Le blog de Bruno Piriou

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lundi 1 février 2016

Soirée Anticor

Chers amis,

Merci à vous pour cette reconnaissance. Comme étant toujours élu de la République, je préfère être nommé dans cette catégorie que dans celle des casseroles.

Je profite donc de cette tribune pour souligner l’utilité de l’association Anticor. En valorisant les engagements citoyens contre la corruption, en favorisant les rencontres, vous donnez de la force au combat contre la corruption et vous faîtes reculer notre sentiment de solitude qui peut parfois exister.

Merci donc de donner confiance dans ces engagements si difficiles.

Devant tant d’injustices, tant d’inégalités face aux pouvoirs, le principal adversaire de notre nécessaire courage, c’est le sentiment de désespérance et d’impuissance.

Je suis, avec de nombreux Corbeil-Essonnois-ses, des militants-tes, des journalistes, à l’origine de la décision du conseil d’Etat du 4 septembre 2009 d’annuler les élections municipales de 2008 et de la mise en examen de Serge Dassault, 69ème fortune mondiale. Elle fut prononcée le 10 avril 2014, soit une semaine après les élections municipales de 2014 qui ont une nouvelle fois donné la victoire à son successeur, Jean-Pierre Bechter. Depuis, Serge Dassault ne cesse de faire la une de l’actualité non pas pour le motif de sa mise en examen, « achats de vote, complicité de financement illicite de campagne, financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé », mais pour la vente de ses avions.

Le milliardaire, à la tête de l’un des plus grands groupes de presse et d’armement, a eu beau tout se permettre jusqu’à être déclaré inéligible par le conseil d’Etat pour avoir créé un système redoutable d’achat de voix, soupçonné d’avoir fait transité 53 millions d’euros en liquide par son comptable suisse au Rond-Point des Champs Elysées, d’avoir ainsi sous-estimé ses déclarations fiscales, cela ne l’empêche pas de recevoir l’accolade de l’actuel président de la République. François Hollande déclarait au dernier salon du Bourget en aidant Serge Dassault à descendre d’un avion, « C’est encore l’Etat qui soutient Serge Dassault. » C’est la première chose que je tenais à souligner. Les faits de corruption sont si difficiles à dénoncer et surtout à défaire qu’ils sont souvent le fait des puissants de ce monde. Cela dit quelque chose de notre époque où seul le pouvoir de l’argent mène le monde. Nous vivons une époque où les Etats sont à la solde de ces puissances financières. C’est vrai en France, c’est vrai quasiment partout ailleurs jusque dans des pays où il n’y a plus d’Etat mais où le business se fait avec les pires bandes totalitaires et terroristes.

Combattre la corruption est donc indissociable d’une pensée d’un tout autre monde et inversement. On ne peut rêver d’un autre monde sans s’attaquer aux forces de l’argent sur tous les fronts et notamment sur celui de la corruption. J’ai en tête les propos d’Antoine Peillon dans son excellent ouvrage, « Corruption ». « Comment s’y prendre pour refonder une République vraiment démocratique, normative et vertueuse ? Cette refondation n’est envisageable qu’à la condition que l’on procède auparavant à une bonne cure de désintoxication de ce tout-puissant hallucinogène qu’est l’argent, aux fins de se libérer des liens de dépendance tissés par l’oligarchie qui détient le pouvoir de produire, de faire circuler, de thésauriser, d’investir, de cacher et de blanchir … l’argent. »

Je souhaite souligner avec vous ce soir l’inégalité de traitement face au droit et l’injustice qui consiste à ce que ces personnes mises en examen ont toutes les chances de n’être jamais jugées. D’abord de par leur âge, ayons en tête l’affaire du Médiator et le décès de Jacques Servier, mais de par aussi la puissance juridique de ces individus qui de recours en recours et d’appels en appels repoussent toujours plus loin la date De leur procès. J’avais prévu de ré interpeler Christiane Taubira sur ce sujet mais… Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter, mis en examen pour des faits vieux de plus de huit ans, sont à l’heure où nous sommes ensemble réunis, à la même tribune pour les vœux de Corbeil- Essonnes que notre cher premier ministre puisque nous nous trouvons dans sa circonscription. Chaque année donc, Manuel Valls assiste aux vœux de Serge Dassault et de Jean-Pierre Bechter et vante les mérites de leur gestion. En termes de rapidité de la justice mieux vaut être PDG de groupe que salarié de Goodyear ou d’Air France. La question d’une réforme judiciaire est évidemment nécessaire.

Autre enseignement, on ne combat peu la corruption avec un code moral. Notre ville de 46000 habitants a vu se déverser des millions d’euros d’argent du milliardaire sans jamais qu’un centime ne soit déclaré. Beaucoup ont en profité, entreprises, commerçants, jeunes, moins jeunes, communautés, lieux de cultes, associations. Rien n’a été laissé au hasard pour quadriller la ville. J’en ai d’abord retiré l’enseignement que la simple critique morale de ce système était peu convaincante. Parce que dans une République qui ne tient plus ses promesses, comment reprocher à qui que ce soit d’accepter l’obole d’un milliardaire. Non, le moyen efficace de rendre moins attractif la corruption c’est de faire rentrer dans la vie, les mots dont se gargarisent tous les matins notre premier ministre mais qui n’ont guère de réalité, la liberté, l’égalité et la fraternité. Repenser la société en terme de droit c’est couper l’herbe sous le pied du corrupteur.

J’ai aussi appris que que si effectivement la corruption sert à maintenir les corrupteurs au pouvoir, elle n’est pas un système efficace pour satisfaire l’intérêt général. On pourrait croire qu’avec tant d’argent déversé, la ville soit fleurissante. Ce n’est pas le cas. C’est un système efficace pour voir fleurir les voix dans les urnes le jour du vote mais cela ne développe pas la ville. Une fois acheté, l’être humain perd de sa valeur. Ce qui fait la richesse d’un individu, c’est sa capacité à créer, à inventer, c’est la satisfaction à s’émanciper par soi- même. Ce que l’on appelle en pédagogie, la reconnaissance de soi. Une fois l’enveloppe encaissée, ce désir de création s’estompe. C’est vrai pour les entreprises où l’aide financière ne fait rien pour améliorer le marché. Notre ville est l’une de celle qui aura vu pendant ces décennies, peu de jeunes accompagnés pour créer artistiquement, pour se dépasser sportivement ; l’argent du milliardaire n’a rien fait pour animer le commerce local ; la vie démocratique et associative est anesthésiée. Tenir une communauté humaine par l’argent n’est pas facteur d’émancipation et de vitalité mais d’assujettissement.

Je voudrais vous assurer que recevoir ce prix est un signe encourageant donné à toutes celles et ceux qui, à Corbeil-Essonnes comme dans de plus en plus de villes, refusent le clientélisme et cherchent à réinventer la démocratie. Il s’agit ni d’être optimiste ni d’être pessimiste mais de travailler sans relâche à une société fraternelle et citoyenne. Soyons attentifs au fait qu’un monde politique se meurt et qu’un tout autre se cherche. Nous sommes de plus en plus nombreux dans cette quête.

Merci à vous.

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dimanche 10 janvier 2016

La mise en mouvement d’une nouvelle offre politique émancipatrice -je n’ose plus dire à gauche tant le vocable méritera lui aussi d’être redéfini- ne pourra être que l’œuvre des citoyens-nes eux-mêmes

Comment faire avec la politique aujourd’hui ?

Chacun a beau en être dégouté, ne plus vouloir en entendre parler, elle revient toujours. Parce que d’une certaine façon, en faire le deuil nous ramènerait à faire le deuil de nous-mêmes comme être social, de notre rapport aux autres et à notre devenir ensemble. Seuls les gouvernants qui font tout pour garder le pouvoir rêvent de sujets définitivement désintéressés. Leur faire ce cadeau mène tout simplement au chaos duquel personne ne peut espérer échapper.

La destruction d’Etats par les occidentaux laisse la place à la violence de rapports uniquement basés sur la bestiale loi du plus fort. Je vous renvoie à l’éclairante conférence d’Alain Badiou du 23 novembre au théâtre d’Aubervilliers sur le thème « Penser les meurtres de masse- http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/alain-badiou-penser-les-meurtres-de-masse .
La confiscation des pouvoirs institutionnels en France par une élite politicienne détruit la démocratie. Un horizon politique où une majorité d’électeurs-rices ne voteraient plus et où un tiers s’abandonneraient au Front national ne peut laisser indifférent le citoyen encore un minimum réveillé. Jamais un pouvoir politique dans notre pays n’aura en si peu de temps brisé les repères des citoyens-nes avec leurs représentants : création d’intercommunalités géantes destituant de fait des conseillers élus par le suffrage universel, fusion des régions et des cantons, campagne présidentielle permanente faisant du président de la République un monarque décidant seul, usage du 49.3 pour libéraliser à outrance notre économie, remise en cause de nos fondements républicains et de nos droits de l’homme sur le thème si bien résumé par Edwy Plenel, « Ayez peur, je m’occupe du reste » développé lors du passionnant débat le 16 décembre 2015 à Gennevilliers- https://blogs.mediapart.fr/patrice-leclerc/blog/161215/edwy-plenel-esther-benbassa-marwan-muhammad-gennevilliers . Avec un tel programme et ses conséquences dévastatrices, pas étonnant que la désespérance l’emporte.

Alors à quel saint se vouer pour retrouver le chemin de l’espoir ?

D’abord peut être s’accorder sur la relativité de l’adhésion des Français-ses aux thèses du Front National qui loin de moi l’idée de la minimiser, nécessite d’en appréhender la mesure pour comprendre qu’une grande majorité d’électeurs-rices peine « à trouver un espace et une offre politique qui leur correspondent. » Je vous renvoie à la fine analyse de Frédéric Gilli dans le Monde daté du 10.12.2015. http://www.lemonde.fr/elections-regionales-2015/article/2015/12/10/il-n-y-a-pas-de-vague-bleu-marine_4828268_4640869.html . Toujours adhérent entre autre d’un parti politique, le parti communiste, je ne peux que partager néanmoins le constat d’échec de l’offre politique du Front du gauche. Je partage sur ce point le cri du cœur de deux anciens-nes militants-es du Front de gauche paru dans Libération daté du 13 décembre 2015 qui se termine par un appel à prendre le temps et à oser « une vraie recomposition qui fasse bouger les lignes par-delà les appareils politiques actuels, s’ancrant profondément dans la société. » http://www.liberation.fr/debats/2015/12/13/front-de-gauche-merci-pour-ces-elections_1420419 .

Après quelques décennies passées à militer au sein de mon parti et aussi à côté au sein d’associations citoyennes notamment locales pour penser une alternative au système Dassault à Corbeil-Essonnes, j’ai acquis la conviction que la mise en mouvement d’une nouvelle offre politique émancipatrice- je n’ose plus dire à gauche tant le vocable méritera lui aussi d’être redéfini- ne pourra être que l’œuvre des citoyens-nes eux-mêmes, certains-es d’en maîtriser à chaque instant la forme et le fond. Ce que parfois nous réussissons localement, j’en fais l’expérience certes ardue mais passionnante dans ma ville avec l’association « Le printemps de Corbeil-Essonnes, nous n’avons de choix que de l’expérimenter nationalement. Si Gael Brustier a raison de dire dans son livre, « A demain Gramsci »- http://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17495/a-demain-gramsci-gauche-francaise-cherche-desesperement-peuple-perdu- que « la question du sens commun est liée au fait que l’intérêt des dominés n’est pas donné, qu’il se construit intellectuellement, culturellement, socialement, politiquement», nous sommes condamnés et j’y vois là une peine bien jouissive, à accepter que c’est l’engagement de chacun qui fera la bonne politique. Les formes de ces nouveaux espaces politiques sont à inventer. Et alors ?

Face à la peur entretenue de l’autre, face aux craintes de voir perdurer une vie politique sclérosée et à bout de souffle, qu’avons-nous de mieux à espérer fait chacun-e à son niveau, d’engagement local, régional, national, européen ou international, prenne rendez-vous avec sa liberté et se sente autorisé à prendre toutes les initiatives citoyennes que bon lui semble. Citoyennes ne signifiant pas qu’elles excluent des adhérents d’organisations politiques eux-mêmes citoyens, cela invite à considérer qu’aucune forme d’engagement politique ne peut s’auto déclarer plus légitime qu’une autre. Redonner du sens aux mots, aux valeurs comme celles de l’égalité, de la démocratie nécessite que le plus grand nombre se mette en mouvement pour le redéfinir. C’est particulièrement le cas de celles et ceux qui en ont le plus besoin, je pense aux classes populaires simplement définies par Daniel Mermet dans l’Humanité du 16 décembre 2015, « cette jeunesse et toute la population issue de l’immigration »- http://www.humanite.fr/daniel-mermet-les-classes-populaires-ce-sont-aujourdhui-toute-cette-jeunesse-et-toute-la-population . Je faisais remarquer lors de la passionnante conférence de l’Agora de l’Humanité le samedi 9 janvier de Pierre Rosanvallon et Cynthia Fleury- http://www.humanite.fr/agoras-de-lhumanite-la-republique-prend-de-la-hauteur-594985 , que le contenu même de ce que doit et peut être l’égalité ne s’impose pas. La douloureuse expérience du communisme nous au moins enseigné cela.

Je suis toujours frappé par le fait que l’idée politique qui consiste à annoncer que si nous prenions le pouvoir « nous prendrons tout au-dessus de tel montant de fortune » effraie presque plus les plus démunis que les plus fortunés. Parce que l’être social et psychique qu’est l’être humain ne peut définir son idéal, son horizon des possibles ou spirituel que dans le champ de ce qui lui paraît possible, souhaitable et imaginable. J’en reste à cette idée si justement formulée par Jean-Pierre Vernant, « qu’il n’y a pas de définition de l’intérêt général sans démocratie ». La définition d’une nouvelle dynamique, d’un nouveau mouvement politique ne pourra se faire sans un nouvel élan démocratique. Dans la préface du livre de Patrice Cohen-Seat « Peuple ! », qu’il signe, Gérard Mordillat invite à « repousser les alliances de circonstances » et à prendre nos responsabilités, notamment à faire le pari de l’intelligence des classes populaires à penser et à changer le monde. Si le parti communiste participe à ce nouveau mouvement politique, tant mieux, s’il ne le fait pas, cela risque de nuire à ce mouvement lui-même en constituant un frein.

C’est de tout cela que nous discuterons avec lui comme grand invité, le vendredi 22 janvier à 19 heures à l’espace papeterie à Corbeil-Essonnes avec le Printemps de Corbeil-Essonnes pour se souhaiter une bonne année 2016.

En 2016, prenons le temps de nous vouer à un nouveau dessin d’en commun.

voeux_printemps

dimanche 4 octobre 2015

L'hôpital Sud Francilien, vie publique, vie privée

Je voudrais vous parler de l’hôpital Sud Francilien, des proches qui s’y trouvent et de la décision de la direction de rendre payants les parkings.

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mercredi 3 juin 2015

Comme un bruit qui court sur France Inter : retour sur le scandale du CHSF

Avec Roger Ferreri, Michèle Cireni et tant d'autres, retrouvez à mes côtés dans cette émission les voix d'un combat long et courageux au Centre Hospitalier Sud-Francilien.

ECOUTER L'EMISSION COMME UN BRUIT QUI COURT SUR LE CHSF

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lundi 27 avril 2015

Demain, notre ouvrage "L'argent maudit" dans toutes les bonnes librairies

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Au lendemain des élections municipales de Corbeil-Essonnes de mars dernier qui voit une nouvelle fois la victoire de Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter, je ressens le besoin de prendre le temps d'analyser mes 20 années de combat politique dans cette ville.

Combien de fois, amis, journalistes et même scénaristes ne m'ont ils pas suggéré de raconter cette saga politico-judiciaire qui a tout du roman noir? C'est décidé, malgré l'annonce d'une nouvelle échéance électorale, avec Ulysse Rabaté nous nous lançons dans l'aventure. 20 années d'archives et de réflexions politiques vont considérablement nous aider à raffraîchir la mémoire, à prendre le temps de l'annalyse. Nous apprenons aussi beaucoup de nombreux ouvrages sur la banlieue, la corruption, l'histoire communiste. Nous réalisons aussi des dizaines d'entretiens de Corbeil-Essonnois qui froidement nous livrent leur sentiment et leurs questions sur ce qu'il faut bien admettre, la réussite du système Dassault.

Un an après le livre sort chez Fayard.

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lundi 23 mars 2015

Reconstruire un espace politique à gauche

C’est d’abord un matin noir. Mes premières pensées sont pour vous, les 2229 électrices et électeurs de Corbeil-Essonnes, d’Echarcon, de Lisses et de Villabé, qui nous ont fait confiance au premier tour de cette élection départementale.

Je mesure votre tristesse et votre colère de se retrouver dans une ville et un canton où il faudrait choisir entre l’extrême droite et une droite mise en examen qui a plongé Corbeil-Essonnes dans le désarroi et le clientélisme. Aucun de ces candidats ne représenteà mes yeux les valeurs de la République auxquelles je suis attaché. Je vous le dis d’emblée. Personnellement je voterai blanc dimanche prochain.

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mardi 17 mars 2015

Le 22 mars, le vote utile pour éviter un 2ème tour UMP/FN

A dimanche !

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En annexe, les témoignages d'habitants de Corbeil-Essonnes, Lisses, Echarcon et Villabé.

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