c’est bien heureux d’ailleurs, car je m’en contrefiche un peu du PS, surtout quand il s’agit de savoir si les aubrystes, ou les moscoviciens, ou les montebourgeois parviendront ou pas, de sms en déjeuner, de motion en contre-motion, à « périmétrer un pôle ayant vocation à constituer un axe » ; car c’est ainsi qu’ils parlent… Un malaise, pourtant, le sentiment pénible d’une intuition qui ne veut pas se laisser saisir me sont venus en regardant quelques images de ces journées, et c’est de cela que je voudrais parler ici.

Ils présentent bien, ils sont propres sur eux, nos hiérarques socialistes. Les femmes sont élégantes, il n’y a pas à dire ; les hommes avaient quant à eux choisi la formule costard-cravate chic ostensiblement porté sans la cravate, ce qui semble être le must bobo du moment. Je les regardais, donc, et ce qui m’intriguait, au-delà des propos tenus, c’est à quel point ils me semblaient tous étrangement frappés d’irréalité. Comment dire ? Ils arboraient de la perte. Il en émanait de l’absence. Perte de quoi ? Absence de quoi ?

Je finis par trouver : d’histoire. Oui. Comme si le corps politique constitué par le PS était atteint (pardon pour cette métaphore désagréable) d’une disparition de globules hérités, d’une sorte de leucémie historique. Car on dira ce qu’on voudra, mais le PS, le PS actuel, c’est ce qui reste de tout un pan de l’histoire de la France et de son peuple. Une longue histoire dans laquelle il y eut de grands hommes, des combats ouvriers et populaires, des luttes politiques féroces ; et puis des idées, des doctrines ; une philosophie ; des passions ; de l’éloquence. Un idéal, aussi, qui concernait la France et son peuple ; qui contribuait même à les faire ce qu’ils étaient, l’un et l’autre.

Comment dire ? J’avais l’impression que tous ces gens que je voyais là ne le savaient plus. N’y pensaient plus. Un peu comme les rhinocéros, dans la pièce de Ionesco, qui, une fois devenus rhinocéros, n’ont en toute bonne foi aucun souvenir d’avoir été autre chose que des rhinocéros. C’est effacé du disque dur. D’ailleurs, ils adorent ce genre de vocabulaire : disque dur, logiciel, think tank. Ça fait très chic en ce moment dans le microcosme.

Vous dites ? Le peuple ? Les ouvriers ? La France ? La misère ?

L’exploitation ? La révolte ? De grâce, pas de grossièretés ! Laissez-nous donc périmètrer un pôle ayant vocation à devenir un axe.