Je me suis très tôt engagé pour cet hôpital, à un âge où les tourments de la maladie sont rares et confèrent une certaine insouciance aux questions liées à la santé. Je débute en 1985 ma collaboration aux côtés de Roger Combrisson, alors maire communiste de Corbeil-Essonnes quand il inaugure l’hôpital Gilles de Corbeil. Il est difficile de ne pas reconnaître aux communistes une attention infaillible aux questions de santé publique. Ce parti qui prétend être aux côtés des plus démunis fait de l’accès aux soins pour tous un des piliers du principe républicain de l’égalité. Alors c’est sûr, quand cette commune populaire de Corbeil-Essonnes découvre cet hôpital flambant neuf sur les hauteurs de la ville, pour lequel elle se sera fortement mobilisée, il y a de quoi être fier. Jack Ralite alors ministre de la santé jusqu’en 1984 aura aussi pesé de tout son poids pour partager l’idée qu’un hôpital public moderne en banlieue Parisienne ce n’est pas du luxe mais juste légitime.


IMG_98901.png

Mais déjà le tournant des socialistes pour la rigueur va inaugurer cette idée qu’au nom des réalités économiques il faudrait renoncer. Renoncer aux progrès de civilisation et au bonheur pour tous. De 1985 à 2015, au rythme des alternances gauche (dominée par le PS)/droite, les réformes hospitalières vont partager un même objectif, réduire les dépenses de santé, les rentabiliser et pour ce faire technocratiser l’administration des hôpitaux en faisant de leurs directions de purs outils gestionnaires. Du forfait hospitalier des années 1983, des budgets globaux aux contrats d’objectifs en 1995, à la création des agences régionales d’hospitalisation en 1996, à la nouvelle tarification T2A en 2004 pour finir sur la loi Hôpital Patients Santé Territoires de 2009, les ministres successifs ont fait de l’hôpital public un outil de pure gestion maîtrisé par un directeur motivé par des plans de retour à l’équilibre financier censés maîtriser les coûts et par la recherche des actes médicaux les plus rentables.

J’ai vécu cette dégradation comme administrateur de l’hôpital où j’ai pu constater la complicité totale des maires socialistes d’Evry et UMP de Corbeil-Essonnes pour tout d’abord fusionner les deux hôpitaux de leurs communes, diminuer l’offre, les fermer pour offrir au groupe privé Eiffage la construction d’un nouvel hôpital en partenariat public privé. Au moins nous aurons avec les usagers, les personnels et les forces du Front de gauche gagné la bataille de sortie du PPP tant le scandale du surcoût de ce montage financier fut flagrant. Faut- il que le résultat final ne soit pas glorieux pour le premier ministre Manuel Valls n’est pas osé, sur ses terres, affronter les personnels et les usagers le jour de l’inauguration.

Depuis plusieurs semaines je fréquente quotidiennement ce lieu pour des raisons personnelles. Des proches et je dirai même mes plus proches sont dans cet hôpital pour se faire soigner. Je le vis alors de l’intérieur.

Je n’y vais pas pour militer, échanger, défendre mais la boule au ventre à l’idée de voir ceux que j’aime en souffrance, souvent perdus et tellement désireux de retourner chez eux. Je ressens malgré moi la culpabilité d’une sorte d’abandon et l’impuissance de n’avoir pas le choix de m’en remettre aux professionnels de santé pour qu’ils leur rendent au plus vite leur liberté. Alors c’est sûr, j’ai juste envie comme chacun du meilleur pour eux, de l’attention des personnels la plus engagée qui soit, de l’infirmière au médecin. Le plus souvent, je la trouve parce que sûrement on ne choisit pas ce métier par hasard. La vocation à prendre soin des autres prend ici tout son sens.

Et en même temps les manquements à cette attention me sautent à la figure. Tout me paraît toujours trop long, le renseignement qui va bien, les résultats d’examen et tout ce qui devrait être naturel, la toilette bien faîte, les cheveux lavés, les ongles coupés, le massage du dos qui seul réconforte ceux que j’aime, la distraction qui ferait oublier les murs trop blancs et casserait la solitude. Et là je mesure combien la gestion purement comptable et financière de l’hôpital public pèse sur les personnels et d’une certaine façon leur enlève leur liberté de s’occuper pleinement de leurs patients. Et là encore je mesure la violence de devoir payer 5 euros par jour la seule « distraction » qui reste, la télévision, le coût du téléphone et de la connexion internet, tout cela géré par le privé.

Alors quand j’apprends qu’en plus, au moment où l’on célèbre les 70 ans de la sécurité sociale crée par un ministre communiste sur une proposition du conseil national de la résistance pour « protéger les travailleurs et leurs familles contre les aléas de la vie », le directeur de l’hôpital soutenu par les élus socialistes et « Les Républicains », décide de faire payer les parkings, je redeviens usager militant de l’hôpital.

Deux rassemblements ont déjà eu lieu avec les syndicats, des élus, des personnels et des usagers. Les pétitions reçoivent un accueil excellent. Chacun comprend que l’on peut se garer gratuitement pour aller au centre commercial et que devoir payer pour accéder à l’hôpital public symbolise la marchandisation de la santé publique. Alors cette bataille il faut tenter de la gagner. France 3 Ile de France nous a donné la parole le 23 septembre dans le journal du 19/20. A VOIR EN CLIQUANT ICI.


Rendez-vous est donné vendredi 23 octobre à 16 à l’hôpital, jour où se tiendra le conseil de surveillance. Ce jour-là siègeront les élus locaux, les représentants des salariés et la direction. Notre nombre ce jour-là fera ou pas pencher la décision dans un sens ou dans un autre. C’est à la fois une petite et une grande bataille. De celle qui dessine l’avenir de la société dans laquelle nous acceptons ou pas de vivre.

Alors au 23. Pour gagner la gratuité de l’accès aux soins et souhaiter un bel anniversaire à la sécurité sociale.
Cet après-midi quand j’irai voir ceux que j’aime, je me sentirai un peu moins impuissant.