En rentrant de l’université…
Par Bruno Piriou le lundi 1 septembre 2008, 14:46 - Réflexions politiques - Lien permanent
L’université d’été du PCF a prouvé la vitalité du désir d’échanges et de
réflexions des communistes. Chacun mesure les difficultés profondes de la
gauche aujourd’hui en France et en Europe et l’impossibilité pour le parti
communiste de se satisfaire d’un statu quo à son prochain congrès.
A partir de là, les questions sont nombreuses, les pistes de réponses encore
brumeuses, mais le débat sans tabou des communistes prometteur. A la question
« quels changements pour le parti communiste ? », j’ai longtemps
tourné autour de la contradiction très bien résumée par Lucien Sève, il y a
maintenant 15 ans, « pour que le parti communiste change, il faudrait
que de nombreux nouveaux adhérents adhèrent, mais tant qu’il n’a pas changé,
ils n’adhèreront pas ».
Notre organisation s’est affaibli à tout point de vue, électoralement,
quantitativement et qualitativement, intellectuellement aussi.
Si chacun s’accorde à reconnaître les bouleversements de notre société
contemporaine, si l’idée demeure pertinente que pour transformer la société, il
faut toujours mieux la connaître, alors reconnaissons là, nos propres
faiblesses théoriques pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Nous avons devant
nous un effort pour définir l’état du capitalisme, approfondir les causes de la
chute des pays socialistes, définir les raisons de l’échec de la sociale
démocratie européenne, que les partis communistes européens ont souvent
accompagné.
Quel outil politique en France et en Europe pour comprendre et transformer
le réel dans une visée émancipatrice ? Comme beaucoup de mes camarades, je
cherche à répondre à cette question en oscillant entre, créer une force
politique nouvelle, changer le parti communiste, son nom, s’unir à d’autres
?
La crise des partis de gauche en général, du parti communiste en
particulier, la force au pouvoir d’une droite décomplexée et assumée, les
conséquences désastreuses de sa politique pour les conditions d’existence de
chacun, les enjeux de civilisation posés, la gravité de cette situation, tout
cela impose aux communistes de ne s’interdire aucune piste de réflexion.
A ces questions, les pensées d’Edouard Glissant, brillamment rappelées lors
de l’université d’été, font figure de visée politique. En voici quelques unes
seulement.
''« Je peux changer en échangeant avec les autres, sans me perdre.
L’identité doit être celle des partages. L’archipel est cette réalité, source
d’où surgissent ces imaginaires.
Une culture humaine qui ne s’embrase qu’elle-même ne s’embrasera pas. La
puissance des nations n’est plus leur grandeur mais leur capacité à échanger.
Un réel partage des savoirs explique comment chaque jour nous découvrons que
nos savoirs ont été découverts ailleurs par des inconnus avec lesquels nous
n’entretenons aucun rapport. Les conflits dans le monde sont tellement
complexes que toute personne qui n’essayera pas de comprendre cette complexité,
qui prendra parti, n’aidera personne ».''
J’interprète ce que nous dit Edouard Glissant comme la nécessité pour les
communistes de devenir l’organisation qui fait de l’ouverture aux autres la
priorité de son activité. S’ouvrir aux autres, pour définir ensemble les
questions urgentes à se poser et trouver ensemble les réponses. Mon expérience
locale d’élu communiste me confirme que la radicalité est bien plus présente et
saillante dans la ville, la société portée par les citoyens que les seules
têtes, fussent elles bien pleines et bien faîtes, des seuls adhérents d’un
parti, fut ce t’il le parti communiste français.
Ainsi, au plan national, interrogeons entre autre, la question de la nation
et de son rapport à l’Europe, comment construire une Europe politique en
assurant la souveraineté populaire, interrogeons le libre échange et les
possibilités d’assurer un marché qui tout à la fois assure les libertés
d’entreprendre et l’émancipation de chacun, interrogeons les urgences
écologiques en portant un grand débat national sur le nucléaire et les
nécessaires nouvelles énergies, interrogeons la possibilité d’une nouvelle ère
démocratique quand la démocratie représentative de la 5ème République montre
ses limites, interrogeons la question de l’identité pour apporter une réponse
politique et pas seulement morale aux politiques d’immigration
totalitaires?
Pourquoi ne pas s’avouer qu’à ces questions et à tant d’autres, l’exigence
vis à vis des partis politiques n’est pas tant d’en attendre des réponses
préfabriquées mais de créer les espaces de dialogue pour ensemble, apporter des
réponses.
Jean-Pierre Vernant qui nous a récemment quitté, ne nous aide t’il pas quand
dans son livre « La volonté de comprendre », il invite à « Inventer
une pratique qui fasse que le citoyen ne se sente jamais dépossédé des choix de
vie… Qu’il faut un système politique dont on se sent partie prenante. Qu’il y a
besoin de nouveaux lieux et espaces où les citoyens puissent exercer la
politique. Qu’il faut tenter de comprendre les grands traits qui expliquent le
mouvement de la société et la crise de notre culture, que la démocratie est
mise en commun de l’intérêt général, que toute question d’intérêt commun doit
être traitée au terme d’un débat public et contradictoire où prédominent les
règles du raisonnement, de l’intelligence, de l’esprit critique, de la
prévision ». .
Je milite pour qu’à l’occasion de leur prochain congrès, les communistes
décident de devenir ce nouveau parti politique qui nomme les défis à relever et
ouvre les espaces d’échanges pour définir de la façon la plus ouverte qui soit,
des propositions politiques et mener les actions qui s’imposent.
Les élections Européennes doivent être l’occasion d’ouvrir sans tarder des
grands forums citoyens pour définir nos propositions politiques et choisir nos
candidats. Le rôle des communistes devenant celui d’être utile au mouvement
émancipateur. A cette condition et cette condition seulement, le mot
« communiste » devenant réellement la concrétisation de la mise en
commun, de l’en commun, mérite d’être conservé parce que revivifié.
L’université des communistes fut aussi l’occasion pour Stéphane Rozès
d’appuyer l’idée que « quand la gauche montre qu’il est possible
d’articuler un projet pour tous et un idéal elle fait carton plein », ce que
parfois les communistes réussissent aux élections locales et à certaines
législatives. Il nous invite à « faire la démonstration que le souhaitable
est possible. Besancennot dit le souhaitable, le PS dit le possible. Aux
communistes d’essayer d’articuler les deux, il y a là un espace politique ».
Les questions qui selon lui méritent d’être travaillées sont
1. Les outils politiques, 2. Quelle dialectique entre mouvements sociaux et
institutionnels, 3. Les frontières capital/ travail.
Quand enfin, toujours à l’université d’été, nous sont révélés les premiers
éléments de l’enquête sur les Français, le changement et le parti communiste et
que l’on y apprend que majoritairement ils attendent de nous « des
éléments d’ouverture, des évolutions sur les questions écologiques, la
construction Européenne, de ne pas s’intéresser qu’aux ouvriers mais au bien de
tous, qu’il doit s’ouvrir au PS et à la LCR », j’en tire personnellement la
conclusion, qu’il ne s’agit pas pour nous de savoir si cela est vrai ou juste,
mais d’ouvrir en grand ces débats et ce, de la façon la plus démocratique et
ouverte qui soit.
Ce qui fut possible de débats et d’échanges à l’université d’été des
communistes, doit pouvoir l’être, dès le mois de septembre, entre tous les
communistes et entre les communistes et les citoyens.