La France Sarkozyenne
Par Bruno Piriou le jeudi 4 septembre 2008, 16:06 - Vu dans la presse - Lien permanent
Le post-psy par François Taillandier
Journal L'humanité
Il ne m’appartient pas de commenter d’un point de vue politique le déroulement de l’université d’été du Parti socialiste à La Rochelle ;
c’est bien heureux d’ailleurs, car je m’en contrefiche un peu du PS, surtout
quand il s’agit de savoir si les aubrystes, ou les moscoviciens, ou les
montebourgeois parviendront ou pas, de sms en déjeuner, de motion en
contre-motion, à « périmétrer un pôle ayant vocation à constituer un
axe » ; car c’est ainsi qu’ils parlent… Un malaise, pourtant, le sentiment
pénible d’une intuition qui ne veut pas se laisser saisir me sont venus en
regardant quelques images de ces journées, et c’est de cela que je voudrais
parler ici.
Ils présentent bien, ils sont propres sur eux, nos hiérarques socialistes.
Les femmes sont élégantes, il n’y a pas à dire ; les hommes avaient quant
à eux choisi la formule costard-cravate chic ostensiblement porté sans la
cravate, ce qui semble être le must bobo du moment. Je les regardais, donc, et
ce qui m’intriguait, au-delà des propos tenus, c’est à quel point ils me
semblaient tous étrangement frappés d’irréalité. Comment dire ? Ils
arboraient de la perte. Il en émanait de l’absence. Perte de quoi ?
Absence de quoi ?
Je finis par trouver : d’histoire. Oui. Comme si le corps politique
constitué par le PS était atteint (pardon pour cette métaphore désagréable)
d’une disparition de globules hérités, d’une sorte de leucémie historique. Car
on dira ce qu’on voudra, mais le PS, le PS actuel, c’est ce qui reste de tout
un pan de l’histoire de la France et de son peuple. Une longue histoire dans
laquelle il y eut de grands hommes, des combats ouvriers et populaires, des
luttes politiques féroces ; et puis des idées, des doctrines ; une
philosophie ; des passions ; de l’éloquence. Un idéal, aussi, qui
concernait la France et son peuple ; qui contribuait même à les faire ce
qu’ils étaient, l’un et l’autre.
Comment dire ? J’avais l’impression que tous ces gens que je voyais là
ne le savaient plus. N’y pensaient plus. Un peu comme les rhinocéros, dans la
pièce de Ionesco, qui, une fois devenus rhinocéros, n’ont en toute bonne foi
aucun souvenir d’avoir été autre chose que des rhinocéros. C’est effacé du
disque dur. D’ailleurs, ils adorent ce genre de vocabulaire : disque dur,
logiciel, think tank. Ça fait très chic en ce moment dans le
microcosme.
Vous dites ? Le peuple ? Les ouvriers ? La France ? La
misère ?
L’exploitation ? La révolte ? De grâce, pas de grossièretés !
Laissez-nous donc périmètrer un pôle ayant vocation à devenir un axe.