Au terme du quinquennat de François Hollande, c’est à première vue le désarroi qui l’emporte. Le doute est si fort que bon nombre de citoyens, pourtant attentifs à la vie politique de notre pays, envisagent de délaisser les urnes lors des prochaines élections, dans maintenant 6 mois.

Difficile de cantonner le bilan des gouvernements socialistes à une formule, mais ce qui est certain, c’est que l’idée que l’on se faisait de la gauche est aujourd’hui profondément remise en cause.

Cependant, nous n’arrivons pas à croire qu’abandonner le terrain politique à la droite et à son extrême serait sans incidence sur le devenir de notre pays. Leur programme se résume à rendre la vie encore plus dure pour la grande majorité de nos concitoyens au seul bénéfice d’un capitalisme toujours plus oligarchique et débridé. Le bruit et la fureur qu’ils nous promettent ne peuvent nous laisser indifférent.

Aujourd’hui, les exigences du néo-libéralisme sont telles que la social-démocratie à l’échelle européenne ne parvient plus à faire illusion sur sa capacité à nous vendre du moindre mal. Les cinq années que nous venons de vivre avec le parti socialiste au pouvoir n’auront épargné aucune des valeurs qui fondent notre attachement au projet républicain. Les libertés ont été bafouées, l’égalité a reculé et la fraternité a été entachée par l’instrumentalisation des haines et des divisions.

C’est dans ce cadre que se tiendront en 2017 les élections présidentielles et législatives en France. Aussi insupportable soit-il, ce « moment présidentiel » propre à la Vème République est devant nous. Au-delà du scrutin en lui-même, il sera l’occasion d’un débat démocratique à l’échelle du pays pour porter un projet de société qui rompe avec les monstruosités du capitalisme contemporain. Nous devons nous en saisir.

Cette dernière année aura été marquée par des résistances - contre la loi El Khomri, contre la déchéance de nationalité - mais aussi par des multitudes d’initiatives. La crise des institutions dessine en creux un espace pour des expressions humaines généreuses et prometteuses. Dans les médias, dans les salles de concert et de cinéma, sur les places ou murs de nos villes, nombre d’artistes et d’intellectuels se manifestent pour un autre monde. L’ordre dispersé et la faiblesse des cadres d’engagement traditionnels ne doivent pas nous empêcher de voir la radicalité politique qui traverse notre société.

Alors oui, l’autre gauche que nous ne savons plus bien nommer a une responsabilité. Les questions et les débats qui nous traversent sont nombreux. Que l’on se sente communiste, socialiste frondeur, écologiste ou tout simplement citoyen désireux d’une autre société, le temps est venu de sortir des arrangements entre appareils qui entretiennent notre servitude volontaire à la social-démocratie.

Dans ce cadre, il est incontestable que l’initiative prise par Jean-Luc Mélenchon avec la France Insoumise ouvre un espace politique pour les échéances électorales à venir. Inspirée du programme de l’Humain d’abord, enrichi par des mois de travail et de rencontres, son projet politique encore en construction dessine un tout autre chemin pour notre pays et pour l’Europe, avec une ambition remarquable sur le plan écologique. En de nombreux points, il rejoint d’ailleurs les enseignements de la consultation lancée par les communistes sous la formule « Que demande le peuple » : prendre le pouvoir sur la finance, investir pour demain, l’égalité femmes-hommes maintenant, produire autrement, l’offensive pour changer l’Europe.

Pour l’élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon est le seul vote crédible, et ce sera le nôtre.

Cette proposition ne résout pas toutes les questions qui nous sont posées. Comment les partis existants mais aussi la grande masse des citoyens-es en quête d’avenir peuvent t-ils prendre toute leur place dans cette aventure nouvelle ? Comment faire pour que cette dynamique nourrisse des constructions politiques locales aux élections législatives ? Il appartient aux uns et aux autres d’y travailler. Pour cela, la main tendue et l’ouverture doivent impérativement primer sur les disputes de chapelles, hors de propos au regard de l’urgence de la situation.

Disons-le : nous ne viendrons pas à bout de ces débats et des constructions politiques à venir d’ici la présidentielle. Et d’ailleurs, face à la complexité du monde, comment penser que la seule prise des pouvoirs institutionnels règlerait toutes les questions ?

De notre combat politique depuis de nombreuses années face au système Dassault à Corbeil-Essonnes, nous retenons cet enseignement : pour faire reculer une vision terrible de la société où l’argent roi détruit les liens entre les êtres humains, il faut aller toujours plus loin sur le plan de la démocratie, du partage des questions et du débat anthropologique sur nos modes de vie et nos perceptions du monde.

Celles et ceux qui espèrent encore dans la politique veulent compter dans la définition de ces enjeux. La responsabilité des élus et militants que nous sommes, c’est de prendre acte d’une démocratie représentative à bout de souffle, et de se saisir dès maintenant de toutes les opportunités pour créer le mouvement et des dynamiques nouvelles.

Dans le cadre particulier qu’est l’élection présidentielle qui vient, la France Insoumise est une piste que nous proposons d’approfondir, avec l’enthousiasme et les réflexions que nous avons exprimés plus haut.

En première ligne de l’opposition à l’oligarque Serge Dassault à Corbeil-Essonnes, nous sommes par ailleurs engagés sur une circonscription emblématique : celle de Manuel Valls, Premier Ministre de tous les renoncements, qui incarne les dérives libérales et autoritaires d’un gouvernement socialiste avec lequel nous n’avons plus rien à voir.

Par ce texte, nous prenons aussi notre responsabilité, en créant les conditions d’un rassemblement ouvert pour traduire localement cette mise en mouvement. Chacun à son niveau, le temps est venu de se parler et de travailler toutes et tous ensemble.