG

mercredi 26 octobre 2016

Jean-Luc Mélenchon est le seul vote crédible à la présidentielle de 2017

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Bruno Piriou et Ulysse Rabaté sont élus à Corbeil-Essonnes. Opposants au système Dassault, ils ont tiré les enseignements politiques de ce combat dans leur ouvrage « L’argent maudit » (Fayard, 2015). Ils voteront Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles et invitent à investir le débat politique. La fin de la République présidentielle se construit à l'échelle des territoires.

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dimanche 25 septembre 2016

Réenchantons le rapport à la politique

Mon intervention au colloque: Paroles en territoires occupés Pluralité des pratiques psychanalytiques et démocratie DIRE, DONC DISPUTER

20160925

Vous posez la question de la nécessité d’une nouvelle culture de la politique où l’on affronterait l’imprévu, la dispute, l’impossible à dire pour appréhender le malaise dans la civilisation.

Cette question me donne l’occasion de souligner l’intérêt que nous avons à dire chacun dans nos espaces de vie, de travail et d’engagement ce qu’il y a d’impossible à dire. Je le prends d’emblée comme une invitation à sans cesse tenter de sortir de nos servitudes volontaires.

Et l’impérieuse nécessité à se les confronter, à échanger nos expériences pour espérer refaire du commun dans un monde qui n’est plus tout fait celui de l’époque de Bonnafé et pour ce qui me concerne l’époque où parler du communisme municipal résonnait dans les consciences comme une expérience de mise en commun de nouveaux services publics pour plus d’égalité et de libertés.

L’impossible à dire aujourd’hui de mon point de vue, c’est-à-dire du point de vue de mon engagement politique, militant et élu à Corbeil-Essonnes depuis 20 ans face à ce que l’on appelle communément le système Dassault et m’interrogeant de façon toujours plus pressante sur la pertinence de mon adhésion au parti communiste. L’impossible à dire est la nécessité aujourd’hui de repenser la forme de l’engagement politique.

Je l’ai ressenti dès le début du défi que je me suis donné en 1995 avec d’autres militants de faire face à ce nouveau maire milliardaire qui a réussi à battre 40 années de communisme municipal. Je ne reviendrai pas là sur les millions d’euros que cela lui a coûté et qui justifie sa mise en examen pour achat de voix mais sur l’idée qui lui a permis de gagner, celle que seule les riches, les oligarques peuvent faire le bonheur des gens. La même idée chère à Emmanuel Macron qui souhaite que le seul rêve qui vaille pour les jeunes soit de devenir milliardaire.

J’ai vite émis l’hypothèse que pour battre cette idée, le parti pris que chaque être humain serait une marchandise et qu’il suffirait de trouver le bon prix pour l’acheter, en ayant bien conscience qu’une fois achetée la marchandise perdait sa valeur, mais c’est une autre conséquence de ce postulat mis en pratique qu’il mériterait de développer, pour battre une telle idée, penser que seul un parti politique, fut-ce t’il le parti communiste, devait être le passage obligé, l’outil principal pour rassembler les citoyens était un leurre.

J’avais en tête le constat du philosophe Lucien Sève, selon lequel le problème avec le mot adhérer, c’est qu’en adhérant, on abandonne une partie de soi-même, et parfois même la totalité de soi, pour se fondre dans une croyance, une idéologie.

J’ai pensé que pour fabriquer du commun, que ce soit une ville, une entreprise, un service public, un département, un pays, aucun groupe ne pouvait prétendre à lui seul représenter la somme des citoyens, qu’il ne pouvait exister de raccourci à l’expression de chacun, riche de sa perception de son individualité et de sa place dans le collectif, le commun.

La vie politique a ceci de terrifiant que ceux qui ont le pouvoir se persuadent qu’ils sont compétents pour penser la complexité du commun et qu’ils s’autorisent à en décider. Décider du fonctionnement d’un hôpital sans jamais avoir été infirmier-ère ou médecin, penser le commerce sans jamais avoir été commerçant, l’entreprise sans jamais avoir été entrepreneur et de moins en moins salarié d’entreprise.

Ceux qui ont le pouvoir pensent qu’en passant le réel dans le filtre de leur idéologie, qu’elle qu’elle soit, ils trouveront les bonnes réponses. La lecture, il y a maintenant de nombreuses années du petit livre de Simone Weil « Note sur la suppression des partis politiques » m’a je dois l’avouer bien perturbé. Et notamment ce passage où elle dit que « C’est en désirant la vérité à vide et sans tenter d’en deviner d’avance le contenu qu’on reçoit la lumière. C’est là tout le mécanisme de l’attention. Il est impossible d’examiner les problèmes effroyablement complexes de la vie publique en étant attentif à la fois, d’une part à discerner la vérité, la justice, le bien public, d’autre part à conserver l’attitude qui convient à un membre de tel groupement. » Et d’inviter à « l’obligation impérieuse de protéger autant qu’on peut la faculté de discernement qu’on porte en soi-même contre le tumulte des espérances et des craintes personnelles. » Je me suis laissé convaincre par l’expérience qu’une vie politique régie par la loi des partis tuait la dispute parce qu’elle tuait la libre pensée pour se conformer à leur passion collective. Oui le régime de la contrainte qui domine nos institutions et nos partis politiques nuisent à la pensée.

Inventer de nouveaux mots pour dire le malaise dans la civilisation doit nous mener à réinterroger notre démocratie. Mon expérience du monde politique est que cette question ennuie les sphères des pouvoirs quand pourtant bon nombre d’intellectuels nous alertent.

Jean-Pierre Vernant quand il dit que l’on ne peut penser l’intérêt général sans démocratie, Myriam Revault d’Allonnes quand elle dit que la démocratie représentative a toujours été en crise car la non-coïncidence entre représentants et représentés est structurelle et d’interroger sur la manière d’élaborer du commun qui ne se donne à voir qu’à travers les signes de la division ? Jean-Luc Nancy dans son livre « Vérité sur la démocratie » quand il écrit qu’elle est d’abord le nom d’un régime de sens dont la vérité ne peut être subsumée sous aucune instance ordonnatrice, ni religieuse, ni politique, ni scientifique ou esthétique, mais qui engage l’homme en tant que risque et chance de lui-même ? Enfin Jacques Rancière dans « La haine de la démocratie » que je trouve bien convaincant quand il explique « que le processus démocratique doit donc constamment remettre en jeu l’universel sous une forme polémique. Et que s’il y a une illimitation propre à la démocratie, c’est là qu’elle réside : non pas dans la multiplication exponentielle des besoins ou des désirs émanant des individus, mais dans le mouvement qui déplace sans cesse les limites du public et du privé, du politique et du social. »

Ce va et vient entre ces lectures et mon expérience de militant à Corbeil-Essonnes m’ont convaincu qu’en politique les prétendants au pouvoir politique n’avaient pas le choix que de prendre les gens comme ils sont dans leur diversité et leurs divergences, qu’ils valaient même mieux créer les conditions que celles et ceux désireux de se mêler de politique inventent leur mouvement, que les seuls partis politiques devenaient obsolètes parce que dépossédant de la pensée et de l’agir. Notre première association à Corbeil-Essonnes s’appellera dans les années 2000 Génération citoyenne. C’est dans cette période que ma route croise la vôtre, celle des désaliénistes. Que mes doutes et mes questions croisent les vôtres. Tout comme d’autres avant moi et dans l’exercice du pouvoir municipal avaient croisé celle de Lucien Bonnafé à Corbeil-Essonnes quand il ose la psychiatrie de secteur.

Je croise votre route en défendant l’hôpital public et singulièrement la maternité de Corbeil-Essonnes.

Et c’est une vraie rencontre. Comme si dans les écoles politiques, l’on s’était arrêté à Rousseau et à Marx, j’en rajoute un peu, mais Freud et Lacan c’était autre chose. J’ai connu cette période où prendre en compte l’individu était considéré comme une préoccupation bourgeoise. Nous revenons de loin et peut-être n’en sommes-nous pas complètement revenus.

La politique a à voir avec la psychanalyse des désaliénistes, parce vous travaillez le respect du sujet. Si je le dis avec mes mots, vous travaillez à l’émancipation du sujet par lui-même. Une rencontre décisive par seulement pour moi-même mais toutes celles et tous ceux qui cherchent à sortir de l’impasse politique dans laquelle nous sommes. Ma propre pratique d’analysant m’a convaincu d’une évidence : de même que vous m’apprenez qu’en analyse, on ne peut parler à la place des individus, en politique, on ne fait pas le bonheur des humains à leur place. Vous m’apprenez la complexité des humains, être politique, être social être psychique. Je découvre en vous des militants de la pratique de la liberté du sujet. Quand Roger Ferreri dit « Dans mon métier, je côtoie des personnes que l’on a désignées folles qui ont une particularité, celle de nous confronter à l’impossible des possibilités de la politique pour résoudre leurs préoccupations. Elles nous obligent à relever un défi, celui de leur accueil, en pointant, au-delà-delà de ce qu’on peut faire pour chacun, que la mise en commun est avant tout de partager ce qui nous échappe. » J’entends là une proposition politique d’un possible vivre en commun. Je trouve en vous des militants de l’humanisme qui considèrent vos patients, potentiellement chacun d’entre nous, comme des êtres humains à respecter tels qu’ils sont. Votre parti pris de la psychiatrie porte en elle une exigence de société et donc de vie politique qui ne peut trouver de place dans une société qui professionnalise la politique, éloigne toujours plus l’exigence individuelle et collective des citoyens des pouvoirs décisionnaires.

Il s’oppose tout autant à celui de Sarkozy quand il considère vos patients comme des délinquants qu’à celui que dénonçait Bonnafé en 1975 en parlant de l’usage répressif de la psychiatrie de l’Etat soviétique, ce qui faisait alors scandale à la fête de l’Humanité.

De fait, vous ne pouvez qu’être une boussole parmi tant d’autres pour penser le projet d’en commun d’une ville, d’un département, d’une société où il ne peut exister de vivre ensemble viable sans considérer l’individu.

La question de la folie pose la question du rapport entre l’individu et le groupe. Vous ne cessez de vous interroger là-dessus. Vous travaillez en permanence la contradiction du respect de l’individu avec ses névroses et ses psychoses et du respect des individus dans leur relation aux uns et aux autres. Votre rapport à la folie dit quelque chose de ce que nous cherchons parfois désespérément du côté des valeurs de notre République si vidées de leur sens aujourd’hui. Je disais à la rencontre qui a donné lieu à ce livre qu’il ne s’agit pas tant pour vous de rendre des comptes aux institutions que de nous rendre compte de vos apprentissages si précieux pour penser ce que l’on appelle si communément vivre ensemble.

Comment ne pas penser à la similitude de vos interrogations dans vos pratiques avec l’une des questions centrales à laquelle la « gauche » est confrontée aujourd’hui. Je parle de la gauche qui cherche encore un horizon au néolibéralisme.

La question de l’équation entre liberté de chacun et égalité de tous qui fonde la démocratie. Un siècle de socialisme à l’Est s’est effondré entre autre sur cette question. La liberté du sujet, c’est compliqué, alors ils se sont assis dessus. Je pense que la gauche butte sur la question démocratique parce qu’elle n’est pas sortie de l’idée qu’elle aurait la responsabilité de filtrer les désirs des hommes pour vérifier qu’ils sont compatibles les uns avec les autres. Elle s’octroie la responsabilité de penser l’en commun en se plaçant au-dessus de la mêlée.

Nous ne sommes donc ni sortie en politique de l’homme providentiel, ni du parti providentiel comme dans votre champ l’on voudrait vous imposer une science de la bonne pratique analytique. La complexité du sujet dans sa psyché comme dans sa citoyenneté fait peur à ceux qui se posent en penseur des bonnes conduites.

Pour penser la politique, la vie ensemble dans la cité vous m’apprenez que les humains n’ont d’autres alternatives que de se coltiner la tension permanente entre l’intérêt individuel et l’intérêt général. Il ne peut y avoir de mise en commun que dans cette confrontation permanente entre les individus eux-mêmes. Cela ne s’arrêtera jamais et il nous faut l’accepter. C’est en cela que Marx parle de mouvement permanent qui abolit l’état de choses existant.

Et cela fait peur cette incertitude des hommes. Alors il faudrait le parti, l’institution qui pense avant tout le monde, qui guide, qui dirige, qui contrôle, qui ordonne. Et quelle difficulté d’en sortir. Alors on préfère le confort de la servitude volontaire. Nos formes institutionnelles ne marchent pas mais on les garde. Parce devant l’inconnu, chaque institution, chaque parti a peur que sa conscience de classe, sa conscience scientifique se perde, se dilue dans les idéologies dominantes. Mais je pense au contraire qu’il n’y a pas de conscience de classe, de vérité de la science sans confrontation permanente des points de vue, sans dispute. La haute autorité de la santé mentale ne vaut guère mieux que la haute autorité politique que serait le parti politique.

Je voudrais aussi vous dire que la rencontre d’aujourd’hui est indispensable pour s’épauler dans nos recherches. Vos savoirs peuvent impressionner, vous m’impressionnez. Il m’a fallu une certaine audace pour oser venir vous parler. Elle est pourtant nécessaire. Vous gagnez à sortir d’un certain entre soi, de professionnels qui ne cesseraient de parler de leurs bonnes pratiques comme les professionnels de la vie politique asphyxient leur pensée à n’échanger qu’entre eux.

Dans ma fonction d’élu municipal, dans ma ville, dans cette société ravagée par un imaginaire borné à la quête de l’argent et dans cette démocratie en lambeaux, je rencontre régulièrement des personnes en souffrance, des professionnels de « la santé mentale » et sur le champ politique des militants en errance. Vous leur manquer. Ils aimeraient être dans votre boucle. Vos questions hautement politiques ont besoin de se coltiner les disputes de la société au risque sinon que chacun dans son coin n’ait à cultiver que la désespérance. Comme le dit le poète musicien, l’oeuvrier Bernard Lubat n’ayons pas peur de l’improvisation. Je plaide donc pour la rencontre permanente de tous les désaliénistes. Ne restez pas entre vous et nous entre nous. L’entre soi, l’habitude, c’est la forme inaugurale de la servitude volontaire.

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