Que la fête commence.

D’un côté, les détenteurs des profits du CAC 40, 94 milliards d’euros de bénéfices, qui se votent des lois les protégeant avec le secret des affaires pour dissimuler leur monstruosité contre les hommes et la planète, de l’autre la taxation des retraités. D’un côté le coût exorbitant de l’évasion fiscale et le peu de moyens pour y remédier, de l’autre l’augmentation du nombre de personnes pour contrôler les chômeurs. Qui peut encore croire à une quelconque émancipation par les lois du marché ? Les profiteurs du système s’en rendent tellement compte qu’ils accélèrent le mouvement.

Un ni droite – ni gauche au service de la haute finance

Le ni droite ni gauche de notre président n’est jamais que le cache-sexe de sa véritable fonction : chef de bureau de la haute finance. Que nous dit-il ? Les progrès incessants des sciences et techniques appartiennent à l’Europe des banques, leurs avancées sont nos profits et vous le peuple en serez les serviteurs. Nous avons besoin de moins en moins de votre travail pour s’enrichir, votre salut réside dans le salariat à bas prix et la précarité. Cela relève de la « réalité » économique, la leur bien sûr, qu’elles ont patiemment et efficacement construite. Celle qui fait que l’argent que nous utilisons pour échanger ce qu’elles présentent comme nos valeurs dans le travail, dans la culture, dans la solidarité, nous devons leur louer pour l’utiliser. La location de cet argent porte un nom, cela s’appelle la dette.

Cette pression sur le plus grand nombre ne se fait pas sans résistance, quand bien même la convergence n’est pas encore au rendez-vous. Pour l’empêcher, le pouvoir agite le sempiternel chiffon rouge : l’évasion sociale avec les chômeurs qui trichent, les nantis du service public avec leurs gigantesques salaires aux alentours de 1600 € par mois. Les experts tournent sur les plateaux de télévision pour nous expliquer qu’il n’est plus question de continuer à utiliser notre argent solidaire, nos impôts pour nous-mêmes, pour notre service public, celui qu'ils ne cessent de détruire pour en faire l'objet de leurs profits. Ces experts se gardent bien de dire que pour la période 2011-2017, la banque centrale européenne a injecté plus de 4000 milliards d’euros dans l’économie de la zone euro. Notre pouvoir d’achat n’a pourtant rien vu venir.

Les ordonnateurs de ce système sont bien évidemment tous ceux qui en profitent ouvertement, mais cela ne suffit pas à expliquer l’extension exponentielle de leur pouvoir. Il faut y ajouter une part non pas de nous-mêmes au sens conscient, mais une part liée à l’impossibilité de faire front contre ce monde dominateur qui nous piétine sous le poids de ses deux jambes l'une de l’avidité, l'autre de la cupidité.

Débattons de la part de nous-mêmes dans ce système

C’est là que nous avons besoin de débattre, de nous réunir, de nous appuyer sur nos diversités, sur nos différents points de vue, parfois contradictoires. Il nous faut absolument quitter, devant la complexité des constructions humaines, les réponses toutes faites et simplistes qui laissent croire qu’il suffirait que chacun prenne conscience de ses intérêts pour renverser cet état de fait. Il n’y a pas en ce domaine de savoirs supérieurs indiscutables, y compris ceux des révolutionnaires diplômés, l’histoire l’a, douloureusement démontrée. Cela ne tient que parce que dans le détail de nos vies quotidiennes nous sommes poussés à y participer. Le capitalisme dans son mode d’évolution néolibérale, n’est pas une invention de certains, il est la résultante de nous tous, de ceux qui sont pour, de ceux qui sont contre, de ceux qui se taisent comme de ceux qui s’y opposent.

Tous les pouvoirs, comme le rappellent nos mythes ancestraux, ont un point faible. Il est là sous nos yeux au quotidien, représenté par la promotion de l’incompétence et de la médiocrité qui ne peut que se réfugier dans le contrôle tous azimuts. Ils ont tellement peur que nous nous ressaisissions de la question démocratique, qu’ils ne cessent d’étendre leur grossièreté contrôlitaire. Si nous n’étions pas là pour, à chaque instant, pallier leur nullité, nous nous rendrions rapidement compte qu’ils mourraient de soif au bord d’un cours d’eau.

La modernité de la question démocratique

C’est là toute notre force, il suffit que nous l’acceptions. Il suffit que nous fassions nôtre la question démocratique en en faisant une question tout à fait neuve dans sa pratique : une question non pas de gouvernants, mais de gouvernés.

Le militantisme peut et doit être utile à interroger notre part de renoncement passif. A nous tous ensemble de définir les grandes règles de partage entre les légitimes exigences individuelles et celles relevant du commun. Les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité ne sont pas des vérités en soi. Tout juste un ensemble porteur pour le commun qui nous unit et qui nécessite pour retrouver un sens partagé d’être confrontées à l’aune du vécu de chacun. Réapproprions-nous notre destin, non pas celui imposé à chacun par un communisme prescriptif, mais l’horizon que le commun de ce destin représente pour que nos diversités en soutiennent sa direction dans un mouvement constituant permanent.

Imposons dans les pratiques quotidiennes de nos économies, de nos cultures, de nos divertissements, de nos rencontres, de nos diversités associatives et bien sûr de nos joies et de nos peines partageables, une lutte permanente contre leur uniformisation triste et culpabilisante.

Que la fête commence, qu’une république des gouvernés se débatte et se discute, que les grèves soient des lieux de fête de rencontre et de partage. La confiance vient en commençant.

S’il est vrai que les exigences de la haute finance mènent les humains et le vivant sur terre à la catastrophe, l’exigence d’un monde nouveau est plus que jamais d’actualité. Pour voir le jour, ce monde du commun, ce monde des Lumières contre l’aveuglement de tous ces bonimenteurs, ne doit plus être simplement confiné dans le carcan des professionnels de l’espoir jamais réalisé, mais doit se concrétiser dans l’effectivité créatrice de nos pratiques politiques. Que la fête commence et que leur vieux monde dépérisse.

__Roger Ferreri Psychiatre Bruno Piriou Conseiller municipal Corbeil-Essonnes__