Oui, les années Sarkozy ont été un véritable traumatisme pour le monde enseignant : mépris pour le monde de l’Education, suppression dogmatique de personnels, voire de services publics entiers… Il y a en effet aujourd’hui l’enjeu de ce que l’on pourrait appeler une « refondation » : mais il faut avant tout écouter les personnels et les parents, en tracer avec eux les contours pour être à la hauteur des besoins et imaginer des solutions adaptées pour les enfants et les enseignants. En d’autres termes, il s’agit de donner sens et ambition à cette « refondation » qui, pour l’heure, ressemble trop à un équilibre précaire entre éléments de ruptures et marques de continuité avec les évolutions récentes.

Malgré l’annonce de 60 000 créations salutaires de postes dans l’Education Nationale, nos écoles rencontrent toujours des problèmes graves de manque de personnel, tandis que les dossiers de formation et de la rémunération des enseignants, comme celui du contenu des programmes, demeurent pour les organisations syndicales devant nous (lire à ce titre la tribune co-signée mon amie Marie-France Winghardt dans l’Humanité d’aujourd’hui). Des enjeux qui, bien entendu, se tiennent les uns les autres.

Le manque de personnel, c’est concrètement, dans ma ville de Corbeil-Essonnes à la rentrée de janvier 2013, 7 postes non-remplacés dans les écoles, et des enfants contraints de rentrer chez fautes de pouvoir être accueillis en classe. Comment peut-on accepter que l’Ecole, service public de référence pour de nombreuses familles, ne soit pas en mesure d’accueillir ses enfants ?

photo_41_.JPG

C’est parce que l’Ecole constitue encore ce lieu identifié et référent pour les citoyen-ne-s que des mobilisations se lèvent de manière spontanée contre ces situations, très souvent en dehors des partis politiques et même des organisations syndicales. Ce phénomène, qui démontre à travers la défense de l’Ecole l’existence d’un Patrimoine collectif, doit nous interpeller sur l’attachement citoyen au service public est indéfectible, lorsque ce dernier est reconnu, légitime. Cet attachement doit être pour la gauche aux responsabilités un support, une ressource pour résister aux logiques d’austérité qui, comme les derniers débats européens l’ont montré ces derniers jours, continuent de dominer les institutions de l’Union Européenne.

A ce titre, le débat engagé sur les rythmes scolaires est emblématique. Au-delà des contestations concernant strictement les emplois du temps, c’est bien l’enjeu des moyens de son application (très différenciés selon les territoires), ainsi que celui de l’association des enseignants et des parents dans la méthode utilisée, qui questionnent aujourd’hui.

Derrière la question des rythmes, il faut bien poser celles du temps péri-scolaire, des moyens mis en œuvre par les collectivités concernées en la matière, de l’association des familles à ces aménagements. Pour cela, au moins deux points essentiels :

- Des modèles de concertation plus fins et plus approfondis que les modèles de « concertation nationale » doivent être inventés, avec une approche transversale (Enseignants-Parents-Collectivités) sur le terrain, sensible aux différences territoriales.

- Des moyens financiers beaucoup plus importants pour les collectivités, qui sont aujourd’hui dans l’incapacité totale de répondre à la demande d’aménagement du temps péri-scolaire en ces périodes de cure d’austérité.

Sans ces deux exigences indispensables, non-remplies aujourd'hui, la réforme des rythmes scolaires prend le risque de se faire sans l’adhésion des personnels enseignants, et surtout dans un contexte inacceptable d’inégalité dans son application. Une inégalité double qui agirait entre les territoires et entre les familles.

Je suis indéfectiblement attaché à cette idée moderne qu’est la démocratisation de l’accès aux savoirs, qu’elle doit être une exigence de chaque instant. Oui quelque soit son origine, nationale et sociale, chaque enfant sur notre territoire a le droit d’accéder aux savoirs pour réussir sa vie et nous les adultes le devoir d’assurer ce droit à chaque enfant.

La réussite de tous les élèves n’est pas qu’une affaire individuelle, ni même seulement l’affaire de l’Ecole. C’est l’affaire de toute la société. Lutter contre l’échec scolaire et gagner la réussite de chaque élève, cela passe par une démarche ambitieuse qui va bien au-delà des débats actuels.

C'est au moins à cette hauteur que devraient s'élever aujourd'hui les ambitions de la gauche au pouvoir. Dans le secteur de l'Education Nationale comme dans d'autres, je m'inquiète aujourd'hui de la direction prise par le gouvernement. Je serai donc au côté des personnels demain pour porter avec eux cette exigence.