Ma fête de l’Humanité 2008.
Par Bruno Piriou le lundi 15 septembre 2008, 14:43 - Réflexions politiques - Lien permanent
La fête de l’Huma, c’est magique. Cela fonctionne toujours,
même avec un PC à moins de 2% aux présidentielles. La potion n’est pas facile à
disséquer. Dommage...
...elle aiderait à redessiner les contours de la force politique communiste
dont la gauche a besoin aujourd’hui. Il faut pourtant s’y atteler tant le
spectacle du PS est affligeant et l’isolement de Besancenot désespérant. Les
souffrances de millions d’individus, les défis planétaires rendent plus urgents
que jamais la réussite d’une perspective politique à gauche dans notre
pays.
Le
secret de la fête de l’Huma réside sûrement dans sa capacité à rassembler dans
un même espace temps de l’intellect, de la philo, des hommes et des femmes qui
se considèrent à raison les principaux acteurs du changement, des débats, les
plaisirs de la vie bouillonnant dans les stands, culinaires, artistiques,
fraternels, solidaires, la création littéraire avec ce salon du livre
foisonnant.
Comment faire pour que le parti communiste ressemble au quotidien, à
la fête de son quotidien, l’Humanité ?
En décidant à son prochain congrès d’être mieux cela : une organisation
ouverte à la radicalité de la société, à ses contradictions, sachant prendre
les initiatives utiles à l’expression des valeurs émancipatrices, à la
redéfinition des projets politiques du dépassement du capitalisme.
C’est ce que je retiens du débat « 160 ans après le manifeste
communiste, comment penser l’émancipation humaine ? ». Pierre
Musso, professeur de science de l’information invite à détechnologiser
la politique, à dissocier le politique du management, à redéfinir les valeurs
fondatrices du lien social. Jean-Louis Sagot-Duvauroux,
philosophe, propose de faire l’inventaire de ce qui ne doit pas être dans le
rapport marchand. Il prend l’exemple du SAMU qui sauve les vies quelque soit le
statut de l’individu.
Oui, la fête de l’Huma est une invitation à la réflexion de chacun sans
lequel la libération humaine ne trouvera pas le chemin.
Alors bien sur la question des alliances est posée. Avec
qui se rassembler pour battre la droite et être en mesure une fois au
gouvernement de faire réellement une politique de gauche. Les militants de PRS
ne sont pas les derniers à mener le débat. Je vis leur présence comme une
recherche sincère à refonder la gauche à gauche. Et pourquoi pas mener des
listes communes à l’occasion des prochaines élections européennes pour
s’assurer plus de députés européens promouvant une Europe démocratique, sociale
et pacifique. Voter Buffet avec Mélenchon et d’autres
ensembles ne me pose pas de problème. J’ai la conviction que cela ne peut être
que le résultat d’une mobilisation populaire sans précédent pour éviter de
simples accords de sommet voués à l’échec.
J’apprécie la présence sur la fête de
Michel Berson, président du conseil général de l’Essonne, venu
participer à un débat sur l’avenir de la région capitale. Il
défend l’idée de hiérarchiser les grands projets de l’Ile de France et de
définir tous ensemble, Etat, Région, Départements, agglomérations et communes
les financements nécessaires. Chapeau à Mireille Ferri, vice
présidente verte à la Région et à Pierre Mansat, adjoint au
maire PC à Paris pour leur travail de définition du schéma d’aménagement de
l’Ile de France. Je milite pour démocratiser toujours plus le débat, moyen
efficace de sortir de la concurrence entre les territoires et de toujours mieux
définir les besoins des franciliens. Logement social, emploi et transports en
commun doivent concrètement devenir des priorités. La dessus, Roger Karoutchi,
secrétaire d’Etat et prétendant UMP à la Région est resté muet. Dans les allées
de la fête avec Michel Berson, nous convenons de la nécessité de populariser le
projet de liaison Massy-Evry, moyen le plus sur de le réaliser dans les
meilleurs délais.
Ma fête de l’huma, c’est aussi des échanges avec Jean-François
Kahn, fondateur de Marianne et l’histoire de nos mises en examen
respectives par Serge Dassault qui se voit toujours diffamé par l’expression de
la vérité, avec mes amis Marc Perrone et Bernard Lubat et ses
phrases créatives, « Quand les citoyens sont transformés en client, la
démocratie tourne à vide, en boucle. En play-back, elle se singe et la boucle.
Nous sommes passés du culte à l’inculte, du catholique au cathodique. Nous
voilà aujourd’hui en plein choc des incultures…dépolitisés jusqu’à l’os, nous
voilà nus, foin de Dionysos. »
Non loin de là je salue Marcel Trillat, venu à
Corbeil-Essonnes présenté son film sur les femmes précaires. Je croise mon
collègue conseiller général des Hauts de Seine, Patrice
Leclerc, à l’initiative d’une université populaire à Gennevilliers qui
m’intéresse bien. Je confirme avec mes amis maires et élus de Tarnos, Bagnolet,
le principe de se rencontrer avant la Toussaint pour échanger sur nos pratiques
d’élus et penser notre rapport au parti communiste. J’obtiens le principe d’un
rendez-vous avec Marie-George Buffet, courageuse dirigeante du
PC, parti décidemment pas facile à changer. Je continue de croire dans sa
recherche délicate d’y parvenir. Son appel à marcher du MEDEF à
l’Elysée le 27 septembre pour exiger une hausse des salaires et des
retraites peut être largement entendu pour faire mentir Sarkozy sur
« ces manifestations qui ne gênent plus personne ». Je garde en tête la
pêche détonante de Tiken Jah Fakoly qui me donne envie de
multiplier les initiatives politiques et solidaires envers l’Afrique, l’émotion
de réentendre et de voir sur scène Supertramp.
Je passe sur tous les amis revus sans lesquels la vie et les combats
seraient bien amers. Je ne peux partir sans dépenser quelques euros au salon de
livre, philo, toujours de la philo et cadeau, des livres du poète marocain
Abdellatif Laâbi. Morceau choisi :
TRIBULATIONS D'UN RÊVEUR ATTITRÉ
Ce n’est pas une affaire d’épaules
ni de biceps
que le fardeau du monde
Ceux qui viennent à le porter
sont souvent les plus frêles
Eux aussi sont sujets à la peur
au doute
au découragement
et en arrivent parfois à maudire
l’Idée ou le Rêve splendides
qui les ont exposés
au feu de la géhenne
Mais s’ils plient
ils ne rompent pas
et quand par malheur fréquent
on les coupe et mutile
ces roseaux humains
savent que leurs corps lardés
par la traîtrise
deviendront autant de flûtes
que des bergers de l’éveil emboucheront
pour capter
et convoyer jusqu’aux étoiles
la symphonie de la résistance.
Découvrez son site http://www.laabi.net
Le compte rendu de tous les débats sont sur le site du journal l’humanité
http://www.humanite.fr
Je reviens de cette fête avec encore plus d’énergie et la farouche volonté de faire vivre à Corbeil-Essonnes de tels espaces d’intelligence, de pensées et de fraternité.