Comment faire avec la politique aujourd’hui ?

Chacun a beau en être dégouté, ne plus vouloir en entendre parler, elle revient toujours. Parce que d’une certaine façon, en faire le deuil nous ramènerait à faire le deuil de nous-mêmes comme être social, de notre rapport aux autres et à notre devenir ensemble. Seuls les gouvernants qui font tout pour garder le pouvoir rêvent de sujets définitivement désintéressés. Leur faire ce cadeau mène tout simplement au chaos duquel personne ne peut espérer échapper.

La destruction d’Etats par les occidentaux laisse la place à la violence de rapports uniquement basés sur la bestiale loi du plus fort. Je vous renvoie à l’éclairante conférence d’Alain Badiou du 23 novembre au théâtre d’Aubervilliers sur le thème « Penser les meurtres de masse- http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/alain-badiou-penser-les-meurtres-de-masse .
La confiscation des pouvoirs institutionnels en France par une élite politicienne détruit la démocratie. Un horizon politique où une majorité d’électeurs-rices ne voteraient plus et où un tiers s’abandonneraient au Front national ne peut laisser indifférent le citoyen encore un minimum réveillé. Jamais un pouvoir politique dans notre pays n’aura en si peu de temps brisé les repères des citoyens-nes avec leurs représentants : création d’intercommunalités géantes destituant de fait des conseillers élus par le suffrage universel, fusion des régions et des cantons, campagne présidentielle permanente faisant du président de la République un monarque décidant seul, usage du 49.3 pour libéraliser à outrance notre économie, remise en cause de nos fondements républicains et de nos droits de l’homme sur le thème si bien résumé par Edwy Plenel, « Ayez peur, je m’occupe du reste » développé lors du passionnant débat le 16 décembre 2015 à Gennevilliers- https://blogs.mediapart.fr/patrice-leclerc/blog/161215/edwy-plenel-esther-benbassa-marwan-muhammad-gennevilliers . Avec un tel programme et ses conséquences dévastatrices, pas étonnant que la désespérance l’emporte.

Alors à quel saint se vouer pour retrouver le chemin de l’espoir ?

D’abord peut être s’accorder sur la relativité de l’adhésion des Français-ses aux thèses du Front National qui loin de moi l’idée de la minimiser, nécessite d’en appréhender la mesure pour comprendre qu’une grande majorité d’électeurs-rices peine « à trouver un espace et une offre politique qui leur correspondent. » Je vous renvoie à la fine analyse de Frédéric Gilli dans le Monde daté du 10.12.2015. http://www.lemonde.fr/elections-regionales-2015/article/2015/12/10/il-n-y-a-pas-de-vague-bleu-marine_4828268_4640869.html . Toujours adhérent entre autre d’un parti politique, le parti communiste, je ne peux que partager néanmoins le constat d’échec de l’offre politique du Front du gauche. Je partage sur ce point le cri du cœur de deux anciens-nes militants-es du Front de gauche paru dans Libération daté du 13 décembre 2015 qui se termine par un appel à prendre le temps et à oser « une vraie recomposition qui fasse bouger les lignes par-delà les appareils politiques actuels, s’ancrant profondément dans la société. » http://www.liberation.fr/debats/2015/12/13/front-de-gauche-merci-pour-ces-elections_1420419 .

Après quelques décennies passées à militer au sein de mon parti et aussi à côté au sein d’associations citoyennes notamment locales pour penser une alternative au système Dassault à Corbeil-Essonnes, j’ai acquis la conviction que la mise en mouvement d’une nouvelle offre politique émancipatrice- je n’ose plus dire à gauche tant le vocable méritera lui aussi d’être redéfini- ne pourra être que l’œuvre des citoyens-nes eux-mêmes, certains-es d’en maîtriser à chaque instant la forme et le fond. Ce que parfois nous réussissons localement, j’en fais l’expérience certes ardue mais passionnante dans ma ville avec l’association « Le printemps de Corbeil-Essonnes, nous n’avons de choix que de l’expérimenter nationalement. Si Gael Brustier a raison de dire dans son livre, « A demain Gramsci »- http://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17495/a-demain-gramsci-gauche-francaise-cherche-desesperement-peuple-perdu- que « la question du sens commun est liée au fait que l’intérêt des dominés n’est pas donné, qu’il se construit intellectuellement, culturellement, socialement, politiquement», nous sommes condamnés et j’y vois là une peine bien jouissive, à accepter que c’est l’engagement de chacun qui fera la bonne politique. Les formes de ces nouveaux espaces politiques sont à inventer. Et alors ?

Face à la peur entretenue de l’autre, face aux craintes de voir perdurer une vie politique sclérosée et à bout de souffle, qu’avons-nous de mieux à espérer fait chacun-e à son niveau, d’engagement local, régional, national, européen ou international, prenne rendez-vous avec sa liberté et se sente autorisé à prendre toutes les initiatives citoyennes que bon lui semble. Citoyennes ne signifiant pas qu’elles excluent des adhérents d’organisations politiques eux-mêmes citoyens, cela invite à considérer qu’aucune forme d’engagement politique ne peut s’auto déclarer plus légitime qu’une autre. Redonner du sens aux mots, aux valeurs comme celles de l’égalité, de la démocratie nécessite que le plus grand nombre se mette en mouvement pour le redéfinir. C’est particulièrement le cas de celles et ceux qui en ont le plus besoin, je pense aux classes populaires simplement définies par Daniel Mermet dans l’Humanité du 16 décembre 2015, « cette jeunesse et toute la population issue de l’immigration »- http://www.humanite.fr/daniel-mermet-les-classes-populaires-ce-sont-aujourdhui-toute-cette-jeunesse-et-toute-la-population . Je faisais remarquer lors de la passionnante conférence de l’Agora de l’Humanité le samedi 9 janvier de Pierre Rosanvallon et Cynthia Fleury- http://www.humanite.fr/agoras-de-lhumanite-la-republique-prend-de-la-hauteur-594985 , que le contenu même de ce que doit et peut être l’égalité ne s’impose pas. La douloureuse expérience du communisme nous au moins enseigné cela.

Je suis toujours frappé par le fait que l’idée politique qui consiste à annoncer que si nous prenions le pouvoir « nous prendrons tout au-dessus de tel montant de fortune » effraie presque plus les plus démunis que les plus fortunés. Parce que l’être social et psychique qu’est l’être humain ne peut définir son idéal, son horizon des possibles ou spirituel que dans le champ de ce qui lui paraît possible, souhaitable et imaginable. J’en reste à cette idée si justement formulée par Jean-Pierre Vernant, « qu’il n’y a pas de définition de l’intérêt général sans démocratie ». La définition d’une nouvelle dynamique, d’un nouveau mouvement politique ne pourra se faire sans un nouvel élan démocratique. Dans la préface du livre de Patrice Cohen-Seat « Peuple ! », qu’il signe, Gérard Mordillat invite à « repousser les alliances de circonstances » et à prendre nos responsabilités, notamment à faire le pari de l’intelligence des classes populaires à penser et à changer le monde. Si le parti communiste participe à ce nouveau mouvement politique, tant mieux, s’il ne le fait pas, cela risque de nuire à ce mouvement lui-même en constituant un frein.

C’est de tout cela que nous discuterons avec lui comme grand invité, le vendredi 22 janvier à 19 heures à l’espace papeterie à Corbeil-Essonnes avec le Printemps de Corbeil-Essonnes pour se souhaiter une bonne année 2016.

En 2016, prenons le temps de nous vouer à un nouveau dessin d’en commun.

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