Pourtant, la situation était très compliquée. La décision d’expulser la famille avait été prise par la préfecture et le bailleur, et les huissiers s’étaient rendus avec les forces de l’ordre dans le logement. Nous avions alors repoussé l’expulsion en nous rendant sur place avec les voisin-e_s de l'immeuble et les militants de l’Amicale des Locataires. Puis nous nous sommes mobilisés, en faisant l'état de la situation de la famille avec le le bailleur et les services sociaux du Conseil général, en trouvant des solutions plus humaines, en affirmant avec force que l’expulsion est toujours la plus mauvaise des issues, tant pour la famille que pour les pouvoirs publics et les institutions.

Grâce à l’engagement et la détermination et la bonne volonté de chacun, famille, institutions et militants, ce qui apparaissait comme une issue décidée et inévitable, l’expulsion d’une famille nombreuse, a été évitée. Je suis convaincu que notre travail a été utile pour l’avenir. Pour cette famille qui a aujourd’hui les moyens de normaliser sa situation, mais aussi pour tous les locataires : les difficultés ne sont ni une honte ni une fatalité. Elles peuvent être surmontées avec les mécanismes de solidarité, tant à l’intérieur qu’hors des institutions. En tant qu’élu, je suis satisfait d’avoir été utile à faire vivre cette solidarité, à mobiliser les bonnes volontés et les compétences pour combattre les injustices et améliorer le quotidien. La meilleure solution étant tout de même de mettre en place un système de prévention pour éviter en amont ce type de situation.
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Ces situations particulières et concrètes continuent de nourrir mes réflexions politiques, dans cette période où de nombreux dirigeants et candidats promettent serrage de ceinture et rigueur budgétaire aux populations. Comment peut-on accepter que des décisions politiques plongent encore d’avantage de familles, de gens, dans la difficulté, alors même que les inégalités sont aussi insupportables, que l’argent public est gaspillé ici tandis qu’on fait des économies là, sur les services publics de proximité, sur l’école, la santé, le logement social. C'est aussi contre cela que les locataires des Tarterêts se sont élevés, il y a peu, lors d'une manifestation au siège du Logement Francilien. (Voir à ce titre un billet précédent : Les locataires des Tarterêts mobilisés)

Dans le cas de cette expulsion évitée de justesse, une comparaison me taraude : pour quelques milliers d’euros de retard de loyer, les pouvoirs publics sont prêts à mettre à la rue une mère et ses trois enfants. De l’autre côté du quartier des Tarterêts, au bord de la francilienne, 42 millions d’euros d’argent public sont payés au groupe Eiffage pour le loyer d’un Hôpital truffé de malfaçons et encore fermé. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire une liste d’exemples stéréotypés. Mais certains permettent d’éclairer la réalité et de cultiver, toujours, notre volonté d’agir.

Lire dans le programme du Front de Gauche, L'humain d'abord, la partie consacrée au logement.