Si chacun s’accorde à reconnaître les bouleversements de notre société contemporaine, si l’idée demeure pertinente que pour transformer la société, il faut toujours mieux la connaître, alors reconnaissons là, nos propres faiblesses théoriques pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Nous avons devant nous un effort pour définir l’état du capitalisme, approfondir les causes de la chute des pays socialistes, définir les raisons de l’échec de la sociale démocratie européenne, que les partis communistes européens ont souvent accompagné.

Quel outil politique en France et en Europe pour comprendre et transformer le réel dans une visée émancipatrice ? Comme beaucoup de mes camarades, je cherche à répondre à cette question en oscillant entre, créer une force politique nouvelle, changer le parti communiste, son nom, s’unir à d’autres ?

La crise des partis de gauche en général, du parti communiste en particulier, la force au pouvoir d’une droite décomplexée et assumée, les conséquences désastreuses de sa politique pour les conditions d’existence de chacun, les enjeux de civilisation posés, la gravité de cette situation, tout cela impose aux communistes de ne s’interdire aucune piste de réflexion.

A ces questions, les pensées d’Edouard Glissant, brillamment rappelées lors de l’université d’été, font figure de visée politique. En voici quelques unes seulement.

''« Je peux changer en échangeant avec les autres, sans me perdre. L’identité doit être celle des partages. L’archipel est cette réalité, source d’où surgissent ces imaginaires.

Une culture humaine qui ne s’embrase qu’elle-même ne s’embrasera pas. La puissance des nations n’est plus leur grandeur mais leur capacité à échanger. Un réel partage des savoirs explique comment chaque jour nous découvrons que nos savoirs ont été découverts ailleurs par des inconnus avec lesquels nous n’entretenons aucun rapport. Les conflits dans le monde sont tellement complexes que toute personne qui n’essayera pas de comprendre cette complexité, qui prendra parti, n’aidera personne ».''

J’interprète ce que nous dit Edouard Glissant comme la nécessité pour les communistes de devenir l’organisation qui fait de l’ouverture aux autres la priorité de son activité. S’ouvrir aux autres, pour définir ensemble les questions urgentes à se poser et trouver ensemble les réponses. Mon expérience locale d’élu communiste me confirme que la radicalité est bien plus présente et saillante dans la ville, la société portée par les citoyens que les seules têtes, fussent elles bien pleines et bien faîtes, des seuls adhérents d’un parti, fut ce t’il le parti communiste français.

Ainsi, au plan national, interrogeons entre autre, la question de la nation et de son rapport à l’Europe, comment construire une Europe politique en assurant la souveraineté populaire, interrogeons le libre échange et les possibilités d’assurer un marché qui tout à la fois assure les libertés d’entreprendre et l’émancipation de chacun, interrogeons les urgences écologiques en portant un grand débat national sur le nucléaire et les nécessaires nouvelles énergies, interrogeons la possibilité d’une nouvelle ère démocratique quand la démocratie représentative de la 5ème République montre ses limites, interrogeons la question de l’identité pour apporter une réponse politique et pas seulement morale aux politiques d’immigration totalitaires?

Pourquoi ne pas s’avouer qu’à ces questions et à tant d’autres, l’exigence vis à vis des partis politiques n’est pas tant d’en attendre des réponses préfabriquées mais de créer les espaces de dialogue pour ensemble, apporter des réponses.

Jean-Pierre Vernant qui nous a récemment quitté, ne nous aide t’il pas quand dans son livre « La volonté de comprendre », il invite à « Inventer une pratique qui fasse que le citoyen ne se sente jamais dépossédé des choix de vie… Qu’il faut un système politique dont on se sent partie prenante. Qu’il y a besoin de nouveaux lieux et espaces où les citoyens puissent exercer la politique. Qu’il faut tenter de comprendre les grands traits qui expliquent le mouvement de la société et la crise de notre culture, que la démocratie est mise en commun de l’intérêt général, que toute question d’intérêt commun doit être traitée au terme d’un débat public et contradictoire où prédominent les règles du raisonnement, de l’intelligence, de l’esprit critique, de la prévision ». .

Je milite pour qu’à l’occasion de leur prochain congrès, les communistes décident de devenir ce nouveau parti politique qui nomme les défis à relever et ouvre les espaces d’échanges pour définir de la façon la plus ouverte qui soit, des propositions politiques et mener les actions qui s’imposent.

Les élections Européennes doivent être l’occasion d’ouvrir sans tarder des grands forums citoyens pour définir nos propositions politiques et choisir nos candidats. Le rôle des communistes devenant celui d’être utile au mouvement émancipateur. A cette condition et cette condition seulement, le mot « communiste » devenant réellement la concrétisation de la mise en commun, de l’en commun, mérite d’être conservé parce que revivifié.

L’université des communistes fut aussi l’occasion pour Stéphane Rozès d’appuyer l’idée que « quand la gauche montre qu’il est possible d’articuler un projet pour tous et un idéal elle fait carton plein », ce que parfois les communistes réussissent aux élections locales et à certaines législatives. Il nous invite à « faire la démonstration que le souhaitable est possible. Besancennot dit le souhaitable, le PS dit le possible. Aux communistes d’essayer d’articuler les deux, il y a là un espace politique ». Les questions qui selon lui méritent d’être travaillées sont

1. Les outils politiques, 2. Quelle dialectique entre mouvements sociaux et institutionnels, 3. Les frontières capital/ travail.

Quand enfin, toujours à l’université d’été, nous sont révélés les premiers éléments de l’enquête sur les Français, le changement et le parti communiste et que l’on y apprend que majoritairement ils attendent de nous « des éléments d’ouverture, des évolutions sur les questions écologiques, la construction Européenne, de ne pas s’intéresser qu’aux ouvriers mais au bien de tous, qu’il doit s’ouvrir au PS et à la LCR », j’en tire personnellement la conclusion, qu’il ne s’agit pas pour nous de savoir si cela est vrai ou juste, mais d’ouvrir en grand ces débats et ce, de la façon la plus démocratique et ouverte qui soit.

Ce qui fut possible de débats et d’échanges à l’université d’été des communistes, doit pouvoir l’être, dès le mois de septembre, entre tous les communistes et entre les communistes et les citoyens.