__Cinquième et sixième journée, sortie de la bande de Gaza, rencontre avec des pacifistes Israéliens à Sderot, visite d’Hébron et de la colonisation maison par maison, Jérusalem et la politique des colonies d’Israél.__
Par Bruno Piriou le lundi 9 novembre 2009, 10:46 - Réflexions politiques - Lien permanent

Nous quittons la bande de Gaza avec le sentiment terrible de laisser ici 1,8
millions d'habitants emprisonnés dans ce territoire, avec aujourd'hui peu de
perspective de déblocage du blocus. J'ai en tête ces hommes et ces femmes
désireux non pas de fuir leur territoire mais de se sentir libre de pouvoir le
faire.


Cette petite fille est allée d'elle même chercher sa poupée, dans la chambre
de sa maison détruite par les Israéliens. Les soldats ont pris soin d'écrire
sur le front de sa poupée, comme ils l'ont fait sur les murs de sa
maison.
Quelques photos avant de quitter la bande de Gaza, de pêcheurs,
d'agriculteurs,de Gazouis.







Salut Gaza, à bientôt!
Le check point se passe globalement assez facilement. Seule notre amle
Dominique d'Evry Palestine aura droit à un contrôle plus sévère.
Direction Sderot pour une rencontre avec des pacifistes
Israéliens.

Nos interlocuteurs trouvent la situation intolérable pour les Gazaouis.
Cette guerre sans fin appelle à se parler à soi-même, à nos voisins pour
combattre le regard porté sur les Palestiniens, il faut que les Palestiniens se
parlent à eux-mêmes, parler aux dirigeants Palestiniens pour leur dire qu’ici,
il y a des Israéliens qui veulent la paix. Il existe une cinquantaine
d’organisations Israéliennes qui luttent contre l’occupation. Nous les
pacifistes Israéliens sommes perçus par nos compatriotes comme des utopistes.
Nous ne savons pas comment en sortir. Les Palestiniens se replient sur eux et
les Israéliens sur eux. Nous avons reçu 4000 roquettes en 8 ans. Régulièrement,
nous avons des alertes et nous devons compter 12 secondes le temps que la
roquette tombe.

A la radicalisation Israélienne répond la radicalisation Palestinienne. Les
Israéliens appliquent la division pour régner. La sécurité devient le thème
principal des politiques Israéliens. C’est au responsable politique qui sera le
plus sécuritaire. L’opinion Israélienne n’a jamais été autant sensible au thème
de sa sécurité. Ce que nous témoignent ces militaqnts Israéliens nous semblent
normal et sommes toute raisonnable. Ils sont ici perçus comme des
extrémistes.

Visite à Hébron, ville candidate au patrimoine cultutrel de
l'Unesco, colonisée par les Israéliens.

Cette ville est très représentative de ce qui se passe en Palestine avec cette
colonisation, cette occupation Israélienne. Là encore, le sordide semble
l’emporter. Cette ville à l’image de tant d’autres, est coupée en deux, avec
des militaires israéliens omniprésents. Ils protègent entre autre la
progression maison par maison, immeuble par immeuble des colons Israéliens.
C'est une bataille toit par toit.

Cette photo nous montre deux enfants chez eux dans leur maison Palestinienne
qui résiste aux colons. Là encore, aucune mise en scène, devant un militaire
perché sur le toit d'une maison colonisée voisine,les enfants nous font le
signe de la victoire, de la résistance.


Même le tombeau des patriarches est séparé en deux, par les militaires, avec
d'un côté la mosquée, de l'autre la synagogue.

Un même lieu, deux religions!






Retour à Jérusalem.

__Rencontre à Jérusalem avec Michael Warschawski, Association mixte Israélo Palestinienne, (www.alternativenews.org) Compte rendu de son intervention.__

« Nous sommes l’anti-mur, bien avant que le mur existe. Promouvoir
toutes coopérations Israélo Palestienien Pas seulement du dialogue. Il n’y a
pas de symétrie entre les deux peuples. Les Palestiniens subissent une
occupation. Nous sommes un combat pour le droit, la paix ne veut rien
dire.
C‘est le rôle de ce centre d’être un facilitateur du combat anti
colonialiste. Il faut imposer ce mot dans le vocabulaire. C’est un processus de
colonisation. C’est un concept virtuel. Cela crée l’illusion que les choses
vont mieux mais en fait cela cache le processus de colonisation. Depuis
qu’Israël a pris le contrôle de Gaza et de s colonies sauf à l’époque d’Isaac
Rabin. Cela a duré moins d’un an et arrêté par deux balles de révolver. Cet
assassinat a stoppé le processus de paix. Le processus de colonisation est un
processus pensé et mis en œuvre dans une grande cohérence L’architecte de cela
s’appelle Ariel Sharon. C’est homme a pensé à long terme. Israël a eu deux
grands penseurs, David Bengourian et Ariel Sharon. Il s ont une visée. Citation
d’Ariel Sharon : « La guerre d’indépendance n’est pas encore finie La
paix n’est pas à l’ordre du jour dans les 50 ans à venir. Israël ne doit pas
définir ses frontières. Nous sommes encore dans le devenir. Notre frontière
c’est à chaque moment là où nous traçons notre sillon. Notre souveraineté ne
pourra être revendiquée que quand nous aurons Israélisé le
territoire. »

Pour cela il faut du temps. Il s’agit de bouger la frontière vers l’est. Il
y a une très grande rapidité avec laquelle se fait la colonisation. Mais que
fait on des Arabes ?

L’objectif est de construire un Etat juif. Le débat qui traverse les
Israéliens, c’est quel est l’optimum entre maximum de territoire et minimum de
populations Arabes. L’objectif du sionisme est de créer un Etat de
juif.
Avoir un Etat juif n’est pas original. C’est à la mode au 19ème siècle.
Ensuite on colonise. A l’époque, coloniser est une chose normale. On va
civiliser les sauvages. Le sionisme n’a rien inventé de ce point de vue.

Pour revenir à Sharon, que fait-on des Arabes ? Il ne souhaite pas
exclure les Arabes. Il y aurait un émoi international. Savoir calculer jusqu’où
on peut aller, c’est l’art de la politique. S’il pouvait tous aller au Canada,
ce serait la fête en Israël. La dernière partie du plan Sharon, c’est les
Arabes sont là et pas là en même temps. L’emmental est fait de fromage et de
trou. Là où sont les Palestiniens, ce seront les trous. Dans les trous, les
Palestiniens feront ce qu’ils veulent. Il faut bien isoler les trous. En
attendant Israël continue le processus de colonisation. Les routes de
pénétration à Israël sont l’équivalent dans les Western des chemins de
fer.

Ce plan présenté à long terme. Etats-Unis en 2003 est un bon plan à long
terme. Mais les Américains ont demandé une continuité territoriale
Palestinienne. Les Israéliens ne sont pas d’accord. Les experts ont proposé de
remplacer continuité par contiguïté. Nous sommes dans une géométrie à trois
dimensions. Ils construisent grâce aux ponts et aux tunnels, une situation où
l’on peut de zones à zones sans passer par là l’autre Etat. Les Israéliens
veulent un Etat juif sans les Palestiniens. Arafat avait compris qu’il fallait
un passage garanti entre Gaza et la Cisjordanie. Ce n’est évidemment le cas
aujourd’hui. Les zones sont bouclées. Sharon a imaginé deux Etats où l’on ne
peut se croiser. Il faut maintenir la séparation. Aujourd’hui de part et
d’autre, il y a une volonté de séparation.

Je ne souhaite pas parler au nom des Palestiniens. Il n’y pas de stratégie
Palestinienne. Le choix d’Abou Mazen est d’avoir misé à 100% sur les Américains
pour donner un Etat. Mais quels Etats, où, quand, comment ? Il y aune
extrême faiblesse Palestinienne. Mais aujourd’hui c’est calme.
Les Israéliens ne veulent pas des élections. Le calme ne durera pas. Israël va
les exploser. Pour des raisons qui peuvent être de petite politique.
La communauté internationale joue un facteur prépondérant. Israël peut
attaquer quand elle sait qu’elle ne se confrontera pas à une opposition
internationale. Quand le monde Arabe réagit, les Etats-Unis réagissent. Il n’y
pas de compétition entre l’Europe et les Etats-Unis. L’Europe avait un discours
fort mais elle l’a aujourd’hui atténuée. Le moyen Orient va devenir l’objet
d’une convoitise des autres grandes puissances. La Russie, la Chine vont jouer
un rôle. S’accumulent des nuages internationaux s’accumulent sur Israël. C’est
pourquoi les nouveaux stratèges Israéliennes veulent accélérer le processus de
colonisation.
Une des cartes à jouer des pacifistes Israéliens est le prix humain et le
processus d’isolation internationale. Quand la communauté internationale
caresse Israël, cela nous aide. Notre mouvement est donc en ce moment au creux
de la vague.
Sur l’impunité d’Israël, c’est qu’Israël c’est vous. Israël fait partie du beau
monde. Ce n’est pas l’ennemi. Face aux banlieux du monde. Un journaliste se
sent chez lui à Tel Aviv pas à Gaza. Israël c’est le monde des blancs. Ici
c’est civilisé, là bas c’est la banlieue.
Israël a toujours été « un mur contre la barbarie ». Après la guerre
froide contre le communisme, nous sommes dans un autre conflit, celui du
terrorisme de l’Islam. Aujourd’hui l’argument sécuritaire prend l’eau. Ce qui
préoccupe aujourd’hui les Israéliens c’est la démographie. Ce qui leur fait
peur c’est comment maintenir le rapport démographique Israélien. »

Visite des colonies.
Nous prenons un bus et Michael nous explique de visu, la stratégie de
colonisation des terres par les Israéliens. On peut maintenant se rendre de
Jérusalem à Gaza sans passer par les villages Palestiniens. La guerre
démographique étant perdue pour les Israéliens, il leur faut gagner la guerre
spatiale. La localisation des colonies est très patiente. C’est une politique
d’encerclement. Ils créent d’abord une colonie. Ils lui donnent un nom. Puis
une autre à côté, à laquelle ils donnent un nom semblable, puis une autre avec
un autre nom semblable. Les colonies se touchent et deviennent un immense
territoire. Tout ce qui n’est pas habité ici par les Palestiniens est
colonisable. Il s’agit de faire en sorte que la zone devienne la colonie et le
village Palestinien l’exception.
Passage à Ramallah et hommage à Yasser Arafat, devant son tombeau.

Rencontre avec le ministre chargé des collectivités territoriales,
Dr. Khalid Fahed Qawasmi.

Le Ministère est responsable des projets centraux et de ceux des
collectivités locales. Il s’occupe de la planification urbaine en Cisjordanie.
Les municipalités sont plus anciennes que la Palestine elle-même. (1875, Gaza,
Hébron, Naplouse). Le nombre des municipalités a augmenté. Elles sont
aujourd’hui 480. Nous faisons en sorte que les comités de village se regroupent
avec des municipalités plus grandes. L’objectif est de réduire les coûts et de
donner plus de capacités d’intervention. La situation est peu claire car les
autorités Israéliennes ne veulent pas geler le phénomène de colonisation. Il
remercie l’Agence Française de développement qui les aide dans leurs
projets.
58% du budget de l’autorité Palestinienne va à Gaza. Nous payons les factures
d’électricité et d’eau aux autorités Israéliennes pour Gaza. Les tunnels sont
gérés indirectement par le Hamas. Cela sera très dur de faire revenir Gaza dans
la normalité. Il faut trouver le moyen que Gaza ne vive pas que de l’aide
internationale.
Le seul moyen de parvenir à l’unité c’est le dialogue. Il salue les initiatives
de l’Egypte pour aider à ce dialogue mais il ne sent pas le Hamas vouloir
coopérer. Il n’y aura pas d’autorité Palestinienne sans Gaza. Le seul moyen de
s’en sortir c’est l’unité Palestinienne, que les autres nations Arabes les
aident dans leur relation vers la paix. Le dialogue avec le Hamas
continue.
Si j’avais 3 revendications envers la communauté internationale pour nous aider : •* Le droit à un Etat Palestinien, •* Oter le blocus à Gaza •* Boycotter les colonies et les produits qui viennent des colonies. Elles sont illégales.
Information de Hervé Conan, directeur de l’agence Française de développement en
Palestine. Le 11 décembre, rencontre à Paris des villes solidaires de la
Palestine pour coordonner les coopérations.
Réception au consul de France.

Diplomatie et anecdotes culturelles. La France demaure l'héritière des
traités signés sous la monarchie et des 132 établissements Chrétiens encore
redevables du consul de France et donc de notre hôte. Le consul défend la
position Française d'un sommet pour la Méditerranée qui pourrait faire avancer
la question Palestinienne.

Rencontre avec Denise Hamouri et son époux, parents de Salah
Hamouri.

Salah est arrêté au check point de Ramallah le 13 mars 2005 et le 17 avril
2008. Il est accusé de complot contre un chef spirituel et d’appartenance au
FPLP. Salah a 24 ans. En 2006 le soldat Israélien Chalit est arrêté par le
Hamas à Gaza. Là, la France se manifeste. Les autorités Françaises expliquent
que Salah a été jugé et que la situation est donc différente du soldat
Israélien. Bernard Kouchner rencontre pour la première fois la famille en
février 2008. Les parents rencontrent leur fils tous les 15 jours. Malgré la
double nationalité de Salah, avec une mère Française et un père Palestinien, ce
jeune est considéré comme un prisonnier comme les autres. Hier, sur France 2,
François Cluzet a interpelé Jean-François Copé qui manifestement ne connaît pas
ce ressortissant Français emprisonné en Israel. Manifestement, il ne lit pas le
journal l'humanité qui en parle tous les jours. Je salue ici le député
communiste honoraire Jean-Claude Lefort qui préside au comité de soutien pour
la libération de Salah. Vous pouvez consulter le site -Salah-Hamouri.fr -
Décidemment, sur tous les fronts, Israel bénéficie d'une complaisance
insoutenable.
20 ans après Berlin, un nouveau mur est à abattre.


A bientôt, en France.