/Résistance, c’est une toile d’araignée qu’il faut tisser. Ce qui permet de tenir, c’est la certitude absolue qu’il n’y a pas de moyen de faire autrement.

Ce qui vous soutient c’est l’organisation. Ce groupe fraternel de gens en qui on a pleinement confiance, avec lesquels on partage tout, qui viennent manger chez vous, c’est un soutien, parce que ce qui doit être terrible, c’est d’être dans un cas semblable dans la solitude.

C’était un vrai libéral, en ce sens que pour lui seul importait le libre examen de tous les problèmes et l’ouverture d’esprit.

Je dis que se produisent en même temps des changements essentiels analogues sur le plan de la vie collective et sur le plan des formes de pensée.

Notamment la mise en pratique d’une relation nouvelle au pouvoir et à la démocratie. Nous avons en héritage la culture de la direction. Celle qui, en dernier recours, décide toujours.

Inventer une pratique qui fasse que le citoyen ne sente jamais dépossédé des choix de vie. Ce n’est pas le souverain qui crée le groupe mais le groupe qui crée le pouvoir. C’est l’ordre social qui est premier par rapport au pouvoir. L’essentiel de la stratégie collective consiste à faire en sorte que le pouvoir soit dépersonnalisé, voire qu’il n’y ait pas de pouvoir. Les Grecs refusent le pouvoir dans la mesure où il est pensé comme une puissance de domination qui s’impose aux individus et les courbe sous le joug d’une force supérieure à la leur.

Le pouvoir doit donc être déposé au centre de la collectivité, où existe un espace libre, public, commun à tous, un espace de parole, de libre débat, d’argumentation contradictoire, de discussion. Puisque le pouvoir n’appartient plus à personne, que personne ne peut se l’approprier, chacun en est maître.

L’important en fait est de ne pas se cantonner à un domaine strict sans penser son contexte.

Il y a des systèmes, des ensembles qu’il faut situer ; ce qui est le plus intéressant, c’est de montrer comment les systèmes changent. Il y a donc des ruptures à l’intérieur d’une même culture.

La crispation de la société française la rend moins intégratrice qu’autrefois. Pour éviter cela il faut un ciment national fort.

Il faut un système politique dont on se sent partie prenante.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aujourd’hui on pense que la politique est devenue une affaire de spécialistes avec ses techniciens et que ce métier consiste non pas à répondre aux attentes, aux espoirs et aux idéaux de tout le monde, mais à résoudre des problèmes techniques grâce à des cabinets, des spécialistes, des techniciens. On s’aperçoit qu’ils se trompent régulièrement. Les gens sont convaincus que la politique se résume à ce métier là.

Les français ne se sentent plus en prise avec la chose publique et par conséquent, ils font un saut en arrière et s’accrochent à leurs racines nationales, parlent de français de souche, alors que la France compte 36 souches. En dehors d’elles, il y a un lien commun, un tissu social.

A un moment donné, le passage entre la classe politique et le peuple s’effectuait par l’intermédiaire des partis, des syndicats, des associations, des réunions, des organisations locales ; grâce à ces intermédiaires, il y avait continuellement une circulation d’information, de camaraderie entre la classe politique et la masse des gens. Cela n’existe plus aujourd’hui, voilà le vrai drame de la France.

BESOIN DE NOUVEAUX LIEUX ET ESPACES OU LES CITOYENS PUISSENT EXERCER LA POLITIQUE.

Désengagement, sectarisme et surtout abandon de ce que les Grecs ont manié avec tant de talent, la capacité de réflexion, de prise de distance, d’analyse et abandon du travail de Marx.

Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est quelqu’un qui ferait un peu ce qu’a fait Marx pour la fin du 19ème : tenter de comprendre les grands traits qui expliquent le mouvement de la société et la crise de notre culture.

« Là où le bolchevisme est passé, le marxisme ne peut plus repousser. » Qui suis-je ? La réponse la plus simple consiste à invoquer ses racines. Dans ces pays où la religion touche toutes les formes de la vie quotidienne, je me sens de nouveau être quelqu’un et quelque chose si je replonge mes racines dans l’islam. Il y a un parallèle entre intégristes et français de souche.

A dire aux jeunes : Il y a des choses fondamentales dans la vie et qu’elle ne vaut d’être vécue que si précisément tous ces aspects lamentables, repli sur soi, haine, refus de l’autre, condamnation à priori de l’étranger, absence de curiosité, d’ouverture d’esprit, sont évacués.

La responsabilité personnelle c’est la dette envers le monde.

Nous sommes des êtres finis, limités, déficients, que ce qui nous caractérise c’est le manque, et par conséquent la vie est un effort pour combler ces vides en sachant qu’ils ne seront jamais comblés.

Vrai pour tous sauf pour les dieux. Aucun de nous n’est divin en ce sens, nous sommes caractérisés par la finitude, la mort, nous savons que nous mourrons et que par conséquent tout est fragile.

Barrer la route à ce qui est le mal dans son système de valeurs.

La démocratie est mise en commun de l’intérêt général.

Débattre implique argumenter, contredire, prouver, démontrer, vérifier, autant d’opérations qui exigent de la rationalité et préparent le chemin de la philosophie.

Ce qui donne l’actualité de la tragédie grecque c’est sa représentation de la condition humaine, d’un homme énigmatique, de l’homme comme problème. L’homme tragique c’est l’homme qui est devenu énigmatique à lui-même, ne sait plus qui il est, s’interroge sur lui-même et n’a pas de réponse.

L’élément essentiel de la polis, c’est le refus de la souveraineté, le refus du pouvoir d’un homme sur les autres. Les grecs dépersonnalisent le pouvoir en le neutralisant. Ils le mettent au centre de la cité afin que tout le monde l’exerce. Ce n’est pas notre cas, nous qui vivons dans une République où c’est l’Etat qui a hérité de la souveraineté royale.

Toute question d’intérêt commun doit être traitée au terme d’un débat public et contradictoire où prédominent les règles du raisonnement, de l’intelligence, de l’esprit critique, de la prévision.

Aucun domaine de la vie, du réel, n’est à l’abri d’une enquête critique, d’une réflexion intellectuelle. Il n’y a aucun domaine réservé, aucun secteur interdit. Voilà quelque chose que nous devons aujourd’hui prendre à notre compte.

Il n’y a rien que l’esprit ne doive aborder avec une pensée critique et en même temps le résultat n’est ni la souffrance ni la morosité.

Et en même temps que l’homme bénéficie de cette liberté critique, il a le sentiment d’être dans un univers qui, même avec des monstruosités comme la mort et des choses inexplicables, reste beau.