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Farida Amrani et Ulysse Rabaté, candidats insoumis aux législatives dans la première circonscription de l’Essonne ont eu bien raison d’organiser cette rencontre au Bellevue sur la question posée ou plutôt sur les questions posées par le vote Macron ou pas au deuxième tour de l’élection présidentielle. Pour qu’autant de personnes se posent la question c’est qu’à leurs yeux la réponse ne va pas de soi. Et comme beaucoup, il m’a fallu réfléchir, échanger et me décider. Prendre une décision que j’assume, c’est-à-dire le jour du vote faire ce que je dis et dire ce que je vais faire. Sur ce point j’ai une nuance avec Jean-Luc Mélenchon. Avant de la dire, je m’en voudrai de ne pas souligner la formidable campagne menée par le candidat de la France Insoumise et par les centaines de milliers de militants engagés dans cette campagne. Beaucoup l’ont dit, Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis déclarés ou pas ont tout simplement redonné de l’espoir à celles et ceux qui pensent comme nous dans la première circonscription de l’Essonne avec nos jeunes candidats, qu’un autre monde est possible et nécessaire. Jolie déclaration de Ken Loach au festival de Cannes. Le candidat à la présidentielle a su trouver les mots et les images qui faisaient tant défaut à la gauche de transformation de la société, à la gauche radicale que l’on ne sait effectivement plus nommer. Alors oui s’adresser au peuple, aux peuples, aux gens fut et demeure la bonne réponse tant le quinquennat de Hollande a fini de brouiller les repères. C’est d’ailleurs cette même démarche que nous avons exploré à Corbeil-Essonnes aux dernières municipales avec l’association Le Printemps de Corbeil-Essonnes, en décidant de se mettre à l’écoute de l’ensemble des habitants. Le débat sur le populisme ne fait que commencer. Il pose des questions plus complexes que simplement devoir choisir entre s’en réclamer ou le dénigrer. J’aurai l’occasion d’y revenir dans un autre billet parce que je suis persuadé que la question du populisme nous aide à repenser la grande question du moment qui est celle de la démocratie. IMG_2629.JPG

20% d’électrices et d’électeurs pour réinventer un avenir en commun, cela n’était pas arrivé depuis de trop longues décennies. Et la déception passée de ne pas être au second tour, ne boudons pas notre plaisir et notre satisfaction d’un tel score. Je trouve aussi pertinent que le candidat Mélenchon ait proposé cette consultation sans forcément dire de suite son choix. Oui, il est compliqué d’imaginer à la fois la 6ème République et en même temps de devoir s’en remettre à un « gourou ». Ma nuance avec JLM est qu’il aurait dû appeler plus largement l’ensemble des électrices et des électeurs à débattre du choix du second tour. Et comme nous l’avons suggéré à Corbeil-Essonnes et à Evry, pas qu’en s’étripant à distance sur Facebook mais dans le cadre d’une rencontre où la proximité des regards favorise la perception de la sensibilité et de l’humanité de l’autre. Et comptant pour un comme les autres, j’aurai préféré que JLM donne son avis, sans plus, ni moins. Je reproche à trop bon nombre d’élus Corbeil-Essonnois ne pas avoir le courage et l’honnêteté de dire leur vote de premier tour comme s’ils ne l’assumaient pas et craignaient les débats à venir. IMG_2621.JPG

Le débat d’hier soir au Bellevue, m’a personnellement permis d’arrêter mon vote, plus exactement de le confirmer et donc de le dire. Un mot sur la forme de ce débat qui dit beaucoup du fond de notre conception de la politique. Plus que de chercher à convaincre d’une vérité, l’écoute des questions politiques de chacun-e est le meilleur chemin pour dénouer les fils de la pensée. La pensée politique a à voir avec de la rationalité mais aussi du sensible, des craintes et des projections. Ignorer les questions et donner dans l’injonction du bon vote est à mes yeux tout le contraire de la démocratie en politique. Le débat d’hier soir a donné l’occasion à des dizaines de citoyens-nes de justement penser ensemble l’avenir en commun. Et d’entendre chacun-e partir de son vécu pour dire ses questions et son vote provoqua beaucoup d’émotions, d’expressions du sensible dans lequel on puise ses perceptions de l’avenir mais aussi ses désirs. Oui le débat d’hier a créé de la fraternité indispensable pour continuer à agir ensemble quand bien même le vote du deuxième tour ne serait pas le même entre les uns et les autres. Faut-il que ces décennies d’alternance gauche-droite sans que rien ne change aient fait subir tant de souffrances et de peines pour que même face à la menace d’extrême droite, beaucoup hésitent à voter Macron. J’ai vérifié que seule la possibilité d’exprimer cette colère face aux Hollande, Valls et Macron rendait possible pour beaucoup la possibilité de voter malgré tout pour le troisième larron. J’ai aussi vérifié que la politique n’était pas une affaire de morale. Les paroles culpabilisatrices ne font pas argument. Non ce qui a une chance de faire argument, c’est de rappeler ce qu’est le Front National et sa différence idéologique avec le libéralisme. L’argument qui a fini d’arrêter mon vote est le suivant : la politique est affaire de bataille d’idées. La simple présence du FN au second tour leur permet d’inonder les ondes d’idées fausses et dangereuses qui déplacent le curseur de la compréhension des causes des mal-être et des souffrances. A commencer par cette idée insupportable que la cause de nos problèmes aurait à voir avec les immigrés et la mise à mal de l’identité nationale. Perde notre temps à argumenter sur ces questions nous éloignent des débats sur les incidences du libéralisme financier sur nos sociétés. Comment ne pas imaginer qu’un Front national se rapprochant de 50% n’aurait pas de conséquences sur l’affaissement des consciences dans notre pays ? Je fais partie de ceux qui pensent qu’un Macron à 80% replace le débat sur nos questions. Vu la peine de sa campagne de second tour, comment pourrait-il récupérer politiquement un tel score ? A nous de faire en sorte que les idées du FN soient hors débat, hors-jeu. Je mettrai donc un bulletin de vote Macron dans l’urne du bureau numéro 1 de l’hôtel de ville de Corbeil-Essonnes. Par ailleurs j’ai assez vite pensé cette même idée exprimée en 2002 par Jean-Luc Mélenchon et qui malgré des circonstances différentes n’a pas vieilli : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ? Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel. Plus nous aurons réduit Le Pen avec le bulletin de vote Chirac, plus forts nous serons pour débarrasser ensuite le pays de ce dernier aux législatives». Oui plus Marine Le Pen sera basse dimanche, plus le débat sur le vote aux législatives se portera sur la nécessité d’envoyer à l’Assemblée nationale de nombreux et nombreuses députés Insoumis-ses à la politique de Macron. Et en ce concerne notre circonscription à Evry et Corbeil-Essonnes, plus il sera facile d’élire Farida Amrani et Ulysse Rabaté et de battre Valls qui aura bien du mal à se réclamer d’un quelconque vote utile. IMG_2632.JPG

Décidemment le débat hier au Bellevue fut riche, sincère et respectueux. Sans que tout le monde ne se soit mis d’accord, les uns et les autres se sont quittés bien décidés à se revoir très vite dans la rue et aux urnes pour les législatives. IMG_2635.JPG