IMG_3485.JPGDiscours des vœux 2009 de Bruno Piriou

Je vous remercie d’avoir répondu, si nombreux, présents à mon invitation pour marquer ensemble ce début d’année 2009. Je salue les élus, Marie-Pierre Oprandi, vice-présidente du conseil général de l’Essonne, mes collègues conseillères municipales Melba Bocquet N’galouo, Nicole Méresse, Catherine Pluquet, Duboz et Thierry Brun conseillers municipaux de Villabé, Delphine Antonetti maire de Longpont sur Orge, Agnès Labarre ancien maire de Vert le Petit, Thierry Noël ancien maire de Tigery, les représentants de formations politiques, Philippe Camo, responsable du pcf de l’Essonne et conseiller régional, Jacques Picard et Fabrice Thépin pour les verts, je salue Jacques Picard qui a été tant d’années conseiller municipal de Corbeil-Essonnes, Dina Bacalexi du parti communiste de Corbeil-Essonnes, Driss Ennagani, secrétaire de la 1ère circonscription du parti de gauche, Sylvain Renard, président de La VillEnsemble, des associations culturelles, sportives, les personnalités de la vie locale.

IMG_3634.JPG


















Je remercie chaleureusement mes amis Francis Wurtz, président du groupe gauche unitaire européenne, gauche verte nordique au parlement européen et Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne et fondateur du Parti de gauche, d’avoir accepté d’être présents à nos côtés pour cette soirée.

1. J’adresse mes premières pensées au peuple Palestinien.

Gaza est devenue une ville martyre. Israël et les Etats-Unis veulent en faire la ville linceul du peuple Palestinien. Les colonies de peuplement, le mur de la honte, l'annexion de Jérusalem, le blocus inhumain, le mépris permanent pour toutes les résolutions de l'ONU depuis 1967, c’est Israël qui en porte la responsabilité. Les extrémistes ont fait leur miel de cette situation. Et l'Europe officielle les encourage quand elle renforce ses coopérations avec l'état israélien mais ferme les yeux sur la situation sociale et sanitaire des Palestiniens. Demain à 15 heures, tous les démocrates se donnent rendez-vous place de la République. Soyons-y nombreux et déterminés. Les Palestiniens, les pacifistes Israéliens et la paix ont besoin de notre mobilisation. Au prochain conseil municipal et à la prochaine assemblée du conseil général, je proposerai une motion allant dans ce sens.

IMG_3642.JPG



















2. Mes vœux, je les adresse à notre peuple qui souffre de la crise d’un système à bout de souffle, qui, nous annonce t’on, ne fait que commencer.

Je pense à celles et ceux qui par dizaines de milliers perdent leur emploi. Qui subissent le chômage technique, les congés imposés comme à la Snecma. Celles et ceux qui ne vivent qu’avec des minima sociaux et des pensions étriqués. A toutes les familles qui, quand le loyer et la nourriture sont payés, n'ont plus rien pour vivre.

Ce qui a fait notre République et la grandeur des conquêtes de notre pays est assassiné par Sarkozy. L’école, les services publics, l’hôpital, la psychiatrie, les transports, les systèmes de protection sociale. Rien ne résiste à cette spirale infernale. Pacte social remis en cause mais aussi, pacte démocratique, avec la réforme de la justice et la suppression des juges d’instruction, la judiciarisation de la folie, le détectage des enfants déviants, la reprise en main de la télévision ou encore les arrestations de journalistes.

IMG_3591.JPG


















Crise économique, sociale, démocratique, mais de quel système cette crise est elle le nom ? J’ose employer ce mot si longtemps étouffé : le capitalisme. J’ose comme d’ailleurs Serge Dassault dans son journal Le Figaro daté du 1er janvier, je le cite, « La France est paralysée par les séquelles du socialisme. La gauche n’a rien compris avec un programme ultra simpliste, battre la droite et le capitalisme. » Fin de citation.

Le capitalisme porte dans son cœur de fonctionnement une logique destructrice des rapports humains et écologiques parce qu'il ne vise qu'à l'accumulation du profit. En son nom tout est piétiné. Tout est ravalé au rang de marchandise. Tout est concurrence. Et tout ce qui porte d'autres valeurs, d'autres logiques est cloué au pilori : les services publics, la santé, l'école, la laïcité, l’environnement, les collectivités locales. Le bras armé de cette guerre contre les peuples ce sont les marchés financiers, les banques, les boursicoteurs, les organismes internationaux et les forces politiques à leur service. Regardez comment ceux qui, Sarkozy en tête, prônaient le "moins d'Etat", l'ont mobilisé pour sauver le système financier international en injectant des centaines de milliards d'euros de liquidité ! Pour quels résultats ? Aucun pour les salariés, les investissements utiles, le progrès social. Face à une telle situation, la gauche ne peut tergiverser : elle doit remettre au centre de son projet et de ses combats le dépassement de ce système. Elle doit réinventer des mots, des gestes, des symboles qui doivent remobiliser la société, je pense à notre jeunesse qui, au fil des années, devient une génération sacrifiée. Cette même jeunesse qui en même temps a su faire déjà reculer Sarkozy et Darcos sur sa réforme des lycées. IMG_3595.JPG



















3. A Corbeil-Essonnes, nous avons le maire le plus emblématique de ce système capitaliste.

Ce Serge Dassault qui a osé me répondre au dernier conseil municipal qu’il fallait arrêter de « le faire pleurer sur le malheur des pauvres ». Avec lui, puissance et cynisme vont de paire avec incompétence.

Et c’est parce qu’il applique à la gestion de notre commune et de notre agglomération les mêmes principes que ceux qu’il défend au Sénat que notre ville est en si grande difficulté.

L’année 2009 à Corbeil-Essonnes s’annonce sous de bien tristes auspices. Qu’avons-nous devant nous ? Fermeture d’espaces ville, du cinéma Arcel, du théâtre et de l’école peut-être, pour travaux, baisse de crédits pour le tournoi de GR, pour la MJC, la médiathèque, le conservatoire, les clubs sportifs. Remise en cause et retard dans la rénovation des quartiers et notamment des écoles aux Tarterêts et à Montconseil. Annulation du projet de maison de la santé aux Tarterêts, de la maison des associations. Refus de s’engager dans un programme portuaire alors que l’Etat y est favorable. Aucune perspective de développement économique et de politique environnementale. Aucune ambition d’intercommunalité. Le personnel communal fait particulièrement les frais de cette politique. Ils étaient 300 à manifester il y a quelques semaines pour défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs formations. Qu’ils soient ici salués et remerciés pour leur courage. En se défendant, ils défendent la qualité de notre service public.

La politique de Serge Dassault, c’est, si vous voulez des services, payez vous les ! Promoteurs et grandes surfaces occupent le terrain et se frottent les mains. Au bout de 14 années, d’autoritarisme, notre ville est exsangue financièrement, fragilisée socialement, immobilisée dans ses élans. Mes propos sont confirmés par une étude financière commanditée par le maire lui-même. Elle annonce une situation ingérable pour les années à venir. Etude dont le maire avait les conclusions il y a 10 mois, juste avant les élections, quand il baissait les impôts en expliquant que les finances étaient saines.

IMG_3551.JPG

Corbeil-Essonnes mérite mieux que cette politique bâtie sur le clientélisme, la division, le mépris et l’autoritarisme.

La ville en général, Corbeil-Essonnes en particulier, est un fabuleux laboratoire du vivre ensemble. C’est le lieu de la sociabilité par excellence. Il faut donner corps à cette idée : sur un territoire, chacun doit trouver sa place. Pour se loger décemment, se déplacer proprement, s’épanouir dans un environnement urbain protégé, pour travailler, se cultiver, apprendre de l’autre, se soigner, éduquer ses enfants, aider chaque jeune à réussir son projet de vie, respecter les personnes âgées dans leur autonomie, se former, s’émanciper, s’aimer. Autant de mots absents du vocabulaire de Serge Dassault.

J'ai décidé, avec bon nombre d’entre vous, depuis 1986, dans un premier temps aux côtés de Roger Combrisson, dont je salue ce soir la mémoire, ensuite dans l’opposition en 1995, d’être utile à faire de Corbeil-Essonnes cette ville du vivre ensemble.

Etre passé si près de l’objectif aux dernières municipales a mis Serge Dassault dans tous ces états. Au-delà de moi, c’est l’élan qu’ensemble, nous avons su faire lever que Serge Dassault veut briser. Et ce, avec la seule arme qu’il connaisse : l’argent. En piégeant nos comptes de campagne avec un palais des sports dont on nous a caché la location, en m’attaquant quatre fois en justice, pour avoir contesté la légalité d’appels d’offre, avoir osé parler de pratiques clientélistes et mafieuses, avoir contesté le résultat des élections.

IMG_3487.JPG


















Suis-je diffamatoire quand je dis que Serge Dassault distribue de l’argent ? Quand je dis comme son avocat, que l’appel d’offre avec Bouygues est arrangé ? Quand je réclame les listes électorales pour vérifier les votes, que le Préfet me les refuse, seul cas en France ? Quand je conteste la sincérité du budget voté quatre jours avant le premier tour ? Quand je dénonce les menaces dont je suis victime comme certains autres candidats ? Quand je conteste l’utilisation du bulletin municipal en pleine campagne électorale ? Quand je prouve qu’il a mené campagne le jour des élections ? Les attaques de Serge Dassault, le recours au conseil d’Etat que nous avons décidé avec les adhérents de La VillEnsemble, me coûtent, nous coûtent 60000 euros.

C’est parce que j’ai la conviction de la justesse de notre engagement, la certitude que cette victoire nous a été volée que nous avons déposé un recours au conseil d’Etat jugé en mars prochain, et que nous avons lancé un appel au soutien financier. Je remercie les personnalités nationales et locales qui appellent à cette souscription, qui ont déjà versé et Philippe Gaudry qui a accepté de recevoir les dons. img3638.jpg



















4. Je veux vous dire ce soir, qu'aucune pression ne me fera abandonner le combat. Avec vous, j'ai la force de continuer.

Rien n’aiguise l’esprit comme la défaite, dit l’historien Eric Hobsbawm. Sachez que je m’y emplois.

Comment je compte continuer ? En restant fidèle à mes valeurs, celles du partage, de la solidarité, de la liberté pour se chacun de se construire avec les autres, celle de la démocratie, idée neuve s’il en est. Favoriser l’en commun plutôt que la compétition.

En inventant les formes politiques qui permettent à chacun d’être partie prenante de l’engagement. Cette invention, c’est à chacun d’entre nous d’en être à l’initiative. Le philosophe Michel Serres dit que c’est en tordant le réel que l’on crée. C’est en tordant l’existant des formes politiques traditionnelles que nous avons créé l’association La Villensemble.

IMG_3588.JPG


















Quelle intelligence, quelle dynamique fantastique, elle a permis de mettre en mouvement ! Oui des Verts, des socialistes, des communistes, des adhérents de lutte ouvrière, des citoyens non encartés, mais pas pour autant moins brillants et experts, ont su se retrouver. Ensemble pendant des mois, nous avons construit un projet pour notre ville. A 86 voix, la victoire nous a échappé. Avec 31% des voix au premier tour, je le redis pour l’avenir, avec une seule liste à gauche dès le premier tour, Serge Dassault était battu. J’espère que la prochaine fois, la responsabilité l’emportera.

Pour continuer localement, à Corbeil-Essonnes, je lance ce soir un appel. Rejoignez l’association La Villensemble. Elle prépare pour le 21 mars à la papeterie, 6 heures pour Corbeil-Essonnes, pour sans attendre d’autres échéances électorales, résister aux mauvais coups et créer les conditions de vivre mieux ici et maintenant à Corbeil-Essonnes.

Notre pratique politique locale peut-elle faire sens nationalement ? Je pense que oui. Parce que face à la crise de notre société, je ne peux que constater les difficultés à ce jour pour la gauche, dans sa diversité, à incarner une perspective de changement.

Depuis des années, la gauche n’a pas produit d’analyse théorique probante et de mise en pratique suffisamment radicale pour ouvrir d’autres voies. J’y vois là les raisons des difficultés du parti socialiste où le dernier congrès a plus mis en scène le triste spectacle de combats de personnes que le débat d’idées. C’est, je pense ces raisons de fond qui ont poussé Jean-Luc Mélenchon, courageusement, à quitter ce parti, pour en créer un nouveau, le parti de gauche.

Le parti communiste, à ce jour, et à la sortie de son congrès, doit encore faire la démonstration convaincante de son utilité retrouvée. A être trop longtemps resté prisonnier entre force d’appoint du Parti socialiste et enfermement dans une posture dogmatique, il doit trouver la voie pour renouer avec une visée émancipatrice crédible et mobilisatrice.

C’est pourquoi, l’une des grandes questions de ce début d’année, est à mes yeux, quelles réponses de gauche, dans toute sa diversité de culture, communiste, socialiste, républicaine, féministe, écologiste apporter à cette politique de droite qui mène à toutes les régressions et quel rassemblement à gauche inventer pour structurer ce débat et ce combat? img3561.jpg




















Ma conviction est que répondre à ces deux questions doit être l’affaire du plus grand nombre. Des adhérents de partis différents entre eux, avec des hommes et des femmes non encartées. Les lieux de résistance sont multiples : syndicats, et je rappelle la grande journée d’actions intersyndicale et interprofessionnelle du 29 janvier, lieux de résistances que sont les associations, toutes les formes d’expressions artistiques et culturelles, intellectuelles aussi et je vous invite le dimanche 25 janvier à la MJC, pour une journée autour des 2 films le monde selon Monsanto et nos enfants nous accuseront, en présence des deux réalisateurs, lieux de résistances de la jeunesse, les organisations humanitaires, écologiques, les association pour les logiciels libres, que sais je encore ? Les partis politiques sont à mes yeux encore trop centrés sur eux-mêmes. Il faut inventer une nouvelle conception d’organisation politique utile aux débats, aux confrontations d’idées, où les désaccords, les doutes et les controverses ne soient plus vécus comme des drames mais nécessaires à la création de la pensée. Même si le temps des élections et de l’exercice du pouvoir nécessite que l’on puisse se mettre d’accord sur des positions politiques. Cela prend du temps. Et alors, prenons le. Je ne me défilerai pas dans ce débat y compris dans mon propre parti. Je dis à mes amis communistes, cherchons, expérimentons, innovons tous ensemble. Soyons réceptifs à ce qui se cherche dans cette société. C'est la condition pour que le peuple soit sensible et à l'écoute de nos propositions. C’est notre seule utilité historique.

Face aux violences du système capitaliste, n’y a-t-il pas urgence à créer les conditions au niveau national, européen et international, comme La VillEnsemble à Corbeil-Essonnes, de rapprochements, de fronts communs à l'image de ce qui se construit pour les élections européennes. Dans ce cadre, il n'y a pas d'hypothèses taboues. L'exemple de De Linke en Allemagne, les mouvements alternatifs en Amérique Latine nous disent que du neuf peut émerger. C’est à ce jour ma conviction. Votre présence ce soir Francis, Jean-Luc, n’est pas un hasard. C’est un acte politique. A la vue du nombre de nos adversaires qui espéraient que cette rencontre ne se fasse pas, je me dis que l’avenir est de ce côté-là, de cette ouverture là. Je ne cesserai de m’employer à faire vivre ces rassemblements sur ces contenus émancipateurs, à la place qui me paraîtra le plus utile.

img3625.jpg


















Voilà, ce que je souhaitais vous dire ce soir, en ce début d’année 2009. Après ces mois difficiles, je vous témoigne toute ma confiance dans notre capacité, ensemble, à trouver le chemin pour peser sur le cours des événements, confiance dans l’en commun qui passe par le respect de chacun, confiance dans l’esthétique du sensible. Bonne année 2009. Je finirai avec ces mots du poète marocain, Abdellatif Laâbi, « Je n’attends rien de la vie, je vais à sa rencontre. »