Européennes: une bonne résolution!
Par Bruno Piriou le mardi 28 octobre 2008, 18:13 - Réflexions politiques - Lien permanent
A l'occasion de son conseil national, le parti communiste a pris une
résolution qui, à mon sens, est de nature à ouvrir une perspective
politique.
Ce que met en cause la crise économique et financière actuelle est la nature
même de la logique capitaliste. En sortir passe par...
...des choix politiques porteurs d'une autre société que celle fondée sur la
concurrence libre et non faussée des hommes et des marchandises.
L'échéance des européennes est l'occasion politique de mettre en débat
ces choix de société.
Les listes à construire pour ces élections et leurs contenus politiques doivent
permettre le rassemblement de celles et ceux qui se positionnent clairement
pour une Europe sociale et démocratique. En votant cette résolution, les
communistes marquent un pas décisif pour réussir ce rassemblement. A chacun de
le mesurer et de s'en saisir.
Résolution du Conseil National pour les élections
européennes Par : Conseil national Mis en ligne : 24
octobre
Le PCF et les élections européennes dans le contexte de la crise historique du capitalisme La crise financière et systémique qui déferle sur l’économie mondiale place toutes les forces de gauche européennes face à un défi : celui de se hisser à la hauteur des enjeux de l’heure, en produisant les idées et en rassemblant les forces à même de disputer aux dirigeants en place les choix stratégiques à faire pour s’attaquer aux racines du mal et changer radicalement de cap.
L’expérience -jamais encore vécue dans cette mesure par les générations actuelles- des développements récents de cette crise conforte ce que nous avons appelé la « crise de légitimité » du modèle de société actuellement mis en œuvre dans l’Union européenne. Les élections européennes de 2009 se dérouleront dans « un contexte sans précédent ».
Cette situation valide en tous points l’ambition que nous avons pour cette échéance électorale : celle de faire en sorte qu’une part significative de cette vague de contestation s’exprime à cette occasion par un vote pour des candidates et des candidats porteurs d’un réel projet de transformations profondes, de refondation, de la construction européenne, et non se perdre dans l’un des multiples exutoires qui lui seront vraisemblablement proposés.
Cet objectif est réaliste : trois ans et demi après le vote de rejet du projet de traité constitutionnel, le sentiment de révolte contre l’« économie de marché ouverte où la concurrence est libre » et la Banque centrale européenne n’a fait que s’exacerber, et la volonté de voir émerger un autre type d’« Europe » que s’affirmer. Cette volonté de changement se nourrit, jour après jour, des puissantes luttes sociales qui se multiplient dans notre pays ; des salariés de l’automobile aux enseignants, des agents et usagers de la Poste à ceux des hôpitaux. Luttes nationales et actions pour changer l’Europe sont, de nos jours, indissociables. Elles peuvent, aujourd’hui s’ouvrir un nouvel espace. Mais pour autant, rien n’est acquis ! Les opérations politico-médiatiques qui s’annoncent, tout comme la perversité du mode de scrutin, ne joueront évidemment pas en faveur de la campagne citoyenne, large et sérieuse qu’appelle l’ambition que nous nourrissons de faire de ce scrutin un moment majeur du combat pour changer l’Europe. De plus, l’activisme de Nicolas Sarkozy pour sauver le système lui permet d’entretenir, pendant un temps, l’image mystificatrice de quasi-opposant à l’ordre libéral, au moment même où il l’applique en France avec une brutalité inouïe ! Dans ces conditions, beaucoup va, en fait, dépendre de la stratégie que nous saurons mettre au service de notre ambition politique. Elle doit répondre en particulier à trois exigences : promouvoir des idées réellement transformatrices ; réaliser autour d’elles le rassemblement le plus large possible ; donner à la campagne une forte dimension européenne.
Les idées.
À partir de tous les apports dont nous bénéficions, il s’agit de dégager
quelques axes structurants, rompant avec les dispositions des traités que nous
avons combattues en 2005, et dont l’expérience vient de confirmer la portée
désastreuse : interdiction de toute entrave à la libre circulation des
capitaux ; « concurrence libre et non faussée » ; libéralisation
des services publics ; pacte de stabilité rationnant les dépenses
publiques et sociales ; statut, missions et politique monétaire de la
Banque centrale européenne au service de la domination des marchés
financiers... Ces axes doivent, plus généralement dessiner les contours d’une
vision alternative de la construction européenne et comporter des éléments
précis, cohérents, opérationnels qui rendent cette vision pleinement crédible.
Une vision dans laquelle le plus grand nombre soit en mesure de se reconnaître,
car on ne peut envisager de changer l’Europe dans l’indifférence, voire
l’hostilité d’une majorité de citoyennes et de citoyens.
C’est naturellement le cas de l’exigence d’un nouveau modèle social européen, fondé notamment sur la sécurisation de l’emploi, la formation et la qualification, de bons salaires ainsi qu’une protection sociale de haut niveau et des services publics modernes. C’est le cas - aujourd’hui vraisemblablement plus que jamais - de la mobilisation de toutes les institutions et de tous les instruments pertinents - BCE et Banque européenne d’investissement grâce à un système de « crédit sélectif » ; pôles publics financiers ; taxe sur les mouvements de capitaux ; fonds structurels... - pour réorienter l’argent vers l’emploi et la production de richesses utiles à la société, avec des critères d’efficacité économique et sociale opposés à la rentabilité.
La même ambition doit s’appliquer à la réponse aux défis écologiques ; à la promotion d’une vraie dynamique démocratique - revalorisation des parlements nationaux et du Parlement européen par rapport à la Commission ; démocratie participative, droits des salariés et des citoyens ; droit à l’égalité effective des genres ; droits des migrants… - ainsi qu’au rôle de l’Union européenne sur la scène internationale. Sa raison d’être, aujourd’hui, est de rompre avec les logiques du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Elle est d’agir pour un nouvel ordre économique et financier, y compris une authentique monnaie commune mondiale au service du développement. Elle est, dans le même temps, de s’engager en faveur d’un monde de paix, et notamment de la démilitarisation des relations internationales, du bannissement des rapports de domination, et de la construction d’un réseau de coopérations internationales le plus large possible pour en finir avec les inégalités criantes de développement et conjurer les menaces qui pèsent sur l’avenir de la planète.
Des formes de consultation et de co-élaboration publiques de ces grands axes, en prise avec les luttes sociales, avec celles et ceux qui s’inscrivent dans ces objectifs, permettraient d’assurer leur meilleure adéquation aux attentes.
Le rassemblement.
Prenant toute la mesure de la gravité des conséquences de cette crise
systémique pour notre peuple comme pour l’ensemble des peuples si des
transformations profondes ne commencent pas, d’urgence, à être entreprises, le
Parti communiste français prend l’initiative de lancer un appel aux forces
politiques et sociales, aux femmes et aux hommes représentatifs des courants
politiques progressistes, comme du mouvement syndical, social et associatif,
dans toute leur diversité, qui partagent de tels objectifs et se reconnaissent
dans cette démarche. Il s’adressera dans la plus grande transparence aux
interlocuteurs concernés : travaillons ensemble à favoriser auprès de nos
concitoyennes et de nos concitoyens l’expression des convergences les plus
larges autour de ces exigences de changements ! Travaillons ensemble à
créer la dynamique politique de gauche qu’appelle aujourd’hui la situation
faite à notre peuple et aux peuples en général ! Ces convergences
devraient se refléter tant dans des propositions communes audacieuses, dans des
initiatives publiques, que dans la composition des listes - jusque et y compris
dans le choix des têtes de listes. Il s’agit de créer les conditions de
l’élection du maximum de député-e-s en faveur d’une réorientation profonde de
la construction européenne, avec, parmi eux, des députés communistes, notamment
dans les deux circonscriptions où le PCF a un élu sortant. La campagne
électorale doit surmonter le risque d’atomisation suscité par le mode de
scrutin, en se déroulant dans les faits, non circonscription par
circonscription, mais, tous candidats et candidates réunis, à l’échelle du pays
tout entier.
La dimension européenne de la campagne.
L’acquis substantiel que représente le tissu de relations nouées au sein du
Parti de la Gauche européenne, du groupe de la « Gauche unitaire
européenne - Gauche verte nordique » du Parlement européen, et plus
généralement, avec nombre de militants, d’élus, de personnalités des autres
pays européens, doit être valorisé durant cette période sous toutes les formes
possibles. Cette innovation donnera à la campagne un surcroît de crédibilité et
de souffle. Elle contribuera à illustrer ce que nous entendons par ce
« Front progressiste européen » que nous voulons contribuer à
constituer. Un front au demeurant ouvert au dialogue et à la coopération avec
les progressistes d’autres régions du globe, qui agissent d’ores et déjà avec
nous pour améliorer le destin commun de nos peuples et travailler à changer le
monde.
Au total, une campagne de cette nature constituera un événement de grande portée politique. A ces conditions, les élections européennes de 2009 peuvent, dans le contexte présent, représenter l’occasion de changer la donne en France et en Europe, et par là même dans les relations internationales. C’est dans cet esprit que le PCF s’engage dans la préparation de cette importante échéance.