GAZA TROISIEME ET QUATRIEME JOURNEE . KHAN YOUNIS, RAFAH, EMOTION ET POLITIQUE AU RENDEZ-VOUS!
Par Bruno Piriou le vendredi 6 novembre 2009, 09:05 - Réflexions politiques - Lien permanent

Khan Younis est à la fois une ville de 55000 habitants et un camp de
réfugiés. C'est aussi le lieu où se trouvaient des colons Israéliens renvoyés
de la bande de Gaza suite aux accords de 2005. Cette localité est jumelée avec
la ville d'Evry, là où coopère l'association Evry Palestine dont deux de ses
responsables nous accompagnent. Cette journée nous plonge dans les débats inter
Palestiniens, entre les anciens responsables du Fatah et le Hamas qui contrôle
aujourd'hui toute la bande de Gaza. Alors qui rencontrer?


Nous retrouvons devant le bureau de l'organisation des réfugiés de
l'ONU, très discrètement, presque dans la rue, les anciens élus de Khan Younis,
destitués il y a plus d'un an par le Hamas.
Cette rencontre est très émouvante puisque ces responsables sont toujours là
mais sans aucun pouvoir et menacés. Ils nous disent qu'aujourd'hui le Hamas
contrôle tout mais que l'aide arrive malgré tout aux associations. Ils sont
très heureux de nous rencontrer et en même temps doivent rester discrets.
Nous les retrouverons dans la semaine car ils souhaitent nous parler plus
longuement avant notre départ.
Commence au sein de la délégation Française le débat si nous devons rencontrer
le maire installé par le Hamas, mais précission de taille, le Hamas a été élu
en janvier2006.
Nous avons en tête ce que nous a dit le représenatnt de l'ONU, "le Hamas ce
c'est pas les talibans". Attention à la campagne de désinformation qui permet
de stigmatiser les Palestiniens et de les faire tous passer pour des
terroristes. Après c'est clair, la charte du Hamas est explicite. Elle est
consultable sur Internet.
Cela se voit dans les rues, le port du voile est systématique, la bourqa se
répand, il n'y a pas une goutte d'alcool dans toute la bande de Gaza, la
démocratie n'est plus de mise à l'image du refus du Hamas d'organiser les
élections de janvier prochain dans la bande de Gaza, ici l'autorité
Palestinienne c'est le Hamas. A la fois la sécurité est assurée mais vraiment
assurée. C'est comme une pression qui se fait de plus en plus sentir. Dans le
même temps, au quotidien, ce qui l'emporte, c'est la vie avec une grande force
d'envie de vivre, de reconstruire.

Les avis divergent au sein de la délégation. L'emporte l'idée qu'il faut
proposer au maire de nous rencontrer pour plusieurs raisons
- Le Hamas a gagné les élections,
- Participer à l'isolement du Hamas qui ne sont pas les talibans, ne servira pas les projets de coopération en cours et à venir pour la société civile,
- Rencontrer le maire nous fera mieux comprendre la réalité de ce qui passe à Gaza,
- rencontrer les autorités est aussi l'occasion de faire passer certaines de nos idées sur l'utilité d'échanges avec le peuple Palestinien, quelque soit le pouvoir en place,
Quelques instants plus tard, nous sommes reçu par le maire de Khan
Younis.
Voilà quelques uns de ses propos:

__ Le maire de Khan Younis, Mohammed J. Abd El Khaled El
Farra.__
«
Je suis impatient que la coopération reprenne.
Nous sommes prêt à soutenir l’action pour que l’aide parvienne à ceux qui en
ont besoin. Nous sommes intéressés par la coopération, loin de tout intérêt
politique. Les hommes sont libres de leurs choix politiques. Mais la population
meurtrie a besoin d’aide. Nous sommes prêts à soutenir vos projets au grand
jour ou de manière moins visible, comme vous le souhaitez. Merci de votre aide.
Important pour nous de voir à la télévision les manifestants français. Besoin
d’aides en assainissement. L’eau du puit impropre à la consommation humaine.
Nous pourrions faire un jardin pour les enfants. Ils souffrent de la guerre.
»
Le maire nous fait remarquer qu'au mur figure tout à la fois le portrait de
Yasser Arafat et du premier ministre de Gaza, Ismael Hanyeu.

Il dit au passage que son directeur des services est au Fatah. Au final, nous avons rencontrer un maire soucieux de réussir le développement de sa commune, de satisfaire la multitude de besoins. Il est rester prudemment sur le terrain de la coopération et nous n'avons à aucun moment discuter des enjeux politiques.

Ensuite nous allons dans un centre géré par des femmes d'aide aux femmes et à l'enfance.

Quel accueil!

Des chants, de la danse hip hop Palestinienne, une envie de communiquer
immense, comme si le plus dur du blocus n'éatit pas le manque de matériaux ou
de denrées mais l'absence de liens humains, intellectuels, culturels, affectifs
avec l'extérieur.


Les animateurs expliquent comment le théâtre est un moyen d'aider les enfants à
éliminer leurs peus après la guerre, en les aidant à parler. On a vérifié, ça
marche.
Nous marchons une heure dans Khan Younis. Nous apercevons une école. Nous
proposons de rentrer et là malgré nous, nous provoquons une émeute. Des
centaines d'enfants courrent vers nous. Il faudra 10 minutes aux enseignants
pour calmer ces enfants tous désireux de nous saluer et de se faire
photographier.

Ensuire nous organisons une rencontre non prévue avec les
organisations politiques opposées au Hamas, dans ce qui ressemble à un petit
local politique dans le coeur commerçant de Khan Younis.

Compte rendu:
"Nous n’oublierons jamais la position Française par apport à notre cause. La
France qui a accueilli Arafat, nous ne l’oublierons jamais. Des dizaines de
familles sans abri suite à la guerre barbare. Fiers de notre relation avec la
gauche et les démocrates Français.

La souffrance Palestinienne s’étend aussi à la Cisjordanie. Le monstre
dévore nos terrains. Les Israéliens cassent tout espoir d’avoir un Etat
Palestinien avec Jérusalem pour capitale. Netanayun veut tordre le bras
d’Obama. Nous attendons une position Européenne. Au Front nous croyons à
l’unité Palestinienne. Les élections ont lieu le 24 janvier. Nous veillons à
l’unité avant même les élections. Au Front nous étions d’accord avec le décret
présidentiel. Nous ne pouvons rester dans un vide juridique. S'il n'y a pas
d’accord, il faut que les élections aient lieu au moment prévu. Nous sommes
pour la proportionnelle totale. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester
dans un vide juridique. Il ne faut pas que Netanayun puisse dire que les
Palestiniens ne soient pas unis. Nous ferons tous les efforts pour retrouver
notre unité. Retrouver les villages d’avant 1948. Le rapport Goldstone est
important. Il y a beaucoup de troubles psychologiques avec les enfants suite à
la guerre. Nous attendons des députés Français qu’ils fassent lever le siège au
niveau de l’Europe. La guerre menée par Israël n’est pas une guerre contre le
terrorisme, ni contre le Hamas mais contre les Palestiniens. 5 ou 6 factions
ont participé aux combats. Message à transmettre à l’Europe : parvenir à
l’indépendance. Nous ne sommes des buveurs de sang. Nous avons cru aux
résolutions internationales. La résolution 194 nous reconnaît le droit au
retour. Les tentatives répétées essaient de nous priver de ce droit au retour.
Les factions de l’OLP refusent catégoriquement. Il ne fait pas que le droit au
retour tombe dans l’oubli.

Nous demandons à L’Europe pour faire lever le siège imposé à la bande de
Gaza. La société civile et les Nations Unies peuvent travaillent pour faire
cesser les souffrances. Nous faisons confiance aux Français. Nous aider à tenir
face au sionisme et au fascisme. Nous souhaitons que la position Française
fasse pression sur Israël. Le peuple Palestinien a une particularité : pas
nombreux mais la force des Palestiniens doit d’être uni. Tirer expérience des
autres peuples. La division est la voie royale pour l’échec. Nous voulons la
démocratie, l'instruction et la liberté. D’abord nous voulons deux Etats et
peut être un jour un."
Retour à Gaza, fin de journée.

Nous partons ce matin pour Rafah, au sud de la bande de
Gaza.
Cette ville est frontière avec l’Egypte. Mis à la part les côtes où les
Palestiniens ne peuvent s’éloigner notamment pour pêcher au delà de 3 miles,
l’Egypte est le seul pays frontalier avec la bande de Gaza.
Ici nous sommes à l’angle de trois territoires, Israël, l’Egypte et la bande
de Gaza. Nous avions entendu parler des tunnels seuls lieux de passage non
contrôlés avec la bande de Gaza.
Avant d’arriver à ces tunnels, nous passons par l’ancien aéroport de
Rafah.
Les photos montrent un aéroport complètement détruit par les chars et les
bulldozers Israéliens.

A plusieurs reprises me sera revenu en tête cette phrase de Prévert
« quelle connerie la guerre ». Ici la poésie a peu de place.

Un immense aéroport complètement détruit, les pistes de décollage
méthodiquement défoncées et malgré tout encore très surveillé par les miradors
Israéliens. Notre guide nous conseille de rester groupés. La zone étant très
surveillée même à distance et le sol n’est pas très sûr.

A côté la vie continue avec une énergie qui force l’admiration.

Il faut manger, apprendre, résister, vivre.

Et ces enfants à chaque coin de rue que l’on photographie sans cesse tant
ils représentent une source d’espoir et de vie.

Nous faisons une halte devant le poste frontière officiel avec l’Egypte. A
peine descendus, on nous propose du change, mais il n’est pas prévu pour nous
de passer la frontière.
Je ne savais pas encore que je la passerais quelques instants plus tard mais
dans de toutes autres conditions. Une mosquée est prévue pour assurer la prière
lors des longues attentes pour passer la frontière. L’Egypte est tout à la fois
proche du peuple Palestinien et en même temps la solidarité des peuples Arabes
face à Israël paraît bien mince. Les Egyptiens ne laissent passer qu’au compte
goutte les Palestiniens. Le contrôle par le Hamas de la bande de Gaza n’incite
pas les Egyptiens à la générosité et à la solidarité.
Notre guide qui souhaite garder l’anonymat nous mène vers ces fameux
tunnels.
Et là c’est surréaliste.

Des centaines de tentes les unes à côté des autres, à la vue des miradors
tenus par les militaires Egyptiens et pas très loin des Israéliens. Et dans les
tentes, des trous de 30 mètres de profondeur menant à des tunnels long de 500
mètres qui débouchent en Egypte. Des jeunes, très jeunes, creusent et assurent
l’acheminement de marchandises. Toutes sortes de marchandises, nourriture,
véhicules en pièces détachées, essence, armes aussi, tout passe ici. En
insistant, nous gagnons l’accord des jeunes pour descendre et circuler dans ces
tunnels où l’on se tient à peine debout. A un moment, plié en deux, mon jeune
guide me dit avec un large sourire plein de fierté, en me montrant vers le
haut, "ici c'est la frontière avec l'Egypte".

Ici pas besoin de passeport mais il ne nous est pas venu à l’esprit un seul
instant de sortir côté Egyptien. Les militaires Egyptiens surveillent ces
tunnels, à la fois impuissants et tolérants. Nous ne savons pas comment cela se
passe de l'autre côté.
Retour à Khan Younis.
__Rencontre avec Ziad Medoukh, chef du département Français de l’Université
Al-Aqsa à Gaza.__
Je reprends l'essentiel de ses propos:
« Les deux secteurs qui marchent bien, l’éducation et la santé. Le
Hamas contrôle la fonction publique, les mosquées, les mairies mais pas les
associations, les actions civiles, les services de l’ONU. Le département de
l’Université reste mixte. Il y a un double discours dans le Hamas :
domination et devant les étrangers ouverture. La bande de Gaza est une région
isolée. Avant le blocus, il y avait déjà un isolement. L’arrivée du Hamas a mis
de la pression sur la population. Ceux qui se sont opposés au Hamas sont en
prison. Le Hamas cherche à avoir une place reconnue dans Gaza. Il a bien joué
dans la résistance et la religion. La pression du Hamas est présente mais
légère. Le port du voile n’est pas obligatoire mais les femmes y compris les
catholiques préfèrent le porter pour ne pas avoir de problème.

Depuis qu’il est au pouvoir il est moins dur. Depuis la mort d’Arafat, il y
a deux projets : le Hamas défendu par la Syrie et l’Iran et le Fatah
défendu par la Jordanie, l’Egypte, et l’Arabie Saoudite.
La résistance dans la bande de Gaza n’est pas organisée. En 2009, 15 ans
après Oslo, les Palestiniens n’ont rien eu. Il faudrait un référendum entre les
deux : rendre la parole au peuple. La démocratie est chère au peuple
Palestinien. Le Hamas est arrivé par la démocratie mais ne la respecte plus
aujourd’hui. Il reste ici les universités et la société civile. Pas simple
aujourd’hui de faire de la politique à Gaza ailleurs qu’au Hamas. Mais pas
simple non plus de faire de la politique en Cisjordanie quand tu es au Hamas.
La société civile est organisée par la gauche. Quand tu es au pouvoir, tu
laisses tomber la société civile et là le Hamas s’est emparé du peuple. Trois
perspectives :
•* L’extérieur avec un accord entre les pays qui soutiennent les
factions,
•* Les dirigeants des deux factions s’accordent,
•* La société civile.
Le vrai objectif Israélien est de casser l’espoir de la population. Le Hamas
leur va bien. Sur 1300 morts, seuls 91 activistes politiques tués. Les
Israéliens préfèrent le Hamas à l’autorité Palestinienne.
Israel est contre le Hamas mais il en a besoin. Israël maintient la
division.

La solution internationale est la seule solution mais elle est absente contre
Israël. Israël représente des intérêts économiques. Les Etats Unis
entretiennent les divisions des pays Arabes pour défendre les intérêts
économiques. Mais les pays Arabes voisins profitent aussi de cette situation.
Ce qui fait le plus peur aux pays Arabes et aux occidentaux, c’est la
perspective d’un Etat Palestinien laïc et de gauche. La démocratie fait peur
aux uns et aux autres.
Après l’agression, les étrangers ont oublié qu’il y avait un blocus. Il faut
lever ce blocus, c’est un crime contre l’humanité. Il faut encourager les
médias à venir ici. Il ne faut pas parler que du Hamas ici. Il faut parler des
résistances des Gazaouis pour vivre normalement. Les femmes Palestiniennes ont
un rôle important mais personne n’en parle.

120 avocates ont refusé de parler le voile. Le Hamas a du renoncer. La
société civile se bat et l’on n’en parle jamais. Les médias ne parlent que du
Hamas, des attentats, des événements et pas de la résistance populaire. Nous
aider c’est demander la levée du blocus et parler des résistances des
Gazaouis.
En 2006, j’ai crée avec des collègues, le centre de la paix et de la non
violence. Il y a15000 étudiants à l’université à Gaza. En tapant sur Internet
« centre de la paix à Gaza », vous accédez à toutes les informations sur
ce centre. Du côté Israélien, il y a peu de résistance contre les agressions
Israéliennes. Au moment de Sabra et Chatila, il y avait 2 millions d’Israéliens
dans les rues. Que 3000 il y a un an au moment de la guerre contre gaza. Il
faut maintenir les liens entre la communauté internationale et nous.
Nous pouvons imaginer des coopérations pour se parler. Besoin de livres, de
matériels, entre universités pour organiser les vidéos conférences. Il faut que
ces projets se construisent ensemble dans le temps. Gardons le contact.
»
Encore une rencontre très riche et très politique pour comprendre ce qui se
passe en Palestine, les enjeux et les perspectives de solution. Là encore, il
est question de démocratie, de conception du monde, de quels types de rapports
pouvons nous imaginer entre les peuples. Parce que la Palestine symbolise une
possible nation Arabe démocratique et progressiste, elle est sous pression de
toutes parts. Voilà une raison essentielle de s’y rendre, d’en être solidaire,
de demander la fin du blocus.
Ici on commence à entendre parler de la marche sur Gaza du 31
décembre.

A suivre…de près.
A bientôt.