MES DEUX PREMIERES JOURNEES A GAZA!
Par Bruno Piriou le mercredi 4 novembre 2009, 21:09 - Réflexions politiques - Lien permanent

En janvier 2009, face à l’insupportable agression Israélienne à Gaza, je
proposais au Conseil général de l’Essonne une motion de solidarité avec le
peuple Palestinien et l’envoi d’une délégation de notre assemblée à Gaza et
dans les territoires occupés pour concrétiser une coopération avec le peuple
Palestinien. C’est chose faîte aujourd’hui puisque nous sommes 6 conseillers
généraux, deux agents du Département et deux responsables de l’association Evry
Palestine à passer une semaine en Palestine.
Nous avons atterri à Tel Aviv, ensuite direction Jérusalem Est. Nous sommes
reçus au centre culturel Français de Jérusalem. Leurs responsables nous
dressent le paysage et se disent peu optimistes sur notre passage à Gaza. Je
reviendrai un autre jour sur la situation dans les territoires occupés avec
notamment le problème des colonies Israéliennes, et le grignotage du territoire
à Jérusalem.
S’il est accessible de se rendre en Cisjordanie, franchir le blocus imposé
par les Israéliens à Gaza paraissait impossible. Depuis près d’un an, quasiment
aucun Français n’a pu se rendre à Gaza. Jusqu’à mardi matin 6 heures, les
autorités Israéliennes nous refusaient le passage. Nous décidons malgré tout de
nous rendre au checkpoint d’Erez au nord de la bande de Gaza.
Et là, excellente surprise, nous apprenons du consul de France à Jérusalem
que nous obtenons le droit de passer.

L’arbitraire c’est cela, sans raison compréhensible, rappelons que le ministre
Kouchner s’est vu refuser l’accès il y a quelques semaines, nous passons, en
montrant juste notre passeport, cet impressionnant mur qui sépare la bande de
Gaza d’Israël.


L’attachée culturelle de Jérusalem n’y croit pas, nous sommes les premiers
Français depuis près d’un à pouvoir passer.

Gaza, c’est 1,8millions de palestiniens qui vivent depuis juin 2007
un blocus total.
1,8 millions d’habitants, dont 50% ont moins de
18 ans, qui vivent coupés du monde après avoir subi une agression militaire
sans précédent.

Après avoir franchi le checkpoint, nous circulons en mini bus pour
se rendre au centre culturel de Gaza qui dépend du consulat général de France à
Jérusalem.
Son directeur Jean Mathiot nous reçoit.
C’est le seul centre diplomatique qui reste à Gaza. On peut y apprendre le
Français, découvrir des expositions, échanger avec le monde.
Jean Mathiot nous confirme un blocus total.
Il nous parle de 1000 tunnels creusés entre le sud de la bande de Gaza et
l’Egypte. Tunnels contrôlés par le Hamas. Une débrouille bien organisée où
passe essence, denrées, matériels de construction, véhicules démontés mais
aussi armes et roquettes. On parle d’un véritable terminal tunnelier. Peut être
allons nous réussir à nous rendre à Rafah pour vérifier cela sur place.

__Nous sommes ensuite reçu au PCHR, centre Palestinien des droits de l’homme
par Jaber Wishah, directeur adjoint du centre palestinien des droits de l’homme
(PCHR).

Son directeur Raji Sourani se trouve ce jour à Beyrouth.__Je retranscris ici
l’essentiel des propos très clairs de Jaber Wishah sur la situation à
Gaza.
« La France est la patrie des droits de l’homme et de la
liberté. Les palestiniens sont choqués de la position de la France concernant
le rapport Goldstone.
C’est un sabotage puisque la France s’est abstenue. Elle a sabotée la justice
internationale. C’est une mauvaise surprise. Les palestiniens ne méritent pas
une telle position alors qu’ils sont victimes de l’appareil barbare Israélien.
Nous attendions que la France mène campagne.
Les peuples qui aspirent à l’indépendance doivent avoir leur
droit.
Israël est impuni. Il faut faire des efforts pour aider à se débarrasser des
chefs Israéliens.

Les Européens sont complices du silence.
Votre mission commencera quand vous serez de retour en France. La France est
un pays influent. Le peuple Palestinien aspire à vivre en paix.

Elle pourrait jouer un meilleur rôle dans ce sens. Elle devrait s’engager à
faire respecter les conventions par Israël. La France doit œuvrer pour que
l’article 2 de la convention entre Israël et l’Europe soit respecté. Cet
article exige le respect par Israël de l’application des droits de l’homme.
Tant que cet article n’est pas respecté, la France doit demander la suspension
des accords avec Israël. Il m’est par exemple insupportable que les convois de
solidarité pour Gaza soient refoulés. Nous sommes pour la justice.

La politique et les droits de l’homme sont inséparables. Il faut faire
pression pour que le blocus soit levé. Mais reconstruire ne servira à rien si
tout est redétruit plus tard.

C’est un cercle vicieux. L’Europe et la France doivent être acteurs
politique et pas que payeurs.
En plus de la solidarité politique, nous avons besoin de traitement des eaux
usées, des déchets solides, de la qualité de l’eau. 90% de l’eau potable à Gaza
est impropre. L’aéroport de Gaza a été détruit. 159 écoles ont reçu des tirs,
du phosphore blanc. Même le drapeau bleu des Nations Unies n’a pas été
respecté.

Il faut une solution au problème de l’occupation. Nous ne sommes pas des
animaux dans une étable à qui on donne des aliments de temps en temps. Le
rapport Goldstone est un très bon outil, pour que des deux côtés, Israël et
Palestine respectent les droits de l’homme. Les responsables des atteintes au
droit de l’homme, des deux côtés doivent être traduits en justice. S’il n’y a
pas de progrès politique, tout ce qui sera reconstruit sera redétruit. Il est
aujourd’hui difficile de convaincre le peuple Palestinien qu’il y a encore une
justice.
__Israël bénéficie d’une rare impunité pour trois raisons :
•* Le soutien Américain illimité à Israël et le complet silence de l’Europe
•* La crainte d’être traité d’antisémite si l’on s’en prend à Israël,
•* La faiblesse du soutien des pays Arabes.
Le monde est devant un test : soit accepter la loi de la jungle, soit
exiger la justice et l’état de droit. Le monde est face à un choix : pour
ou contre le rapport Goldstone qui est le rapport d’un juge impartial. Si la
loi de la jungle l’emporte, il y aura 1000 Ben Laden.
La communauté internationale a demandé en 1986 de tenir des élections. Le
monde entier a observé ces élections et rien n’a été reproché. Le président
Carter a reconnu leur caractère démocratique. La récompense a été le
blocus.
La solution est simple pour la paix : le mariage ou le divorce. Le
divorce c’est reconnaître les deux Etats. Mais avec quelles frontières ?
Celles bibliques, celles de 1948, celles du grand Israël ? Je suis pour
les frontières de la résolution de l’ONU de 1947. Le mariage c’est décider
qu’il y a un seul Etat avec un homme, une voix. Si ni mariage ni divorce, il
n’y a pas de solution.

Les Israéliens doivent sortir de leur double complexe d’infériorité et de
supériorité.
Isaac Rabin a été un grand leader. Comme De Gaulle quand il a dit
« vive l’Algérie Française. Il était pour un Etat Palestinien
Aujourd’hui, les Israéliens ne veulent pas la paix et les Palestiniens ne la
peuvent pas. »
Jaber Wishah est aujourd’hui engagé en politique en tant qu’indépendant. Il
dit qu’il a perdu confiance dans les dirigeants politiques Palestiniens, que
c’est aux Palestiniens que revient la responsabilité de trouver leur projet
politique et leur leader.
Nous circulons ensuite dans Gaza pour voir les désastres de la
guerre.
Nous allons ensuite participer à l’inauguration d’une exposition
d’artistes à l’hôpital de Gaza en partie détruit par les Israéliens.
La culture est très présente dans cette ville.

Un jeune Palestinien m’explique que la vie est plus forte que la
guerre.

En sortant, je vois une femme dans un bâtiment quasiment détruit en train de
secouer ses tapis.
Direction ensuite l’UNRWA, l’agence des nations unies pour les
réfugiés Palestiniens.
L’un des responsables nous parle du million de réfugiés Palestiniens à Gaza
qui compte 1,8 millions d’habitants. « La Palestine c’est 4 millions de
réfugiés au total. 80 % des Gazaouis vivent sous le seuil de
pauvreté.

Nous comprenons que le blocus loin d’affaiblir le Hamas, le renforce. L
apolitique d’axphyxie d’Israël a ancré le Hamas. Il n’a jamais été aussi fort.
Les tunnels sont une bouffée d’air frais. A Rafah, les tunnels sont au grand
jour. Les Israéliens s’en accommodent, Gaza enfermé aux mains du Hamas, c’est
le moyen pour les Israéliens de saper le projet politique Palestinien, en
empêchant son unité. Tant que les Palestiniens seront divisés, il n’y aura pas
de paix. Gaza c’est 750000 jeunes qui vivent dans une prison. Gaza, c’est une
poudrière. »


C’est tout pour aujourd’hui.

A bientôt si la technique le permet.