Chaque élection présidentielle donne l’occasion de constater le piège tendu à la démocratie. La logique même de cette élection a structuré la vie politique et ce de manière différente de nos voisins Européens. Il n’y a rien d’anormal à ce que nos recherches pour construire une hégémonie culturelle se heurtent de façon singulière à cette échéance. Comment sortir par le haut de cette impasse démocratique et comment empêcher le scénario plus que dangereux pour l’avenir de notre pays d’un nouveau second tour droite face à l’extrême droite ?

L’une des issues peut être de permettre à des millions de citoyens-nes d’en être pleinement acteur-rices. Parmi les causes de la crise de la politique, qualifiée même par de nombreux commentateurs de fin de cycle, les décennies d’alternances sans que rien ne change n’est pas la moindre. Il est devenu commun, en cette fin de quinquennat de constater que ce gouvernement socialiste n’a plus rien à voir avec la gauche. Qui peut contester que la droite n’ait rien eu à redire, sauf sur un plan tactique, au pacte de responsabilité, à la déchéance de nationalité et à la réforme du code du travail ? Le fossé creusé entre les citoyens - quel que soit leur âge, leur catégorie socio-professionnelle et même leur positionnement sur l’axe gauche/droite – et les institutions et les partis est tel que bon nombre d’entre eux vivent en s’habituant à ne plus rien en attendre et à ne plus aller voter. Et ce d’une certaine façon en désespoir de cause. Toute solution aux problèmes politiques qui leur paraît venir d’ailleurs que d’eux-mêmes sème le doute et la suspicion. Le temps n’est-il pas venu d’une grande explication dans notre pays sur ce qu’est être de gauche ? Créer les conditions que ce débat puisse avoir lieu en grand, partout en France et en même temps, dans les mois qui viennent peut répondre à l’attente impatiente de millions d’acteurs et d’actrices du quotidien de leur vie et de leur devenir. Ne rencontrons nous pas souvent des interlocuteurs-rices porteurs-ses des mêmes débats à approfondir sur telle question économique, environnementale ou sociétale, partageant les mêmes valeurs et qui regrettent de ne pas se retrouver dans un même mouvement plus horizontal que vertical? Nous ne ferons pas l’économie du temps où chacune et chacun formule ensemble leurs questions et leurs réponses. C’est le temps nécessaire de toute analyse. Là aussi la fin de cycle tant constatée oblige à inventer des formes et des stratégies politiques nouvelles et à sortir de nous-mêmes.

La primaire discutée à tâtons, maniée avec appréhension mais curiosité peut être une occasion à saisir pour mener le débat de ce que peut et doit être une issue politique émancipatrice « des lois du marché » et des crises économiques, sociales et environnementales qui en découlent. Elle peut être si populaire que son résultat modifie le scénario annoncé de la présidentielle. Il n’appartient à aucun conciliabule désigné par on ne sait quelle autorité légitime de définir le périmètre du spectre de ce qu’est « la gauche ». Le définir à l’avance reviendrait à répondre à la question posée en ayant écarté celles et ceux qui veulent être du débat et en tout premier lieu celles et ceux issus-es des quartiers populaires. L’argument selon lequel les représentants des forces de la transformation sociale prendraient le risque de perdre cette primaire n’est pas plus effrayant que la perspective d’être faible au premier tour et de ne pas exister au second. C’est tout le problème de la candidature solitaire de Jean-Luc Mélenchon qui sans nier ses qualités, a l’immense défaut d’être auto-proclamée, ce qui justement constitue un reproche indélébile empêchant le rassemblement. Je fais confiance aux militants du parti communiste, à ceux du Front de gauche qui veulent le rallumer, et à tant d’autres si nombreux ne se reconnaissant dans aucun de ces labels pour trouver et soutenir non pas une nouvelle figure providentielle mais la personne désignée pour tenir le rôle qu’impose ce passage malheureusement obligé de nos institutions. Faire le pari que notre candidat-e porteur-se d’une même visée émancipatrice sur le plan économique, social, culturel et environnemental puisse gagner la primaire en battant le candidat du social libéralisme quel qu’il soit, c’est faire le pari d’être dignement représenté au second tour, de gagner la présidentielle et de créer une dynamique pour les législatives. Ce peut être alors le moment d’une nouvelle République. Ne portons pas nous-mêmes le message que nos idées et nos valeurs n’auraient aucune chance de l’emporter. Osons l’écoute et la construction de majorité d’idées.

Bruno Piriou

Conseiller municipal de Corbeil-Essonnes