La démocratie est une idée neuve.
Par Bruno Piriou le samedi 8 novembre 2008, 20:31 - Mes lectures - Lien permanent
Pour pousser plus loin notre réflexion sur l'idée démocratique, je vous
invite à la lecture de La haine de la démocratie de
Jacques Rancière.
Extraits de sa conclusion: "La démocratie n'est ni cette forme de gouvernement qui permet à l'oligarchie de régner au nom du peuple, ni cette forme de société que règle le pouvoir de la marchandise. Elle est l'action qui...
...sans cesse arrache aux gouvernements oligarchiques le monopole de la vie
publique et à la richesse la toute-puissance sur les vies. Elle est la
puissance qui doit, aujourd'hui plus que jamais, se battre contre la confusion
de ces pouvoirs en une seule et même loi de la domination.
Retrouver la singularité de la démocratie, c'est aussi prendre conscience de sa
solitude.
L'exigence démocratique a été longtemps portée ou recouverte par l'idée d'une
société nouvelle dont les éléments seraient formés au sein même de la société
actuelle. C'est ce que "socialisme" a signifié: une vision de
l'histoire selon laquelle les formes capitalistes de la production et de
l'échange formaient déjà les conditions matérielles d'une société égalitaire et
de son expansion mondiale. C'est cette vision qui soutient encore aujourd'hui
l'espérance d'un communisme ou d'une démocratie des
multitudes: les formes de plus en plus immatérielles de la production
capitaliste, leur concentration dans l'univers de la communication formeraient
dès aujourd'hui une population nomade de "producteurs" d'un type nouveau; elles
formeraient une intelligence collective, une puissance colletive de pensées,
d'affects et de mouvements des corps, propre à faire exploser les barrières de
l'empire.
Comprendre ce que démocratie veut dire, c'est renoncer à cette
foi.
L'intelligence collective produite par un système de domination n'est jamais
que l'intelligence de ce système. La société inégale ne porte en son flanc
aucune société égale. La société égale n'est que l'ensemble des relations
égalitaires qui se tracent ici et maintenent à travers des actes singuliers et
précaires. La démocratie est nue dans son rapport au pouvoir de la richesse
comme au pouvoir de la filiation qui vient aujourd'hui le seconder ou le
défier. Elle n'est fondée dans aucune nature des choses et garantie par aucune
forme constitutionnlele. Elle n'est portée par aucune nécessité historique et
n'en porte aucune. Elle n'est confiée qu'à la constance de ses propres
actes.
La chose a de quoi susciter de la peur, donc de la haine, chez ceux qui sont
habitués à exercer le magistère de la pensée. Mais chez ceux qui savent
partager avec n'importe qui le pouvoir égal de l'intelligence, elle peut
susciter à l'inverse du courage, donc de la joie."