La psychiatrie organise la résistance à l'enfermement des malades

Par Sophie Dufau

Mediapart.fr

Il ne sera pas question de psychiatrie dans la réforme de l'hôpital examinée en urgence à l'Assemblée à partir du mardi 10 février. Du coup, cela laisse un petit peu de temps aux professionnels pour s'organiser et préparer leur riposte au discours de Nicolas Sarkozy du 2 décembre dernier, résumant les besoins de la psychiatrie à un arsenal de dispositions favorisant l'enfermement et la surveillance des malades.

Un petit peu de temps pour répondre à «l'ignominie d'un discours» qui selon le psychiatre Guy Baillon, «s'est servi d'un crime d'un seul pour criminaliser tous nos patients».

Un peu de temps pour préparer la risposte à la loi qui sera proposée au printemps.

Déjà, samedi 7 février, à Montreuil (93), au meeting de «La nuit sécuritaire» – cette pétition, mise en ligne par un collectif de 39 professionnels et qui recueilli plus de 20.000 signatures –, plus de 1.500 professionnels de la psychiatrie (médecins, infirmiers, travailleurs sociaux...) ont affirmé leur mobilisation face aux «rudes combats» qui les attendent.

D'ores et déjà, et confortée par le soutien de Dominique Voynet (Verts), Jack Ralite et Nicole Borvo (PC), Mireille Le Corre (PS) présents dans la salle, une délégation devrait être présente le 14 mars au Parlement, auprès de députés et sénateurs afin de se «donner tous les moyens de faire supprimer ou modifier les dispositions sécuritaires ou d'en annuler les effets». Le 12 février aussi, ils appellent à manifester contre la loi Bachelot, tout comme ils l'avaient fait le 29 janvier dernier sous la banderole «Nous sommes tous des schizophrènes dangereux».

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Mais au quotidien, les premiers gestes de «résistance» apparaissent et sont appelés à s'étendre. Tout comme certains enseignants affichent publiquement leur «désobéissance» aux réformes de leur ministre, les psychiatres sont invités à poursuivre l'initiative du docteur Michaël Guyader, chef de service dans l'Essonne, qui le 8 décembre prévint dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy qu'il ne mettrait pas «en œuvre ses propositions dégradantes d'exclure du paysage social les plus vulnérables car Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine».

Plus concrètement encore, les préfets, en tant que représentants de l'Etat et futurs «ordonnateurs des soins selon les vœux du président», devraient être interpellés «chaque fois qu'une de leurs décisions» concernant les patients paraîtra «arbitraire» aux soignants. Ainsi, lorsqu'un préfet refusera de laisser sortir un patient interné à l'hôpital en contradiction avec l'avis de l'équipe soignante (comme ce fut le cas en décembre dernier à Marseille et comme «cela se produit de plus en plus souvent», note Olivier Boitard), il lui sera demandé les critères qui fondent sa décision. Comment évalue-t-il, lui, la dangerosité d'un patient? Et, pour défendre les droits des patients, un collectif d'avocats sera mis sur pied.

Combien se cote un sourire?

Au sein de l'hôpital, il est demandé aux personnels de refuser les crédits déjà alloués pour favoriser les mesures d'enfermement et «demander à la place des pinces et marteaux pour briser les bracelets électroniques ou les serrures des chambres», a suggéré samedi un orateur. Les participants au meeting ont aussi décidé de refuser ou de systématiquement critiquer les procédures d'évaluation des pratiques «où l'on parle de normes telles qu'on les pratique dans l'industrie mais où la complexité et la singularité de chacun n'ont pas de place et où la dimension relationnelle n'est pas prise en compte». Ainsi le docteur Hervé Bokobza, chef de service à Montpellier, a lu le discours qu'il fit devant «ces accréditateurs qui nous ont empoisonné l'existence pendant trois jours, exigeant que nous bouleversions tous nos soins» pour répondre aux questions. Il leur a dit qu'«ils étaient venus pour nous évaluer sans nous offrir le loisir de leur exposer nos valeurs». Car, «dans la novlangue des accréditateurs, un sourire ne se cote pas», a expliqué un autre psychiatre.

Ce samedi, il ne fut donc pas question de moyens mais d'éthique. Même si chacun de ces professionnels connaît les difficultés de l'exercice de leur métier (plus de 25.000 lits supprimés en dix ans, quelque 800 postes de médecins non pourvus, disparition du diplôme d'infirmier psychiatrique et réforme de l'internat), c'est la dignité même de leur métier qu'ils sentent aujourd'hui menacée. «Continuer à soigner les patients avec dignité, apparaîtra bientôt comme une forme de résistance», a constaté le psychiatre et psychanalyste Franck Chaumon.

Refusant d'être des «gardiens» ou des «experts» au service de la justice, «tirant les leçons d'années où nous nous sommes montrés trop soumis à un discours sur la psychiatrie dans lequel nous ne nous reconnaissons pas», ils proposent un travail de sape systématique pour tenter de «percer une brèche» dans les certitudes du discours normatif et sécuritaire.

Et pour cela, parallèlement, ils veulent aussi se donner le temps: après une première étape à Reims, un forum itinérant permettant de rappeler leurs «références théoriques», de repenser leurs «orientations», de partager leurs «expériences», s'arrêtera à Paris le 14 mars et à Montpellier le 15 mai.

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Samedi 7 février, à Montreuil

Montpellier où justement s'étaient déroulés en juin 2003 les Etats généraux de la psychiatrie. En trois jours, plus de 2000 professionnels avaient identifié 22 mesures urgentes pour refonder leur discipline: réforme des études, reconnaissance de l'enseignement de la psychanalyse, articulation avec le social et le médico-social..., nulle part il n'était question de chambre d'isolement, de bracelet électronique ou de surveillance.

Samedi 7 février, les participants au meeting espéraient pouvoir encore s'appuyer sur ce diagnostic vieux de plus de cinq ans pour pouvoir mobiliser rapidement. Même s'ils savent, comme l'a rappelé Pierre Delion, responsable d'un service infanto-juvénile à Lille qu'«il faut du courage pour ne pas hurler avec les loups sur le malade dangereux».

source:

Ici, je vous invite à lire l'appel et à signer la pétition "la nuit securitaire" en tapant ce nom dans votre moteur de recherche.

Aussi, je vous invite à lire sur le même sujet, l'intervention de mon ami Jack Ralite lors de cette manifestation

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