Cette courte campagne électorale déclenchée suite au décès de Serge Dassault le lundi 28 mai n’a duré que quatre semaines. Elle s’est achevée hier dimanche 8 juillet par la victoire du candidat LR Jean-Pierre Bechter, maire de Corbeil-Essonnes et de son suppléant Thierry Lafon, maire de Lisses contre la candidate du Printemps de Corbeil-Essonnes Elsa Touré et de son suppléant Frédéric Bourges soutenus par la France Insoumise et le parti communiste. Elle livre des enseignements bien utiles pour l’avenir.

Une abstention record au premier tour comme au second. 3468 exprimés au premier tour sur 32519 inscrits soit 10,66% de participation et 3667 exprimés au second tour soit 11,27%. Dit autrement 9 personnes sur 10 n’ont pas jugé utile d’aller voter. L’élection cantonale est l’une des échéances les moins concrètes pour les électeurs. D’autant que le résultat de cette partielle n’allait pas changer la majorité au département. Voter pendant les fortes chaleurs d’un début juillet n’arrange rien. Mais le fait le plus inquiétant est le nombre d’électeurs rencontrés qui nous ont affirmé « ne plus rien attendre des élections ». La démocratie représentative est bien en crise et avec elle le rapport des citoyens aux pouvoirs, à leurs représentants et aux institutions. Le fait n’est pas nouveau mais il s’ancre et s’élargit. Il ne trouvera pas de solutions miraculeuses rapidement. Pour penser le gouvernement des femmes et des hommes, nous n’avons pas d’autres solutions de questionner ce que doit être notre démocratie. Comment concilier la liberté individuelle et la définition de nos communs et donc de nos services publics ? Comment trouver du goût et du plaisir à échanger avec d’autres sur la façon de gérer nos communes, nos collectivités territoriales, notre pays, notre Europe ? C’est à cela que nous travaillons avec l’association Le Printemps de Corbeil-Essonnes, convaincus que la forme traditionnelle des partis politiques est à réimaginer. Convaincus aussi que la politique ne peut être que le fruit d’une élaboration collective où chacun compte pour un et où à chaque étape du processus, nous décidons ensemble de ce que doit être l’intérêt général. L’Histoire nous a montré que prétendre faire le bonheur des gens à leur place, que vouloir faire rentrer la réalité des femmes et des hommes dans un imaginaire idéologique préétabli menait à de terribles déboires. Nous payons encore l’échec de l’expérience communiste des pays de l’Est achevée il y a à peine 30 ans. La colère et le désespoir mènent à l’abstention pour une autre raison de fond : il existe un doute profond sur la capacité des humains à vivre autrement que sous le règne de la loi du plus fort. Je suis frappé d’entendre trop souvent l’idée fataliste qu’il y a toujours eu des pauvres et des riches, que cela ne changera jamais. Alors à quoi bon voter ? La répétition des alternances politiques nationales Sarkozy, Hollande et maintenant Macron sans que rien ne change et que tout se dégrade produit ce découragement. L’un des moyens de redonner de l’espoir dans la politique passe donc bien par l’élaboration collective d’un nouvel imaginaire politique tout à la fois respectueux de l’individu et prometteur d’un avenir en commun.

Le clivage gauche/droite n’est pas mort. Cela fait quelques années que nous ne parvenons plus à nommer les choses en politique. Gauche, droite, populiste, peuple, oligarchie, gauche radicale, gauche réformiste… Nous retrouverons les bons mots nouveaux ou anciens au gré de nos expériences et de nos démonstrations. Je suis de ceux qui pensent la politique n’est pas l’affrontement du camp des gentils contre celui des méchants mais comme le lieu où se confrontent des partis pris. N’oublions jamais que le capitalisme dominant est l’œuvre du peuple tout entier et pas seulement celle de quelques affreux banquiers. Tous les pauvres ne veulent pas le bonheur de tous et tous les riches ne sont pas d’affreux égoïstes. Petite parenthèse à mon propos, sur les 7 bureaux de vote où nous arrivons en tête à Corbeil-Essonnes, 5 concentrent des classes moyennes. A l’opposé, le meilleur bureau du candidat LR JP Bechter est le bureau 20 du cœur des Tarterêts où il réalise 74,5% des voix et qui concentre les populations les plus en difficulté. Les citoyens votent pour le candidat dont ils pensent qu’il défend le mieux leur intérêt. Et parfois leur intérêt individuel n’équivaut pas à l’intérêt général. J’ai avec Ulysse Rabaté écrit à ce sujet le livre « L’argent maudit » chez Fayard. Nous pouvons penser que le clientélisme vit encore en ayant pris d’autres formes, emploi, logement, subvention. Et le clientélisme ne se combat pas à coup de discours moralisateur et culpabilisant mais en réussissant à proposer une réalité et un imaginaire collectif plus souriant et plus prometteur que la carotte de celui au pouvoir. La politique pour celles et ceux qui défendent le parti pris de la liberté, de l’égalité et de la fraternité est à mon avis incompatible avec la règle du « chacun pour soi », du « si tu veux tu peux », pas uniquement dominante en France mais sur l’ensemble de notre planète. Force est de constater que l’idée molle représentée naguère pas la sociale démocratie a échoué à combattre le capitalisme. La gauche n’a pas échouée en Europe par excès de radicalité mais au contraire par faiblesse à s’opposer aux forces de l’argent. Voilà pourquoi, des mouvements que nous dirions plus radicaux parviennent à capter l’électorat traditionnellement de gauche. C’est pour une part la réussite de La France Insoumise en France et dans une autre mesure celle de Podemos en Espagne. Comment expliquer autrement que deux candidats peu connus du grand public, Elsa Touré et Frédéric Bourges mais soutenus par la France Insoumise et le parti communiste soient arrivés dans les quatre communes du canton, devant le candidat socialiste et le candidat écologiste ? A noter aussi le faible résultat du candidat En Marche avec seulement 10% des voix. Contrairement à celles et ceux qui tenteraient de nouveau d’agiter l’épouvantail citoyen, communiste, insoumis en expliquant qu’avec eux il est impossible de gagner, qui peut croire qu’un candidat socialiste ou vert aurait mieux réussi au deuxième tour ? Au contraire cette partielle à étudier avec toutes les précautions nécessaires réaffirme d’une certaine façon le clivage gauche droite avec une gauche représentée par sa forme la plus affirmée et avec une droite représentée par sa forme la plus classique les LR. A noter aussi la forte chute du parti de Marine Le Pen arrivé entête il y a deux ans sur le même canton avec 26% des voix contre 13% aujourd’hui. Fait notable pour la candidature citoyenne soutenue par la FI et Le PCF, elle double son score au second tour. Le total gauche du premier tour faisait 1445 voix. Elle réalise 1634 voix au second ce qui signifie un bon report de voix et une prise non négligeable sur les 199 nouveaux électeurs du second tour. Il est donc bien possible de rassembler avec une candidature issue de ce que l’on appelle la gauche radicale. La preuve encore avec notre très bon résultat à Villabé, commune dirigée par un maire de droite où nous réalisons 57,58% des voix. Ce qui est possible à Villabé peut l’être ailleurs et notamment à l’avenir à Corbeil-Essonnes. Cela ne fait ni de moi un insoumis soumis à Jean-Luc Mélenchon ni de moi un communiste repenti mais l’affirmation d’un homme politique en quête de radicalité au service des valeurs de la république convaincu que la démocratie est une idée neuve.

Oui il y a encore du travail à faire à Corbeil-Essonnes pour espérer gagner les municipales de 2020. Personne n’en doute mais ces résultats prouvent que c’est possible et la réalité de la vie dans notre ville prouve aussi que c’est nécessaire. J’ai la conviction qu’une majorité de Corbeil-Essonnois désirent un changement dans notre ville. Il ne pourra s’exprimer que si nous parvenons à élargir considérablement le creuset à tous les citoyens désireux de s’y atteler sans condition préalable. Les femmes et les hommes désireux de ce changement n’ont pas d’autre alternative de réussir un rassemblement le plus tôt possible et sur un projet élaboré avec la population. C’est à cela que le Printemps de Corbeil-Essonnes travaille depuis des mois et qui explique aussi pour une part notre bon résultat. Nous mettons en œuvre l’idée que la politique, cela ne peut et ne doit être que le temps des élections. La politique, c’est toute l’année. Je ne crois pas dans l’idée qui consiste à dire, votez pour nous et nous ferons du bonheur. Je crois dans l’idée qui consiste à produire du bonheur collectivement tout de suite. Voilà pourquoi, nous avons organisé des vœux à la population en janvier, débattu des inondations, dénoncé l’état de la voirie et à travers elle la dégradation des services publics, sorti un journal d’information, organisé la fête de la musique. Voilà aussi pourquoi nous organisons le dimanche 5 août prochain des cars à la mer pour 250 Corbeil-Essonnois-es. Le Printemps de Corbeil-Essonnes se veut une expérience originale et prometteuse pour fabriquer du commun en respectant la personnalité et les idées de chacun. L’ambiance y est chaleureuse, ouverte et fraternelle. Vous y êtes toutes et tous les bienvenus.

A très vite et bel été à vous toutes et tous.